Down the way where the nights are gay and the sun shines daily on the mountain top

Publié le par Tzvetan Liétard

À force de voir les mêmes acteurs chez monsieur Resnais, on se demande ce qu’auraient donné les Herbes Folles avec d’autres que mademoiselle Azéma et monsieur Dussolier. Pas très longtemps cependant. Si le film ne convainc pas de l’intérêt intrinsèque de l’histoire; en revanche, il convainc que monsieur Resnais est un grand cinéaste, puisqu’il sait captiver un public qui aurait pu se contenter de suivre poliment les cas de conscience des protagonistes. Il est amusant de constater qu’une partie de la troupe de monsieur Podalydès (Brouté, Vuillermoz) a été adoptée par Resnais (comme on a constaté qu’on retrouvait souvent Azéma et Arditi chez l’adaptateur des Rouletabille). Cette une pièce de la partie de l’œuvre de Resnais qui contiendrait Mon oncle d’Amérique et Smoking/No smoking pour la mise en observation quasi clinique des personnages. On l’a regardé – en cinéclub de fac – pour se consoler de rater Vous n’avez encore rien vu qui passait à Belgrade et dont le sujet m’intérêt autrement.

Razzia sur la Chnouf est la fidèle adaptation du roman. Hormis une simplification sur le passé de Henri Ferré, j’y ai tout retrouvé, y compris la scène de l’interrogatoire que je ne résiste pas à retranscrire ici (celle du livre, mais elle n’est pas loin de celle du film).

« - (...) À qui est la drogue ?
- L’adresse de la fabrique ?
- Qui reçoit l’opium ?
- À quelle gare ?
- D’où vient-elle ?
- Des Balkans, hein ?
- Pensez-vous, chef ! Pas de là ! De l’Orient !
- Mais si Leroux ! Ils cultivent le pavot, dans les Balkans ! Pas vrai Ferré ? J’sais que c’est ça ! De Yougoslavie, hein ?
- Tu peux nous le dire.
- On le sait ! »
                       Auguste Lebreton, Razzia sur la chnouf, 1954

Le film semble naturaliste, on se souviendra d’atmosphère, de danse dans des cabarets et le personnage de Lila Kedrova. J’ai passé tout le film à essayer de reconnaître Albert Rémy. C’est seulement à la fin que bon sang mais c’est bien sûr.

Grâce à Fort Bravo, j’ai pu revoir William Holden (il y avait longtemps) et j’ai pu voir en action la capacité de John Sturges à faire comprendre une situation bien plus complexe qu’un match de foot. J’arrête de signaler les exemples de réconciliation nord-sud face à l’adversité (ici des Indiens).

Leningrad Cowboys meet Mosesm’a permis de voir un poteau indicateur indiquant le centre scolaire Jean Macé. C’était tellement inattendu. Et j’ai été tellement, content de revoir André Wilms. Il aurait pu s’intituler LC across Europe.

Parada constitue un chouette document. La parade du titre est organisée pour le premier mai à Belgrade sous Tito. L’ambiance est sympathique et l’armée pas martiale. C’est le contraire d’un document de propagande. On comprend que ce film de commande ait été refusé (certains diraient "interdit"). On y retrouve une ambiance presque palombienne, proche de l’album de Franquin le dictateur et le champignon.

Twilight Time (du nom de la chanson popularisée entre autre par les Platters) est à l’origine de quelques surprises : j’ignorais que Karl Malden fût d’origine serbe (il s’appelait Mladen Sekulović). Il est extrêmement convaincant en vieux yougoslave de retour au pays après avoir fait (petite) fortune aux États-Unis. Ce film, qui met en scène un enfant (en fait un jeune garçon et sa petite sœur) et un adulte âgé (ici Marko, le grand-père interprété par Karl Malden), m’a rappelé ceux qu’on nous avait montrés au cinéma à l’époque du collège : Papa est en voyage d’affaire, Cinema Paradisio et Un enfant de Calabre (qui constitue une deuxième surprise : il a été réalisé par Luigi Comencini et interprété par Gian Maria Volonté dans le rôle du chauffeur de bus). C’est ce rapport à ce film yougoslave et à ces films franco-italiens qui a fait que le film de Paskaljević m’a émerveillé. Je l’ai regardé comme à 13 ans (l’âge d’Ivan) en sortie cinéma scolaire. Il traite d’une tendance familière aux Yougoslaves de l’époque selon laquelle beaucoup de jeunes adultes allaient travailler en Allemagne (ou ailleurs en Europe de l’Ouest). Comme il m’a semblé utile d’expliquer aux étudiants qui étaient Jean Carmet et Michel Blanc à propos des Fugitifs, je signale la présence de Pavle Vujisić et Petar Božović. Ce qui frappe, ce sont les paysages montagneux de cette ville dont on sent qu’elle deviendra fantôme.

Le titre de Lacan parle n’est pas très bien choisi, même si on l’y entend beaucoup.

Georges Siatidis, l’un des comédiens de Mini Trip fait désormais partie des acteurs qui me sont familiers (notamment pour ses rôles de militaire dans les films de Laurent Herbiet et celui de Danis Tanović). Ce court-métrage est assez réjouissant.

Drôle de Frimousse synthétise joliment et satiriquement de beaux clichés sur Paris. Audrey Hepburn (28 ans) y est époustouflante en danseuse. Fred Astaire (58 ans) est moins étonnant parce qu’on connaissait déjà ses talents de danseur. Si l’acteur est effectivement deux fois plus vieux que l’actrice, on ne sent pas l’âge des personnages. Efficace !

J’avoue, j’ai choisi de regarder La colline des potences à cause de Karl Malden que j’aime beaucoup. J’ai hâte de lire son autobiographie dont on m’a signalé l’existence dans un commentaire. Il ne m’a pas déçu mais m’a surpris car je ne le connaissais pas encore dan des rôles de brute. Frenchy Plante (c’est son nom) y porte toujours une sorte de casquette de trappeur. Mais Gary Cooper est intéressant en docteur manipulateur. C’est peut-être le rôle qui lui convenait le mieux dans cette période (et pourtant j’ai vu High Noon et Vera Cruz). Ce qui frappe, ce sont les paysages montagneux de cette ville dont on sent qu’elle deviendra fantôme. J’ai passé tout le film à essayer de reconnaître George C. Scott. C’est seulement à la fin que bon sang mais c’est bien sûr.

 

Les Herbes Folles, Alain Resnais, 2009

Razzia sur la Chnouf, Henri Decoin, 1955

Escape from Fort Bravo, John Sturges, 1953

Leningrad Cowboys meet Moses, Aki Kaürismaki, 1994

           Parada, Dušan Makavejev, 1962

Suton, Goran Paskaljević, 1982

          Lacan parle, Françoise Wolff, 1972

          Mini Trip, Jean-Michel Vovk, 2008

Funny Face, Stanley Donen, 1957

The hanging Tree, Delmer Daves (& Karl Malden), 1959

 

 

Les notices (lapidaires) de Georges Sadoul

Cette semaine, Henri Decoin :

(Paris 18 mars 1896) Metteur en scène abondant et traditionnel. D’abord sportif, journaliste, scénaristes [une liste].

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