fuori soffiava dolce il vento tralalalalla tralallaleru

Publié le par Tzvetan Liétard

Pour Noël, j’ai eu la fausse intégrale de Pierre Etaix.

La chute de la rupture est particulièrement inattendue, signifiante et littérale.

Heureux anniversaire triste et marrant

On a tranquillement repris le cinéclub de la fac avec Les Rendez-vous de Paris pour visiter Paris et c’est vrai qu’on y découvre des coins inattendus. L’épisode dans le Marais permet de visiter le musée Picasso. L’épisode des Bancs permets des balades de la Villette à Montmartre (dont j’ai noté l’adresse du cimetière Sain-Vincent pour mon prochain séjour là-bas afin de visiter la tombe de Steinlen). L’insouciance et la vanité de ces jeunes continuent de me captiver mais a agacé certaines spectatrices. La Rohmérienne a été prise pour une représentation factice de la parisienne.

Dans la première balle tue, la composition de Glenn Ford est beaucoup plus séduisante ici que dans The Sheepman. L’histoire simple d’une communauté me rappelle toujours Goscinny et Aymé (lesquels j’associe désormais systématiquement) me fait regretter leur traitement sympathique. Ce qu’il y a d’inquiétant dans cette histoire de tireur d’élite, c’est la folie de celui qui veut se mesurer à tout le monde. Il est splendidement interprété par le gras Broderick Crawford qui aurait fait un excellent baron Harkonnen.

Kad svane dan traite du trop rare sujet du logor (camp de concentration) de Belgrade. J’en avais entendu parler, j’y pense souvent passant le pont de Branko, l’un des ponts traversant la Save les plus fréquentés de Belgrade, pont au pied duquel ne demeurent plus de traces de ce camp. Même l’info présente dans le film selon laquelle il y aurait un parc d’attraction m’était parvenue.
Le film permet de se promener beaucoup à Belgrade dans des lieux familiers (Studenski park, Dorćol…) et d’autres un peu moins (des cimetières, dont un ressemblant fort à celui de Zemun). On se promène aussi du côté de Pančevo.
Comme il l’est trop rare aussi, les vieux ont la parole et évoquent le passé. Ce ne sont pas les pittoresques petits vieux habituels. Il est troublant de voir un jeune adulte expliquer à un vieillard ce qui se passait en 1941. L’histoire est sobrement mise en scène.
Le protagoniste s’enquiert d’une famille vivant dans la rue du Danube : « Elle habitait là avant la guerre… enfin, la deuxième guerre mondiale. » Il y a des allers et retours entre cette époque et la situation actuelle. C’est un hommage aux victimes des nazis : autant les juifs que les roms.
Pour toutes ces raisons et malgré des moments tire-larmes appuyés, c’était un film important. Du même Goran Paskaljević, j’y retrouvais la délicatesse de Twilight/Suton, un film sur la vieillesse et le passé et celle d’Anđeo Čuvar, un autre film sur la communauté gitane de Belgrade (avec Šaban Bajramović). La musique joue d’ailleurs ici et là le même rôle avec Twilight, Sajbija, et le thème fictif composé par Ivan Weiss dans Kad svane dan.

Eté capricieux trois hommes autour d’un lac un petit cirque (un couple de jeunes acrobates) survient. Peu habitué aux films severoslaves ou centroslaves (ces mots n’existent pas, mais je ne suis sûrement pas le premier à les avoir forger) et même si je n’aime pas réduire un film à sa nationalité, j’ai été frappé par les similitudes et les différences aussi grandes avec certains stéréotypes des cousins du sud. Ce film tchècoslovaque date de 1968 : le contexte ne transparaît pas ? En tout cas on est touché par ces personnages un peu plus cassés à la fin qu’au début du film.

Papa, Maman, ma Femme et moi est peut-être moins bien que l’autre. Laissons les films des années 50 aux années 50, il suffirait de les ressortir de temps en temps au lieu de produire des reconstitutions frelatées. Ils sont tout aussi délicieusement conservateurs et un peu plus malins. Léon « l’alibi », l’ami de Robert, a inventé une paire de lunette à essuie-glace, invention que j’avais vue dans Spirou et les Heritiers (1951) de Franquin. Je ne sais pas d’où lui l’a tirée. Ces histoires de petits bourgeois donnent un aperçu des préoccupations qu’on pouvait avoir alors quant aux questions de consommation et d’espaces.

Dans Porcherie en revanche, le contexte transparaît vachement. Ce que l’on ne dit pas c’est que les deux films sont mélangés. Entre ces deux progressions parallèles on cherche des rapports et on en trouve. Les paysage de l’Etna, la voix doublée de Léaud, la place de la Kultur. C’est l’éducation des Monty Pythons qui m’a permis de suivre de film. Le titre de cette note (extrait de la Balata dell'amore cieco) est censé avoir un écho avec certains dialogues du film.

