C’était avant l’an 30 et Chicago dormait, lointaine, indifférente tandis que Bix jouait...

Publié le par Tzvetan Liétard

La femme aux chimères (Michael Curtiz) est un titre qui pose autant de problème que celui de They drive by night (Raoul Walsh, 1940) ou que celui de Ace in the Hole (Billy Wilder, 1951). On préfère ce film à The Glenn Miller Story (Anthony Mann, 1955) comme on préfère un quintet à un orchestre, à l'instar de Rick Martin (le personnage principal dont curieusement on retient le nom). Rick Martin est capable de jouer dans un orchestre, mais il préfère jouer pour lui-même ce qui le place aux antipodes de Glenn Miller. Le personnage a été inspiré par Bix Berdeibecke. Comme dans Rhapsody in Blue (Irving Rapper, 1945) et dans The Glenn Miller story, les compagnons survivants jouent leur propre rôle, souvent en guest. Ici, Hoagy Carmichael interprête un véritable personnage, tout comme dans the Best years of our lives (William Wyler, 1946).  Nous savions que The Lost Weekend (Billy Wilder, 1945) et The Naked city (Jules Dassin, 1948) font partie des premiers films à intégrer des extérieurs de New York. Ici, les errances nocturnes et matinales du trompettiste sont plus belles. (Nous citons les réalisateurs pour le plaisir de constater qu'ils nous sont désormais assez familiers.)
La mise à mort du travail est chronologiquement le dernier film du coffret Albert Londres (il m'en reste deux). On y apprend que le pays du travailler plus pour gagner plus est le troisième pays le plus productif du monde (après les États-Unis et la Norvège). On l'ignorait. Par contre on savait que c'était le pays où l'on travaillait le moins hebdomadairement (on nous le martèle assez). Nous savons donc que, d'un point de vue national, on peut lever le pied, qu'il n'est nul besoin de se sentir coupable. Une diffusion nationale de ce film devrait dissuader de tout vote à droite de (c'est qui, cette fois-ci ?) monsieur Mélenchon. Évidemment un film non seulement à voir, mais aussi à montrer, qu'on puisse discuter ensemble de certains ras-le-bol et de la possibilité d'une vie meilleure pour tout le monde.
Le cercueil vivant, (ou Whatever happened to sir Edward) fonctionne plutôt bien. Nous avons appris ensuite qu'il s'agissait du premier film ayant réuni Christopher Lee et Vincent Price.
La chambre des tortures et le film précédent confirment ce que nous soupçonnions depuis quelques temps au sujet du rapport entre les histoires originales de Poe et leurs adaptations. Forts de Tales of terror et de The Raven, (ainsi que de The terror dont le souvenir est plus lointain) nous sommes donc en terrain connu. Et pourtant, on se laisse prendre, car les histoires varient. Le terrain connu, c'est un château au bord de la mer (j'allais écrire "au bord de la mort").
J'aime Vincent Price. Même Corman lui a donné l'occasion de montrer différentes facettes de ses capacités. Il n'est pas très agile mais il est très séduisant. Ce que j'aime par dessus-tout, c'est sa voix, ses intonations. J’aime aussi sa façon de tourner brusquement la tête au moindre bruit, de passer du rire aux larmes ici, des larmes au rire là. En ce moment j'essaie de lire, en VO et avec beaucoup de mal, quelques contes d'Edgar Poe. Il me suffit d'imaginer les entendre lus par Vincent Price pour que ce soit beaucoup plus facile et agréable car Vincent Price est capable de mettre la distance nécessaire à la grandiloquence pour la faire accepter. J'avais entendu parler de l'hommage rendu par Tim Burton dans l'un de ses premiers court-métrages. Vincent est splendide, et je comprends que nombreux sont ceux qui le considèrent comme son meilleur film.
Pendant que nous continuons le cycle Cavell, Une femme cherche son destin. Comme par hasard, il est dû à l'auteur de Rhapsody in blue.
Revoir Une nuit en enfer après tout ce temps aura sans doute agacé mes co-spectateurs qui ont dû subir mes fredonnement de BO (que j'écoutais enregistrée en cassette dans ma R19 d'étudiant). La nouveauté, c'est le plaisir d'avoir été capable de reconnaître certains acteurs inconnus alors (John Saxon, Cheech Marin), et d'avoir eu l'occasion depuis de visiter la carrière d'autres (Fred Williamson, Tom Savini dont la filmographie de maquilleur nous faisait tant envie). Voilà pour le côté catalogue qui ne constitue en lui même qu'un plaisir de maniaque. Mais comme je crois l’avoir déjà dit quelque part, la cinéphilie de Tarantino a quelque chose de contagieux.

Young man with a horn, Michael Curtiz, 1950
La mise à mort du travail, Jean-Robert Viallet, 2010
1.    L'aliénation
2.    La dépossession
3.    La destruction
The Oblong Box, Gordon Hessler, 1969
Pit and the Pendulum, Roger Corman, 1961
Vincent, Tim Burton, 1982
Now, Voyager, Irving Rapper, 1942
Till dusk from dawn, Roberto Rodriguez, 1996

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