ah du pain et du beurre, ah moi je n'aime que ça

Publié le par Tzvetan Liétard

Dans le cadre d’un petit cycle sur le cinéma français et la musique, avec notamment une rétrospective de cinq des premiers longs-métrage de Demy, j’ai cherché à voir des films musicaux et des films français exploitant la musique.

 

(Ce sont des films vus entre le 21 et le 30 juin.)

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Avant La Belle de Moscou, je n’avais jamais vu Fred Astaire danser dans un film.
Des remakes, il y en eut de tout temps, c'est entendu. Je me suis dit en voyant Silk Stockings (avec Fred Astaire et Cyd Charisse) qu'il y eut peut-être une vague dans les années 50 d'adaptations en comédie musicale de comédies des années 30/40.
En l'occurrence, il s'agit d'un remake de "Ninotchka" (Lubitsch, 1939 avec Greta Garbo et Melvyn Douglas). Dans le remake, le récit est beaucoup plus lâche, mais certains numéros sont fantastiques. Cyd Charisse paraît plus slave que Garbo, mais lepersonnage de Greta est beaucoup plus marquant. La différence d'âge entre les acteurs principaux est également criante lors des scènes dramatiques. Elle disparaît lors des scènes musicales.
Silk Stockings suscite exactement les mêmes impressions que High Society (Charles Walters, 1956 avec Bing Crosby, Grace Kelly et Frank Sinatra), un remake musical de The Philadelphia Story (George Cukor, 1940 avec Cary Grant, Katherine Hepburn et James Stewart).
Y a-t-il d'autres exemples de ce type de remake ?
(J'ajoute que j'ai regardé High Society car j'avais appris qu'Alain Resnais avait demandé à ses comédiens d'en regarder et analyser une séquence afin de se préparer au tournage d'On connaît la chanson. De même, je viens de voir Silk Stockings dans le but de me nourrir de comédies musicale.)

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Je n'avais jamais vu de film de Christophe Honoré. C'est chose faite désormais avec 17 fois Cécile Cassard que j'ai regardé à cause de Lola Jacques Demy.
Des rapports, il y en a :
- Cécile est le vrai prénom de Lola (Anouk Aimée) et Cassard est le nom de Roland Cassard (Marc Michel), également présent dans Les Parapluies de Cherbourg.
- Lola est le premier film de Jacques Demy, 17 fois... celui d'Honoré.
- Romain Duris (dont c'est peut-être le meilleur rôle) chante et danse "Lola".
- La réplique « Vouloir le bonheur, c'est déjà un peu le bonheur »
Les comédiennes Béatrice Dalle (Cécile) et surtout Jeanne Balibar (Édith) peuvent avoir quelque chose d'Anouk Aimée. La musique joue également un rôle prépondérant dans ce film chanté. Quelques séquences comportent des couleurs bien vives. Ces dernières remarques sont dues à la recherche de références à Demy.
Ce flot de références dont on se demande l’intérêt, si ce n’est de permettre à des étudiants ou des bloggers de gloser, ne noie pas les quelques bons souvenirs que j’ai de ce film.

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Quel rapport entre Mes Funérailles à Berlin et Demy ? Attention, c’est tordu. C’est le deuxième épisode (un très bon) des aventures de Harry Palmer. Il se trouve que Françoise Dorléac joue dans The Million dollar brain, l’épisode qui suit.
Étonnant que ce film si âpre soit l’œuvre d’un réalisateur de films de James Bond.


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Le Zinzin d’Hollywood est un film bordélique. Certaines séquences qui relèvent de la poésie aident à mieux comprendre l’engoument suscité par Lewis dont les compositions nasillardes ont souvent tendance à m’agacer. Ici, on déplore encore un problème de rythme de l’acteur parfois en roue libre – je pense que c’est la première fois que j’utilise cette expression – mais sa liberté de réalisateur burlesque donne à ce film une mesure inédite (je n’avais vu que des films du duo Jerry & Dino). Les meilleurs gags sont peut être ceux où Lewis est plutôt straight. La séquence du dialogue avec une marionnette ou celle qui se passe sous l'eau m'ont marqué pour leur poésie. Celle où il vend des bonbons aussi, comme exemple d'un sketch dont l'intérêt est justement son étirement.



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Dans Le Grand Ziegfield on retrouve Nat Pendleton, le costaud dans At the circus, qui avait la même coiffure que Harpo Marx. Ce film fut assez étrange à regarder car je n’ai pas l’habitude d’entendre mon prénom, Flo, répété si souvent par de jolies filles dans un film américain*. Il y a une petite collection de success story derrière les quelles se cache Florenz Ziegfiel ce qui fait de l’histoire de ce producteur une sorte de "meta-success story".


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On m’a dit que la musique jouait un rôle dans Les Sentiments et en effet certaines séquences sont illustrées par une sorte de chœur illustrant les sentiments du titre. Bon. Le sujet évoque un mélange de la Femme d’à côté et du Démon de Midi. Le film donne la désagréable impression de voir des personnages se débattre comme des poissons en apesanteur.


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Ce qui me plaît dans The Artist, c’est sa modestie et son efficacité. Ce n’est pas une production Ziegfield. Le phénomène qu’il a été m’épate, comme il semble avoir épaté tous ceux qui y ont participé.


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Encore une fois, j’ai cru Mélo lié à la musique. Les personnages sont des musiciens, le réalisateur est un musicophile dont les films sont composés musicalement, l’auteur de la pièce, Henri Bernstein, a un nom de compositeur.


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Cloclo est exactement comme on avait dit. Des séquences parfaitement réglées lorgnant sur d’autres genres que celui du biopic tout en y demeurant fidèle, un spectacle s’adressant autant à ceux qui connaissent un peu le contexte qu’à ceux qui n’en ont jamais entendu parler, un comédien qui ressemble vachement au personnage. C’est surtout la personnalité de Florent-Emilio Siri qui m’avait intéressé à ce projet.

 

 

Silk Stockings, Rouben Mamoulian, 1957

17 fois Cécile Cassard, Christophe Honoré, 2002

Funeral in Berlin, Guy Hamilton, 1966

The Errand boy, Jerry Lewis, 1961

The Great Ziegfield, Robert Z. Leonard, 1936

Les Sentiments, Noémie Lvovsky, 2003

The Artist, Michel Hazanavicius, 2011

Mélo, Alain Resnais, 1986

Cloclo, Florent-Emilio Siri, 2011

 

Les notices de Georges Sadoul.

Aujourd’hui, Robert Z. Leonard.

(Denver 7 septembre 1889). Un « director » à tout faire, le plus souvent au service des stars : sa femme Mae Murray, 1916-1922 puis Marion Davies, 1928-1932. Spécialiste sans éclat de la comédie musicale, il eut pourtant la chance de faire débuter Fred Astaire avec Dancing Lady (1933).

 

 

*La distribution comprend aussi une certaine Fannie Brice.

 


Toutes les illustrations sont de Šejma.

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