Elle dit parfois des grosses conneries et je ris et j'en ris. Elle sourit. Elle dit parfois « et ouais… » moi je ris. Elle dit « j'aime bien comm' tu le dis » et je ris. Elle sourit.

Publié le par Tzvetan Liétard

J’aime Les Bêtes du Sud Sauvage pour son énergie, celle de la petite Hushpuppy (Quvenzhané Wallis) et celle de son père (Dwight Henry), pour les bombes qu’on y pose et qui y explosent, pour cette ode à la liberté sauvage.
Un peu de blabla : Je souscris à la remarque du Chicon selon laquelle Moonrise Kingdom et ce film ont beaucoup de motifs en commun malgré ce qui les oppose au niveau du traitement. Les motifs sont la tempête et les éléments, la vie d’une communauté, les rapports adulte/enfant, la dictature des institutions sous prétexte de faire le bien, une pointe de fantastique. La différence principale pourrait provenir du traitement de l’enfance. Je m’explique : le mythe selon lequel l’enfant est bon et supérieur à bien des égards m’agace, la croyance selon laquelle un adulte est mauvais parce qu’il aurait perdu son âme d’enfant m’écœure. Ce n’est pour autant que je déteste les enfants. A tout prendre je les préfère cruels, ça n’est pas plus réaliste, mais cela semble moins con. Heureusement Wes Anderson en a fait des adultes en plein désarroi (des personnes potentielles) avec des défauts d’adultes dans un monde taillé par des adultes à leur taille. La petite Hushpuppy a failli être mignonne, mais elle est pleine de haine d’une colère saine que lui transmet son père. Son personnage me satisfait, hormis le choix d’en faire la narratrice. Je n’aime pas l’entendre formuler même avec des mots d’enfant ce qu’elle voit. Sur ce point, la radicalité de Los Salvajes était bienvenue.

Dans Bellamy, Jacque Gamblin m’a étonné de ne pas m’étonner, Gérard Depardieu ne pas étonné de m’étonner et Clovis Cornillac m’a étonné de m’étonner. Car la relation entre ces frères (interprétés par Obélix et Astérix) était passionnante. L’hommage aux deux Georges (Brassens et Simenon) est réussi.

Quand je lis quelque chose sur Jeanne d’Arc, que ce soit Là-bas (Huysmans) ou Gilles & Jeanne (Tournier), c’est encore de celui de Besson (pour le moment le plus représentatif) que viennent les images. Quand je n'ai pas les miennes propres.

À première vue, le Procès de Jeanne d’Arc correspond à ce qu’on pouvait en attendre.

Perceval le Gallois était en revanche surprenant. De commun avec les films de Rohmer habituels, je note les comédiennes, les bizarreries de certaines situations, le goût pour la langue. De moins commun, je note le cadre historique médiéval et les décors improbables. Avec Gérard Falconetti, petit-fils de Renée Falconetti. J'avais encore un tête le Perceval (édition Casterman pour adolescents) lu en sixième avec mademoiselle B..

Sur le même sujet que le film de Bresson, La Passion de Jeanne d’Arc est beaucoup plus spectaculaire. En effet, parlant, il aurait pu être impressionnant : Antonin Artaud et René Falconetti.

J'en ai donc fini avec Jeanne d'Arc avant d'avoir l'occasion de voir les versions avec Jeangrid SeBergman et Sandrine Bonnaire (entre autres).

À boire m'a plu. La situation cul-de-sac dans laquelle se retrouvent les personnages dans une station de ski. Il y eut un écho avec Credaski bien sûr. Cette galère, cette misère, cette chanson de Christophe. Baer et Beart, ça va bien ensemble. 

 

Beasts of the Southern Wild, Benh Zeitlin, 2012

Bellamy, Claude Chabrol, 2009

Procès de Jeanne d’Arc, Robert Bresson, 1962

Perceval le gallois, Eric Rohmer, 1978

La Passion de Jeanne d’Arc, Carl Theodor Dreyer, 1928

À boire, Marion Vernoux, 2004


Les notices authentique et apocryphe de Georges Sadoul :

Cette semaine, Robert Bresson :

(Bromont-la-Mothe, Puy-de-Dôme, 25 septembre 1907) Le janséniste du cinéma français, étant entendu qu’il recherche un dépouillement classique fort humain, et fort éloigné de la sécheresse doctrinale. Il débuta, pendant la guerre, avec les Anges du péché, drame reclus dans un couvent de religieuses, puis il transposa librement dans l’époque contemporaine un conte de Diderot, les Dames du bois de Boulogne, film calciné et éblouissant comme ces terres rares qui donnaient à la lumière du gaz un exceptionnel éclat. Après un long silence, une adaptation de Barnanos, le Journal d’un curé de campagne, marqua un tournant dans son œuvre, et des exigences renforcées. Il refusait désormais les acteurs, les décors, un dialogue fleuri pour établir un contact avec la vie, en prise directe, mais par des moyens opposés à ceux du néoréalisme. Pour saisir l’expression des hommes, il les pliait à une rigoureuse mise en scène et, pour analyser leur comportement et leur caractère, il tendait à les enfermer dans un huis clos. Avec un minimum de moyens, Un condamné à mort s’est échappé, so, chef-d’œuvre, dit l’essentiel de la Résistance française, son héroïsme et l’atmosphère du temps, les gestes et les objets dominèrent le film, et plus encore Pickpocket où l’on put retrouver les thèmes de Crime et Châtiment, ce mystique ayant toujours un sens aigu de la réalité. Avec son Prochès de Jeanne d’Arc enfin, le plus difficile de ses films, il atteignit le comble du dépouillement. « Un film doit être l’œuvre d’un seul, a-t-il dit, et faire pénétrer le public dans l’œuvre d’un seul. Le cinéma doit s’exprimer non par des images, mais par des rapports d’images. De même un peintre ne s’exprime pas par des couleurs, mais par un rapport de couleurs. Si la première image est neutre et que tout à coup, mise en présence d’une autre, elle vibre, la vie fait irruption. Ce n’est pas tellement la vie de l’histoire, des personnages, c’est la vie du film. À partir du moment où l’image vit, on fait du cinéma. Le cinéma n’est pas un spectacle, c’est une écriture. Vous ne pouvez changer l’être intime de l’interprète : un regard authentique est une chose que vous ne pourrez inventer. Admirable aussi, une certaine expression que vous n’avez pas voulue. Si vous prenez un acteur, vous n’avez aucune surprise. C’est bien pourquoi les producteurs les prennent. Dans unfilm, ce que je cherche, c’est une marche vers l’inconnu. En tout cas, la donnée c’est la nature, l’homme, ce n’est pas l’acteur. » Et, a écrit André Bazin : « Comme Dreyer, Bresson s’est naturellement attaché aux qualités les plus charnelles du visage qui, dans la mesure même où il ne joue point, n’est que l’empreinte privilégiées de l’être, la trace visible de l’âme. Si Bresson dépouille ses personnages, c’est au sens propre. » [une liste].

« Ce que je cherche à obtenir : ne srait-ce que dix minutes, sans discontinuer, de pur cinématographe, déclarait-il en 1963 à Georges Sadoul, de quelque chose qui soit vivant grâce à la seule palpitation des images, et non pas grâce à une mimique d’acteurs, dont l’écran ne nous restitue que la photographie morte. » ‘In « Lettres françaises » 7 mars 1963 J Et il faut bien dire que cette « palpitation » sut faire passer un souffle étonnant sur des films comme au Au hasard, Balthazar, ou Une femme douce.

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