d'après ce qu'on nous annonce ça va dans un bon sens, faut pas prévoir à l'avance avant d'avoir la réponse

Publié le par Tzvetan Liétard

Films vus entre le 3 et le 16 novembre


 

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Cinéclub de la fac  Ayant lu et aimé le livre de Japrisot, j’étais curieux de voir Un long dimanche de fiançailles, curieux mais pas impatient. Le film fait penser à ces sketches « à la manière de » : le livre est respecté, mais les images pisseuses plutôt que sépia sont poisseuses. Manech est un nom basque qui sonne breton. Alors du coup on transpose Cap-Breton (Aquitaine) en Bretagne, mais si en Bretagne tu n’avais jamais entendu ce nom, c’est normal. Il y a aussi un côté Tour de Gaule d’Astérix, les subtilités régionales en moins. C’est à peu près à ce moment là que nous vîmes une pièce traitant des réfugiés serbes du front de l’orient en Corse. Cette pièce aide comprendre pourquoi le « je ne suis même pas français, je suis corse » a fait polémique dans cette région.

 

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Cinéclub de l’Institut Français (1/7)  Queen of Montreuil a été le premier film du cinéclub de l’Institut Français de Belgrade de la session novembre – décembre. Occasion de voir Montreuil (93), de revoir Samir Guesmi, d’entendre parler islandais, d’apprendre que des Paimpolais et des Islandais peuvent être cousins.


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DSK, Hollande, etc., après les Nouveaux Chiens de Garde. On peut en dire autant. Le film dit en gros qu’on n’a pas vraiment le choix.

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Cinéclub de la fac  ‘Orsay est-il un documentaire amoureux ou un publi-documentaire ? En tout cas, c’était instructif. Un morceau d’histoire de France qui permet de citer les noms de Pompidou, Giscard, Mitterrand et Chirac. Oui, parce qu’on a montré ce film au cinéclub, à la fac. Ces noms de président étant inconnus à la plupart des étudiants, je saute sur toutes les occasions pour les montrer. À cette occasion, j’ai commencé à lire Pierre-Auguste Renoir, mon père de Jean Renoir. Instructif et plaisant. Eh bien dans ces deux documents, on parle avec condescendance d’un certain Bouguereau. Je l’ai encore entendu cité ici, dans cette émission de Vincent Josse. Depuis plus rien. C’était donc la journée Bouguereau. En serbe, « jour » se dit « dan », c’était donc le Bouguereau dan. Et comme chacun sait, « Bougereau dan » et « Bouguereau d’andouille » ne font qu’un. Le Musée d’Orsay n’est pas loin de la Comédie Française (un quart d’heure, un peu plus d’un kilomètre). Le tournage n’a pas dû poser beaucoup de problème à Éric Ruff.


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Cinéclub de l’Institut Français (2/7)  Les Combattants Africains de la grande guerre a été le deuxième film du cinéclub de l’Institut Français de Belgrade de la session novembre – décembre. 1983, le film rend compte de la parole des anciens combattants de l’ex AOF (du Burkina Faso et du Sénégal). Cette voix est importante.


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Ils parlent de leur itinéraire. Après un passage par Toulon, ils débarquent sur le Front de l’Orient à Thessalonique. Cette impression nous a touchés dans le public : « les Grecs étaient un peu bozarre, unb peu hostile. Et puis on a vu les Bulgares qui étaient contre nous. Les Turcs aussi, on les a vus, ils étaient aussi contre nous. Les Serbes, eux, ils étaient gentils, ils nous ont bien accueillis. Et puis les Italiens, et les Anglais, ils étaient aussi avec nous. » Le film évoque trop superficiellement la spolliation des anciens combattants des colonies.


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Calmos m’a rappelé Merci la vie !, le film de Bertrand Blier que je préfère. Les deux films mélangent, mixent, amalgament allègrement les thématique du sexe et de la guerre. Je préfère toujours, et de loin, le film de 1991, mais Calmos compte pas mal de séquences étonnantes, dont l’ouverture (« pâle ordure », « qu’est-ce que ça peut vous foutre ? », etc.), mais il est plus à rapprocher des Sextraordinaires aventures de Zizi et Peter Panpan de Lauzier.


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J’ai une certaine tendresse pour le roman de Joseph Kessel, mais le Belle de jour de Buñuel paraît effectivement supérieur. Francis Blanche est aussi inquiétant que dans la Tulipe Noire, mais dans ce contexte, cela paraît plus normal. J’avais lu le roman en me le représentant avec les acteurs du film : Jean Sorel fonctionnait plutôt bien, il m’a fallu du temps pour m’habituer à Catherine Deneuve, mais Husson paraissait plus âgé que Piccoli. Je croyais ne pas connaître Pierre Clémenti (dont la ressemblance avec Cillian Murphy a souvent été commentée) mais on l’avait déjà vu dans Porcile.

