ça vous donne un joli teint, ça vous va mieux que le noir

Publié le par Tzvetan Liétard

On m’a prêté voici quelque temps un coffret contenant les 25 premiers documentaires et reportages ayant valu à leurs auteurs le Prix Albert Londres (entre 1985 et 2010). J’en avais vu deux la semaine dernière. Comme il sera bientôt temps de le rendre, je vais essayer d’être un peu plus systématique. Cela me permet aussi d’utiliser mon petit dictionnaire géopolitique*. Inutile de préciser combien j’ai appris grâce à ces journalistes. Cette semaine le Liban.

 

Les cinq Reportages au Liban illustrent ce dont j’entendais vaguement parler dans des archives de l’époque en arrière-fond ou en avant-plan (comme dans les chroniques Joëlle ou Les Cèdres de Pierre Desproges). Je me souviens aussi que mon père, technicien FT, a fait partie d’une des équipes techniques dépêchées un peu partout (la sienne en Suisse) pour la retransmission du retour de Jean-Paul Kauffmann et des autres otages. Plusieurs équipes avaient été dépêchées parce qu’on ne savait pas alors exactement où ils allaient atterrir. Ils n’ont pas atterri en Suisse (mais à Villacoublay).

Au titre choisi pour le coffret Albert-Londres, Liban, au pays des morts vivants, je préfère mille fois le titre original. Non seulement, les reporters montrent la situation des civils, mais ils choisissent des témoignages de gens qui, bien que très affectés, ne veulent pas se laisser décourager. On y parle beaucoup français. Même si l’expression a été employée, je n’ai pas vu de morts vivants.

J’avais une aussi grande curiosité pour La Rumeur qu’une grande appréhension. Le dispositif spatio-topique (hihi) peut rappeler celui des Diaboliques : deux femmes (Audrey Hepburn et Shirley McLaine) travaillent dans une école privée, Karen (Hepburn) a une relation avec un jeune docteur dans la même ville (James Garner) qui contrairement au mâle du film de Clouzot n’a aucun rapport avec l’institution dirigée par les deux femmes. Si on pense au film de Clouzot, c’est aussi à cause du thème de l’homosexualité. En effet, les deux femmes "accusées" d’homosexualité à cause d’un mensonge d’enfant vont perdre leurs pensionnaires. De même qu’il y a des films contre la peine de mort (Dead Man Walking - pas vu) et d’autres contre l’exécution d’un innocent (True Crime), la question qui rendait ce film passionnant était de voir comment serait traitée la question de l’homosexuel dans la société (celle d’un criminel ? d’un pervers? ou bien d’une victime de la société ?). Le film a beaucoup de mal à parler clairement des choses : il s’adresse vraisemblablement à un grand public qu’il a l’air de chercher à éduquer et s’il a le courage d’aborder ce thème, il le fait sur un ton parfois exagérément dramatique. Le mélodrame est pourtant un genre pour lequel Wyler a déjà réalisé des choses plus contenues (ici, sur la réinsertion des soldats, , entre autres, sur l’avortement). Pourtant au lendemain de cette vision, on se dit que ce qui nous paraît être des défauts de rythme, de lourdeur, etc., n’ont pas tant d’importance.

Danielle Arbid, qui se met en scène dans Seule avec la guerre, a un comportement assez irritant par moments, mais ce sont ses partis pris (questions insistantes, prises de bec au lieu de pincettes) qui rendent ce documentaire passionnant. Au Liban, l’État et les gens veulent oublier la guerre civile de 1975-1989, mais rien n’a été fait pour passer cette étape. On est passé directement des maronites contre les chiites à tous contre Israël sans aucun travail de mémoire. Les gens refusent l’idée d’un mémorial mais les entretiens avec d’anciens miliciens (amnistiés globalement pour tous les crimes qui auraient été commis avant 1991) en montreraient la nécessité. Je comprends mieux Incendies.

J’avais déjà vu Harry dans tous ses états il y a une quinzaine d’années, au lycée. Hormis Sleepers et Love and Death que j’avais vu tout petit et dont je ne me souviens que d’un gag, ce devait être le premier. Je ne me rendais pas compte de la violence et de la crudité de ce film. Ça fait du bien.

Dans la mesure où on ne se concentre pas sur une mission, Weekend a Zuydcoote serait un film de guerre reposant, s’il n’y avait le pilonnage incessant par les Allemands sur les troupes françaises et anglaises encerclées sur les plages de Dunkerque. Au début, on croit retrouver le quatuor du Taxi pour Tobrouk, (interprétés ici par Belmondo, Périer, Marielle et Mondy) mais on se concentre vite sur le loyal sergent Maillat (Belmondo) qui voudrait bien se barrer de là.

Je me suis offert le DVD de The Rolling Stone Rock and Roll Circus pour mon anniversaire. Personne n’y aurait pensé, même pas moi. Ça s’est trouvé un peu par hasard, pourquoi pas. C’était coloré, il y avait des invités. C’est peut-être cette circonstance qui m’a fait réaliser en le regardant que le temps passé entre ce concert et notre naissance est plus court que celui du temps passé entre notre naissance et maintenant. Qu’est-ce que c’est, 12 ans. Cette considération s’est trouvée renforcée par la constatation que la plupart des protagonistes étaient alors plus jeunes que nous maintenant. Ces mathématiques du temps qui passe n’ont pas du tout gâché le plaisir de voir ces great entertainers un peu freaks mais de génie faire leur impressionnant show.

 

Reportages au Liban, Philippe Rochot, 1986

La guerre des nerfs, Frédéric Laffont, 1987

The Children’s hour, William Wyler, 1961

Seule avec la guerre, Danielle Arbid, 2001

Deconstructing Harry, Woody Allen, 1997

Weekend a Zuydcoote, Henri Verneuil, 1964

The Rolling Stone Rock and Roll Circus, Michael Lindsay-Hogg, 1968, 1996

 

*Le Dictionnaire géopolitique du 20e siècle est un outil très clair malgré l’absence de carte. Bien mieux écrits que les articles du Robert des Noms Propres, bien plus synthétique (et sans doute plus fiable) qu’un article de Wikipédia, bref, très utile pour se préparer à la lecture d’un article du monde diplomatique.

Dictionnaire historique et géopolitique du 20e siècle, Sous la direction de Serge Cordelier, La Découverte (2000, réédition régulière – la mienne date de 2007) (La Découverte dont le catalogue contient pas mal de l’ancien fond de Maspero)

 

Et puis l'atelier du son pour écouter François de Roubaix :

http://www.franceculture.com/emission-l-atelier-du-son-l-atelier-du-son-de-francois-de-roubaix-2011-10-14.html

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