chanter la vie, les fleurs, les rires, les pleurs, le jour, la nuit, le soleil, la pluie, l´hiver, le vent, les villes, les champs, la mer, le feu, la terre pour être heureux

Publié le par Tzvetan Liétard

 

En juillet dernier, on a organisé un cinéclub de FLE. Cela signifie qu’il fallait faire découvrir du cinéma et de la civilisation française. Comme le site Institut Français Cinéma contenait pour encore quelques semaines plusieurs films de Jacques Demy, on a voulu composer un programme autour de la musique. Le programme fut le suivant.

 

Films de Jacques Demy

Lola

La Baie des Anges

Les Parapluies de Cherbourg*

Les Demoiselles de Rochefort*

Peau d’Âne

Film sur Jacques Demy

Jacquot de Nantes*

Films revendiquant la filiation avec Jacques Demy

Jeanne et le Garçon formidable*
(avec le fils de Demy)

Les chansons d’amour
(avec la fille de Deneuve)

Documentaires liés à la chanson française

Brigitte Fontaine, reflets et crudités

Il est minuit, Paris s’éveille*

* Film vu avant d'être projeté.

Sur les dix, je n’en avais vu que cinq avant leur projection, ce qui n’est pas très professionnel. Il y eut donc deux types de présentation :

-         pourquoi on veut le présenter ;

-         pourquoi on veut le voir.

On a synthétisé en deux pdfs des documents conçus pour l’occasion très rapidement.

L’un consiste essentiellement en filmographies thématiques ne retenant que les films disponibles à la médiathèque de l’Institut Français de Serbie, sans aucun jugement de valeur, juste pour brasser des titres.

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L’autre reprend trois articles de l’ouvrage collectif intitulé la Ville au Cinéma (une mine, une somme selon qu'on y puise ou qu'on s'y attaque). Le lien avec Jacques Demy est évident puisque, outre un article lui étant directement consacré, on en trouvera également un lié à son genre de prédilection (la comédie musicale) et un autre lié au port, motif urbain si souvent présent dans ces films. Ces deux derniers articles consacrent chacun un gros paragraphe à Jacques Demy.


 

En parallèle, on a regardé d’autres films franchouillards et une classic musical comedy.

Janis & John

Singin' in the rain.

Gainsbourg, Vie héroïque

Quand j’étais chanteur

 

Ce sont des films vus entre le 30 juin et le 11 juillet, évoqués dans l’ordre du visionnage, comme d’habitude.

 

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Le fait que Lola soit un film dédié à Max Ophüls m’a fait prendre conscience du fait que la médiathèque ne compte aucun film de lui.

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Il fallait un documentaire sur Brigitte Fontaine, reflets et crudités pour intéresser un public néophyte à son personnage. On l’avait introduit en écoutant quelques chansons utilisées dans le documentaire. On avait demandé à chaque spectateur de choisir un titre

 

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Janis & John est plutôt glauque. Toute cette solitude finit par rendre les personnages touchant. Malgré tout, c'est bien une comédie, avec quelques gags et quelques résolutions finales qui ne retire pas cette sensation désagréable.


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Dans La Baie des Anges Jeanne Moreau offre une véritable composition. Je ne peux plus voir une roulette sans entendre la musique de Michel Legrand. C'est vrai qu'on pense à Pickpocket ou à des films sur l'alcoolisme.
Lola m’a rappelé Conte d’Hiver d’Éric Rohmer dans lequel on évoque le pari pascalien.
‘La Baie des Anges’ est une analyse de l’addiction au jeu qui rappelle également un texte de Pascal sur le divertissement.
On m’avait présenté La Baie des Anges comme un film quasi bressonien, ce qui est peut-être exagéré étant donné la mise en scène et la musique, mais ce qui ne l’est pas dans l’analyse de l’addiction, dans la structure du récit.
Je n’ai de Pascal que des souvenirs de lycée (qui remontent à la sortie de Jeanne et le Garçon formidable), mais il se trouve qu’on avait précisément étudié ces deux textes, en 1ère. C’est Rohmer qui a permis de cultiver ces souvenirs.
Dans ce document, on apprend que c'est généralement au lycée qu'on découvre Pascal. (C'était un bonus de 'Ma nuit chez Maud'.)

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J’avais vu Jeanne et le Garçon formidable à l’occasion d’un stage d’analyse filmique auquel on a participé avec Pascal en terminal à Saint Brieuc. Ce stage, le seul du genre auquel j’ai participé, était animé par Jean-Pierre Jeancolas. Il s’agissait d’un petit cycle sur le cinéma social français contemporain qui comprenait également Fred (1997) et En avoir (ou pas) (1995). À l’époque, ces films de vingt ans étaient contemporains.

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BIEN se préparer psychologiquement pour animer une discussion après  Les Parapluies de Cherbourg  (en s'entraînant à contenir les sanglots dans la voix, en s'asseyant pendant la projection sur une planche à clou, ou en sortant au moment de la troisième partie)...
Ou alors, parce que c'est le dernier film de la semaine et qu'on se revoit lundi pour regarder "Les Demoiselles de Rochefort", profiter de ce que l'assistance (quelques étudiantes) soit bouleversée pour laisser reposer pendant tout un weekend.