 

 

Un long dimanche de fiançailles, Jean-Pierre Jeunet, 2004

Queen of Montreuil, Solveig Anspach, 2012

DSK, Hollande, etc., Pierre Carles, 2012

‘Orsay, Bruno Ulmer, 2012

Les Combattants Africains de la grande guerre, Laurent Dussaux, 1983

Calmos, Bertrand Blier, 1976

Belle de jour, Luis Buñuel, 1967

 

Les notices de Georges Sadoul…

Aujourd’hui, Luis Buñuel :

(Calanda 22 février 1900) D’une infinie tendresse sous une apparente cruauté, intransigeant et compréhensif, l’honnêteté et la fidélité mêmes à soi-même, à son art, à son idéal, à ses amis. Si Vigo fut le Rimbaud du cinéma, alors il en est le Lautréamont. Aragonais comme Goya (l’un de ses dieux), il quitta l’Espagne et la dictature de Primo de Rivera pour trouver en France la liberté. Il fit à Paris ses premières armes comme assistant de Jean Epstein, qu’il admirait. Mais alors « le surréalisme me révéla que l’homme ne peut se dispenser de sens moral. Je croyais à la liberté totale de l’homme ne peut se dispenser de sens moral. Je croyais à la liberté totale de l’homme, mais j’ai vu dans le surréalisme une discipline à suivre et il m’a fait faire un grand pas merveilleurx et poétique » (avec  Un chien andalouet  l’Âge d’or ) Après avoir rompu avec le surréalisme, dirigé Terre sans pain, servi les républicains espagnols, connu un dur exil aux US, accepté de réaliser au Mexique des productions commerciales, il reprit la parole avec Los Olvidados et la garda, réalisant avec sa splendide maturité, à Mexico et occasionnellement à Madrid, une série de violents chefs-d’œuvre, Subida al Cielo, Nazarin, Viridiana, l’Ange exterminateur. « Je n’ai jamais fait que des films de commande, hors mes trois premiers, a-t-il déclaré. J’en ai fait de mauvais, mais toujours moralement dignes ; j’ai toujours suivi mon précepte surréaliste : « La nécessité de manger n’excuse pas la prostitution de l’art. » Je suis contre la morale conventionnelle, les phantasmes traditionnels, le sentimentalisme, toute la saleté morale de la société. La morale bourgeoise est pour moi l’anti-morale, parce que fondée sur de très injustes institutions : la religion, la patrie, la famille et autres piliers de la société. » Il a ainsi défini sa conception du cinéma : « Il suffirait que la paupière blanche de l’écran puisse refléter la lumière qui lui est propre pour faire sauter l’univers. Mais pour le moment nous pouvons dormir tranquilles, car la lumière cinématographique est sûrement dosée et enchaînée. » « Le cinéma est une arme magnifique et dangereuse, si c’est un esprit libre qui le manie. C’est le meilleur instrument pour exprimer la vie du subconscient dont les racines pénètrent si profondément dans la poésie. Qu’on ne croie pas pourtant que je suis pour un cinéma exclusivement consacré au fantastique et au mystère. […] Je demande au cinéma d’être un témoin, le compte rendu du monde, celui qui dit tout ce qui est important dans le réel. La réalité est multiple et peut avoir mille signification diverses pour des hommes différents. Je veux avoir une vision intégrale de la réalité ; je veux entrer dans le monde merveilleux de l’inconnu. » « Le drame privé d’un individu ne peut à mon avis intéresser personne digne de vivre dans son temps. Si le spectateur partage les joies, les tristesses, les angoisses d’un personnage de l’écran, ce ne pourra être que parce qu’il y voit le reflet des joies, des tristesses, des angoisses de toute la société ; donc les siennes propres. Le chômage, l’insécurité, la peur de la guerre, etc., affectent tous les hommes d’aujourd’hui, donc le spectateur. » « Je suis toujours athée, grâce à Dieu… Je crois qu’il faut chercher Dieu dans l’homme, c’est une attitude très simple. » Études à la Cité universitaire de Madrid avec Garcia Lorca, Dali, Rafaël Alberti, Juan Vicens, etc. S’établit après 1925 à Paris. [Une liste.]

Semble venu pour Luis Buñuel le temps de la sérénité inquiète, des grands films apaisés et toujours questionnants, de la distance que met l’humour entre lui et ses œuvres. Le temps aussi d’une écriture ferme et droite. Un temps qu’éclaire ce mot de lui (in « le Monde » du 30 août 1965) : « À l’époque où j’étais jeune, je regarde le ciel et je me dis simplement que c’est beau. » [Une liste.]

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