Des héroïnes et des héros

Publié le par Loran Fi

Colorado : Les spaghettis, c’est meilleur avec de la sauce rouge. Sensation étrange lorsque, parfois dans un même dialogue, on passe de l’anglais américain à l’italien de la Cinecíttà. Avec Tomas Millian.

Quatre du texas est un peu ianch’. Le traitement de la foule déçoit, assez proche, dans le principe, d’Interville. La gueule de Dean Martin se situe entre celles de Victor Mature et de Sylvester Stallone. Charles Bronson dénote pour le meilleur. Les scènes de ce film sont les moins détournées, quoique quand même, évidemment, de la classe américaine.

Leto je krivo za sve en français l’été est coupable de tout se situe entre l’Odyssée et l’hôtel de la plage, mais avec ce petit quelque chose de typiquement yougoslave dans l’humour, On retrouve la même musique jazzy avec vibraphone que dans Dr ou Ljubav i moda ainsi que Mia Aleksić. Je me demande si je n’ai pas vu autant de film avec lui qu’avec Bata Živojinović. Rade Marković ressemble à Mastroianni, et ce film a l’air italien, y compris le procédé qui consiste à enregistrer les images d’abord, le son ensuite. Une carte postale pour des vacances sur la côte adriatique.

Dans La fille qui en savait trop, la tête de John Saxon me rappelait quelque chose. Je cherchais dans les physionomies familières actuelles. J’avais pensé à Michael Ironside et à Jalill Lespert. En fait, je l’avais déjà vu ici et . Une carte postale pour des vacances à Rome. Il rappelle le seul film de Dario Argento que je n’ai jamais vu. En regardant ce film, j’ai commencé à réaliser l’importance de la lecture de Dylan Dog dans mon éducation culturelle, l’oeuvre de Sclavi m’ayant semble-t-il préparé aux Gialli.

4 de l’apocalypse : Les spaghettis, c’est pas meilleur avec de la viande. Fabio Tesi aurait pu faire un bon Lucky Luke. Les massacres de masse d’innocents me fascinent dans les westerns italiens. On y trouve toutes les émotions auxquelles on s’attend dans une apocalypse (devant massacres, meurtres et autres morts, viols, cannibalisme, etc.). Cela explique peut-être le titre du film, un peu erroné car il y a malgré tout un chouïa d’optimisme un brin naïf qui répondrait presque positivement à ces questions. Avec Tomas Millian et, je crois, l’acteur qui joue le photographe d’une parodie de Blow up dans un vieux Playboy.

L’autre chose que j’aime dans les westerns en général, et dans la Ballade de Cable Hogue par exemple, c’est le rapport entre les personnages et la morale (ou les bonnes manières pour le comique), les personnages cruels ou non qui ont des réactions inattendues avec une sagesse qui leur est propre et un grand manque d’éducation. Le film est similaire à The Life & Times of Judge Roy Bean, jusqu’aux personnages de prêcheur errant de David Warner et d’Anthony Perkins et à l’unité d’un lieu hostile, dominé et rendu prospère par le personnage depuis son arrivée de nulle part et en mauvaise posture jusqu’à son apothéose pleurée. Malgré leur cousinage, aucun n’interfère sur l’autre, on n’a vraiment, mais alors vraiment pas du tout, envie de les mesurer l’un à l’autre, comme toutes les légendes de l’ouest, fictives ou non.

Le juge et l’assassin aurait pu s’appeler Le Salaud et le Psychopathe. Tout est mis en place dès le début. Le film a peut-être intéressé Michel Foucault : il met en scène toutes les institutions (prison bien sûr, mais aussi hôpital, et asile psychiatrique) décrites dans Surveiller et Punir. Jean-Claude Brialy a taillé sa barbe depuis Le Genou de Claire. Les éléments historiques ne sont pas très finement distillés. On peut imaginer un autre acteur camper le juge ; concernant l’assassin, c’est plus difficile. Ici, les personnages sont corsetés, presque conditionnés par l’Histoire et leur condition sociale. J’imagine assez mal un western avec une telle précision historique.

Dans El Mercenario, Jack Palance est étrange avec ses cheveux bouclés. Une autre différence entre westerns états-uniens et italiens, c’est peut-être que dans les premiers on raconte la construction d’une nation, alors que la question n’a aucun intérêt pour les seconds, qui sont libres d’imaginer ce qu’ils veulent. On pourrait presque appeler celui-ci un western ratatouille. Je l’ai regardé en mangeant enfin des spaghettis. Un film plus familial et avec apparemment un plus gros budget que Django et Il Grande Silenzio, où l’unité d’un lieu – une ville de pionniers dans la boue ou la neige – disparaît.

 

La resa dei conti, Sergio Sollima, 1966

4 for Texas, Robert Aldrich, 1963

Leto je krivo za sve, Mladomir ‘Puriša’ Djordjević, 1961

La Ragazza che sappeva troppo, Mario Bava, 1964

I quattro dell’ apocalisse, Lucio Fulci, 1975

The Ballad of Cable Hogue, Sam Peckinpah, 1970

Le juge et l’assassin, Bertrand Tavernier, 1976

Il Mercenario, Sergio Corbucci, 1968

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