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Et puisqu'on est vendredi, sachez qu'une étudiante qui, lundi, n'avait jamais entendu parler de Demy (on est à Belgrade) a été doublement touchée par les Parapluies pour y avoir reconnu Roland Cassard.

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Le lundi suivant, cette étudiante m’a dit qu’elle avait entendu dans une émission de quizz serbe – Slagalica –  la question suivante : quelle actrice a joué le rôle principal des Parapluies de Cherbourg ?

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J’avais également déjà vu Chantons sous la pluie il y a longtemps. Comme j’étais patraque (je m’étais même endormi), j’avais le souvenir d’une histoire simple servant de prétexte à de chouettes numéros psychédéliques. J’avais mis ce délire sur le compte de la fièvre, mais ils étaient effectivement psychédéliques.

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Il est minuit, Paris s’éveille est un documentaire qu’on aura vu dans la version de 52 minutes. On y évoque Nantes (par la voix de Jean Rochefort), l’importance de la musique après la guerre, les couleurs des frères Jacques, le jazz.

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Ce film devait permettre de contextualiser la période qui précède les premiers films de Demy. Même si Aznavour et (un tout petit peu) Brel sont les seuls artistes qui ont évoqué quelque chose au public, le film de Jeuland avait au moins l’intérêt de sensibiliser à une forme de chanson assez spécifique et de décrire le contexte du Paris des années 50.

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Gainsbourg, Vie héroïque est exactement comme on avait dit. L’absence d’expérience dans le milieu du cinéma et (apparemment) un fort ego a permis à l’auteur de faire un film personnel qui parle plus de Sfar que de Gainsbourg. Quand on connaît un peu la biographie du chanteur, presque chaque rencontre avec une star (Gréco, les frères Jacques, Bardot, etc.) a permis d’anticiper la chanson qui lui correspond. On ne l’a pas montré dans le cycle mais on aurait pu : il s’accordait avec le documentaire précédent et cet artiste (1928-1991) a vécu a peu près en même temps que Demy (1931-1990).

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Les Demoiselles de Rochefort filent une de ces pêches ! On y retrouve le ballet des personnages qui a plu dans Lola et qu’on dit d’Ophüls, ainsi que Danielle Darrieux.

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Connaissant des gens dans le milieu décrit dans Quand j’étais chanteur, ça m’a parlé. Malgré le fait que Depardieu ne soit pas un grand chanteur, son personnage reste crédible. L'histoire m'a moins intéressé.

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Outre le fait que Jacquot de Nantes s’intègre parfaitement au cycle avec une biographie du réalisateur, un retour sur des films déjà vus, et la description d’un contexte musical qui fait le lien avec le documentaire de Jeuland, le film raconte surtout la naissance d’une vocation, la persévérance et la débrouillardise. C'est surtout pour cet aspect que j'aime montrer ce film.

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Peau d’Âne aura été le dernier film de Demy du cycle. J'avais pour l'occasion donner le texte de Perrault à lire avec un petit lexique franco-serbe des termes peu usités actuellement. Je cherche encore la traduction de "lapidaire", ""infante", "pain-bis", "grisette", "gaupe", "souillon"...


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Les chansons d’amour est donc un film truffé de références, dont une à des marins croisés ici dans le Xème arrondissement ! On en aura vu, des marins, dans ce cycle. Je ne sais pas si c’était une bonne chose de terminer le cycle avec ce film, mais il semble que la musique d’Alex Beaupain, plus moderne, a rafraichi après les « jazzeries » de Michel Legrand et les « chansons à texte » des autres films. En ce sens, il semble qu’il ait plu malgré les bizarreries qu’on constitué pas mal de situations (une mort brutale, des lycéens qui récitent Aragon). Le fait que le film soit chanté n’était plus un problème.

 

Voilà. Ajoutons que 8 femmes fait partie des films français des années 2000 les plus connus dans le monde francophone ici.

 

Lola, Jacques Demy, 1961

          Brigitte Fontaine, reflets et crudités, Benoît Mouchart & Thomas Bartel, 2013

Janis & John, Samuel Benchetrit, 2003

La Baie des Anges, Jacques Demy, 1963

Jeanne et le Garçon formidable, Olivier Ducastel & Jacques Martineau, 1998

Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy, 1964

Singin’ in the rain, Stanley Donen, 1952

            Il est minuit, Paris s’éveille, Yves Jeuland, 2012

Gainsbourg, Vie héroïque, Joann Sfar, 2010

Les Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1967

Quand j’étais chanteur, Xavier Giannoli, 2006

Jacquot de Nantes, Agnès Varda, 1991

Peau d’Âne, Jacques Demy, 1970

Les chansons d’amour, Christophe Honoré, 2007

 

 

Aujourd’hui Jacques Demy (rediffusion)

(Pontchâteau 5 juin 1931) Avec Lola (1961), ballet fantaisiste, désinvolte, ému, il apporta à la Nouvelle Vague son « néoréalisme poétique » - puis dans cette direction : la Baie des Anges (1963) et les Parapluies de Cherbourg (1964), originale comédie musicale comme les Demoiselles de Rochefort (1966).

L’amertume d’une découverte californienne (Model Shop) et Peau d’Âne marquent un retour vers la féerie. [une liste]


Toutes les illustrations sont de Šejma.

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