la bataille à scutari

Publié le par florian

La Bataille à Scutari est un texte de Jérôme et Jean Tharaud. C’est à la fois un reportage et un récit de voyage. On explore l'Albanie, le Montenegro et la Grèce en 1912 et 1913 au moment où les Balkans s’affranchissent de la domination turque (première guerre balkanique (octobre 1912-avril 1913). Le texte est publié immédiatement après le départ des Turcs.

Un récit de voyage parce qu’il y a une différence entre le narrateur du début et celui de la fin.

Un reportage parce qu’on a beaucoup de détails sur la situation à l’époque. Les détails sont parfois (souvent) hermétiques. Une présentation, un contexte est nécessaire. C’est ce dont est doté l’anthologie* dans laquelle je me promène en ce moment et qui contient entre autres romans (dont Capitaine Conan), nouvelles et reportages la Bataille à Scutari. C’est utile pour comprendre qu’on assiste à un moment historique dans un lieu pour le moins chargé. C’est du rapport entre le lieu (les montagnes, la mer) et l’Histoire. Les auteurs parviennent à évoquer le lien, ce qu’il a de ténu, entre les lieux traversés et ce qu’ils représentent pour l’écrivain cultivé. C’est une invitation au voyage pour le lecteur dilettante qui n’a jamais vraiment réussi à se représenter les voyages racontés par Ovide ou Homère. Les frères Tharaud présentent un lieu à la fois riche pour lui-même (des pages de contemplations) pour ce qu’il a de particulier (en le faisant contraster ou ressembler aux Bretagnes et autres pays nordiques) et pour les évènements dont il fut/a été/est le théâtre (cinq siècles de domination turque contre laquelle se sont "unis" Hellènes, Slaves,  Albanais…). On s’y découvre plus barbare, étonné de voir que l’autre n’est pas si barbare lui-même.**

 

Il y a quelque chose de désuet évidemment dans ces descriptions. Quoi ? Probablement le style, maîtrisé, révélant une gamme de tons – parfois ironique, parfois lyrique, parfois désabusé, parfois émerveillé – appropriés aux humeurs du narrateur, ce qui participe à rendre la diversité du monde qu’il visite, à travers la pluralité des regards qu’il porte. Quoi de désuet ? La logorrhée animée, les apostrophes, la lecture de soi (même fictionnelle), et ces listes qu’on trouve si rarement dans la plupart des textes actuels tendant vers le bref, la phrase efficace, courte, même semble-t-il dans une œuvre aussi longue que les bienveillantes***.

 

Ouaip, j’aime bien les fioritures.

 

 

* Balkans en feu à l’aube du XXe siècle, omnibus, 9782258059290

** Dernier exemple en date dans nos contrées. Dans un reportage du 11 mars réalisé à la suite du canular de la RTBF, un jeune Wallon découvre par le biais de sa copine flamande et bilingue que les flamands ne sont pas aussi tels qu’un Wallon peut être enclin à croire.
*** j’ai pas vu. j’ai pas lu, mais j’en ai entendu causé.

(et je m'aperçois que voici notre centième article)

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