19 filles et 1 lecteur

Publié le par Tzvetan Liétard

Je suis lecteur de français à l'université dans une ville d'ex-yougoslavie.

Le programme que j’ai conçu pour les différents cours de mardi dernier s’est terminé en une petite coïncidence qui m’a un peu touché.

Chaque mardi, après les cours, j’organise une dictée autour d’une chanson (suivi d’un cinéclub).

J’ai commencé à proposer cela il y a quelques années. Quelques étudiants sont demandeurs surtout pour l’entraînement à la dictée qui est – eh oui – une épreuve obligatoire pour beaucoup d’entre eux. C’est un bon prétexte pour découvrir quelques chansons et par là faire un peu de civilisation.


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Orthographe et chansons, pourquoi pas ?

Lors d’un vrai cours, cette semaine, nous avions travaillé sur « En relisant ta lettre » de Serge Gainsbourg.


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Je leur avais d’abord donné la lettre sans les corrections de Gainsbourg. Cela donnait ceci :

 

C'est toi que j'aimme par-dessus tout Ne me dis point que tu t'en fous. Je t'en supplıe, fais-moi confiance. Je suis l'èsclave des apparences. c'est ridicule, c'était si bien. Tout ça m'affecte au plus haut point. Si tu renhonces à m'écouter, avec la vi, j'en finirai. Pour me gardder tant de rancune, t'as pas de cœur, y a pas d'ereur. J'en mourirai. Ne comprends-tu pas ? Ça s'ra ta faute. Ça s'ra ta faute.



Publié le 16 novembre 2013 par  Curtis Hayden

 

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Pour la chanson du mardi soir, j’avais choisi pour des raisons commémoratives l’Affiche Rouge de Louis Aragon et Léo Ferré.


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Je l’avais annoncée sans rien dire du titre mais en précisant que ce serait certainement lourd. Comme ce moment est facultatif, je ne voulais surtout piéger personne avec une chanson aussi tragique que celle-là, mais je me sentais obligé, 70 ans après le 21 février 1944, de la faire entendre.


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De toute façon, c’est habituellement un moment assez intime. Il y a souvent cinq ou six étudiants, dont la moitié s’en va après. Ce soir-là, dix-neuf étudiantes sont venues dans la salle de 18 places que j’utilise habituellement.

J’ai été content de pouvoir toucher un plus grand nombre de personnes avec cette chanson même si ce dossier est des lieues des préoccupations de la plupart d'entre ces étudiants, même si on s'est concentré sur des mots comme "hirsute" ou "givre", des formulations comme "parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles".

Mais aussi, la première fois que j'ai entendu cette chanson, j'ai moi-même été dubitatif, inculte que j'étais, alors qu'aujourd'hui...


Ajouté le 14 décembre 2008 par jefka59 

 

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Ces chansons ont deux points communs insignifiants :

  • - Elles sont sorties en 1961, 
  • - Elles contiennent une lettre, certes d'un genre tout à fait différent.


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Le lendemain, hier, je me suis répété ce chiffre, en français naturellement, « dix-neuf » puis en serbe « devetnaest » à celle de mes amis qui est le moins francophone. Et c’est là que les choses se sont mises à prendre encore un peu plus de sens.


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Réfléchissons : nous étudions une chanson de Gainsbourg et une autre de Ferré qui, elle, parle de partisans (« La mort n’éblouit pas les yeux des partisans ») .


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La dernière fois que j’ai vu Gainsbourg dans un film, c’était dans Ballade à Sarajevo (alors que ça ne se passe pas du tout à Sarajevo) qui s’appelle aussi en serbo-croate, littéralement, 19 filles et 1 marin (19 devojaka i 1 mornar).


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C'est une histoire yougoslave de partisans pendant la deuxième guerre mondiale.

Ce film, pas très bon, est en français mais Gainsbourg et Birkin, comme il est désormais de notoriété commune, sont doublés par d'autres comédiens.


Ajoutée le 16 octobre 2011 par ranko63 

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(Le film qui a suivi, c’était Tête de Turc de Pascal Elbé que je découvrais en même temps que je le montrais - j'en parlerai dans un prochain écran noir. Le film parlait aussi d’héroïsme, d’étrangers en France et d’Arméniens. Mais nous étions en 2010. La soirée m’a paru très cohérente. Je regrette de ne pas avoir su en parler.)

Publié dans Les extremes satyres

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