Pays de cocagne est un autre film qui souligne le pouvoir des chansons grâce à ce radio-crochet parfois impitoyable comme dans une téléréalité. On y entend beaucoup d’extraits de ces chansons, parfois détournées, parfois inconnues mais celles utilisées dans leur quasi intégralité étaient Nuit et Brouillard, Ma Solitude et Marcelle. J’en aurais été l’auteur, j’aurais été vachement fier ! Mes chansons sont populaires ! (Fier comme Eluard dans un homme est mort). Je ne sais pas si c’est voulu mais certaines interprétations semblent localisables dans ce Tour de France. La voix, les inflexions d’une chanteuse m’ont paru typiquement basse-bretonne. Le décor autour de ce moment-là semblait le confirmer.
L’un des candidats a d’ailleurs été très touchant quant à son éviction : quels sont les critères, où est la jutice ? Ce radio-crochet suivait le Tour de France 1969 (et non 68 comme le suggère la jaquette) et a lui-même été suivi par Pierre Etaix. Comme dans les téléréalités, les candidats sont interviewés face caméra mais là s’arrête la comparaison. Ici, non seulement ils sont interrogés sur des sujets de société mais en plus on est loin des lieux communs des micro-trottoirs. Les thèmes peuvent porter sur la conquête de la Lune, le mariage, la publicité, le travail.
Au sujet du mariage, quelqu’un avait émis l’idée du mariage pour tous sans parler d’homo ou d’hétérosexualité et après tous les débats actuels, cette idée était extrêmement raffraîchissante car un homme doit-il être forcément homosexuel pour se marier avec un autre homme ?
Au sujet de la publicité : le film se moque du GAN qui a largement financé la restauration des films de Pierre Etaix. Malin.
Le film est réjouissant et cette chronique de l’été 69 pourrait se rapprocher de celle de 61 (Chronique d’un été de Rouch et Morin) auquel je le préfère pour la variété des opinions, pour l’humour, la distance et l’absence de mise en scène un peu vaine, un peu bavarde de l’objectivité. Les rapprochements dans ce films sont beaucoup plus féconds et plus drôles. Pourtant les mêmes thèmes sont abordés.

L’île aux fleurs l’un des meilleurs films du monde facilement visible sur internet mais à découvrir par hasard.

Lisice (Menottes) s’ouvrent avec un panneau rappelant le contexte du divorce de Staline et Tito, et en effet le moustachu de l’histoire n’est pas gentil. Ça se passe dans les Alpes dinariques. Malgré mes grandes difficultés pour comprendre ce qui se disait, le film était fascinant. On retrouvait beaucoup de références aux liens que le titre impliquait à commencer par des arrestations et le mariage qui est le sujet du film. Certaines séquences sont perturbantes. L’arrestation arbitraire d’un homme par ailleurs criminel fait naître un bizarre sentiment d’injustice. Le motif du viol relativement récurrent prend une telle importance ici qu’elle rappelle la façon dont les soldats de l’URSS ont « libéré » la Yougoslavie.

Sur la piste des Mohawks est un autre film de pionniers qui date de l’époque où les Etats-Unis n’étaient que 13. La progression en tableau est dépourvue d’intrigue : des frontiersmen travaillent et lutte pour prospérer et se faire un coin à eux en s’organisant à la fois contre les indiens et les Tories. Si le film rend hommage à ces pionniers, on a l’impression a posteriori qu’ils sont les premières victimes de la vaste supercherie que constitue toute colonisation. On retrouve les personnages typiques de Ford. Henry Fonda a toujours la même démarche. Les cheveux longs lui vont bien.

 

La Rupture, Pierre Étaix & Jean-Claude Carrière, 1961

Heureux anniversaire, Pierre Étaix & Jean-Claude Carrière, 1962

Les Rendez-vous de Paris, Eric Rohmer, 1995

The Fastest Gun Alive, Russell Rouse, 1956

Kad svane dan, Goran Paskaljević, 2012

Rozmarné léto, Jirí Menzel, 1968

Papa, Maman, ma Femme et moi, Jean-Paul Le Chanois, 1955

Porcile, Pier Paolo Pasolini, 1967

Pays de Cocagne, Pierre Étaix, 1970

Ihla das Flores, Jorge Furtado, 1988
Lisice, Krsto Papić, 1970

Drums along the Mohawks, John Ford, 1939


   

Les notices de Georges Sadoul

 

Cette semaine, Jean-Paul Le Chanois :

(Dreyfus)(Paris 25 octobre 1909) Venu de l’avant-garde 1930, il atteignit de grands succès populaires avec des sujets simples et directs. Il a entendu « Remettre le cœur à sa place, ce cœur qui bat à tous les entiments, même les bons sentiments », et il y a fort bien réussi dans ses meilleurs films comme l’Ecole buissonnière ou Sans laisser d’adresse, plus appréciés à leur juste valeur hors de France que dans notre pays. Fut critique aux « Cahiers du cinéma », acteur et metteur en scène au groupe octobre. [une liste].

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