aujourd’hui, y’a plus qu’du gris partout

Publié le par Tzvetan Liétard (j'aime bien ce pseudonyme)

Une fois L’inventaire fait, il semble bien qu’on peut partir.

Incidemment, L’an 01 est le 400ème long-métrage de fiction de cette entreprise. J’en aime l’enthousiasme. Je n’y aime pas l’impression d’une fête forcée. Gébé contre Muray ? L’imbécile de Paris ! Non, la bonne surprise, le grand plaisir, c’était de retrouver dans la séquence de Jean Rouch les héros de Petit à Petit. Après avoir vu ce film-là, cette séquence s’éclaire. Quand la situation était catastrophique en 1970, on pouvait toujours décider de tout arrêter, ça n’aurait pas pu être pire. La Gueule ouverte ! Autrefois, on se demandait naïvement quel monde nous allions laisser à nos enfants (dont je suis, toi aussi, et elle, et lui). Aujourd’hui, la situation n’ayant pas donné beaucoup de signe d’amélioration, on le sait. Faire un enfant devient cynique. Ce n’est plus un acte d’espérance, c’est un acte d’inconscience. Pourtant, il est des rencontres qui annulent le pessimisme. Je pense à toi, à toi et à toi, ainsi qu'à vous que je ne tutoie pas. Je vous embrasse. (Les titres suivis d’un point d’exclamation sont ceux de périodiques aux quels participa Gébé).

On ne se dit pas tout entre époux, et encore heureux.

Il y a longtemps que je voulais voir Deux hommes dans la ville. Je connaissais déjà plus ou moins l’histoire : un ancien repris de justice tombe dans le collimateur d’un flic borné qui fait tout pour le faire retomber. La surprise fut de voir comment il y parvint. La foule de ce film trouve un écho dans les commentaires de faits divers de Yahoo information : un public anonyme assoiffé de peine de mort. C’est un plaisir de voir des acteurs si populaires s’engager contre, fût-ce en échange d'un cachet.

Depuis que j’ai vu La Horse et L’Armée des ombres, je suis tout à fait capable de reconnaître Christian Barbier, y compris dans Trans-Europe-Express. Ce film a en outre le mérite de briser quelques idées reçues sur le cinéma de Robbe-Grillet. Ce n’était pas ennuyeux, c’était même assez ludique. Jean-Louis Trintignant y faisait des calembours. Le seul préjugé avéré consistait en un brin de perversité sexuelle. Voilà.

J’ai regardé Le port de la drogue à cause du Petit bleu de la côte Ouest, dont un personnage, Liétard, mentionnait la version française désastreuse, en tout cas, un peu trop soucieuse de ménager les sensibilités communistes. En ce qui me concerne, ça faisait longtemps (depuis que je me l'étais procuré) que je savais que ce serait le premier film avec Richard Widmark que je regarderai.

Il me semble que l’on peut un peu trop facilement voir Jusqu’en enfer comme une métaphore de la maladie, et de l’accompagnement du malade.

Je parlerai encore de 3 hommes à abattre. Ici je mentionnerai simplement la présence de Christian Barbier dans le rôle d’un Liethard aux antipodes du Liétard du Petit bleu de la côte Ouest. Cette opposition résume parfaitement la différence d’esprit, et même d’idéologie, entre le film d’un côté et le roman et la bande dessinée de l’autre.

J’hésitais à mentionner ce numéro des feux de la rampe consacré à Philippe Noiret de peur d’avouer le temps passé cette semaine devant des écrans, et parce que c’était somme toute une rencontre assez convenue. Mais on y apprend la relative importance d’une partie du casting précédent (Jean-Pierre Darras, Pierre Dux) dans la carrière de l’acteur. Et cela a permis d’attiser mon envie de découvrir Monicelli. La rencontre était convenue, mais pas la carrière (même si personne n’aime ce mot).

Semaine curieuse, qui commence avec l’An 01 et s’achève avec le Fond de l’air est rouge, me rappelant cette conférence de Serge Halimi sise à l’université Rennes 2-Villejean vers 2002 au sujet de son livre intitulé Quand la gauche essayait (que je n’ai pas lu) ; conférence qui, bien que constatant la mort de la gauche, amena à l'impression d'une prise de conscience. La récente chronique de Morel sur France Inter déprime autant par le malheur qu'elle nous fait craindre que par le bonheur mesquin qu'elle semble espérer. Tu parles d'une alternative. Si seulement j'avais des allumettes. Comme dans L’Aveu, on y rencontre Montand, Semprùn, London.

Grâce à Monte Hellman, j’ai gagné une boîte d’allumette ici. Pourtant, je n’avais jamais vu aucun de ses films. C’est fait avec La mort tragique de Leland Drum (personne n'utilise ce titre, je suppose). J’ai l’impression d’avoir compris d’où venait tout un pan du cinéma américain des années 90 (Jarmush, les frères Coen, van Sant …), la lourdeur référentielle en moins.

 

L’inventaire, Gébé, 1972

L’an 01, Gébé & Jacques Doillon, 1973

On ne se dit pas tout entre époux, Jacques Doillon, 1971

Deux hommes dans la ville, José Giovanni, 1973

Trans-Europe-Express, Alain Robbe-Grillet, 1966

Pickup on South Street, Samuel Fuller, 1953

Drag me to Hell, Sam Raimi, 2009

3 hommes à abattre, Jacques Deray, 1980

Les feux de la rampe : Philippe Noiret, Philippe Azoulay, 2001

Le fond de l’air est rouge, Chris Marker, 1977, revu à l’occasion d’une diffusion télévisée en 1995 ?

The Shooting, Monte Hellman, 1966

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