ici tout le monde est décavé, la braise est rare

Publié le par Tzvetan Liétard

Avec le Cryptogramme rouge, on poursuit les aventures des vampires. Ce sérial est très séduisant et continue d’étonner autant que d’informer sur l’époque. Les fuites sur les toits (je veux dire les gens qui s’échappent) semblent un leitmotiv. Les stéréotypes sont installés, mais il n’y a pas que des clichés. Le plus excitant, c’est la violence : on ne sait jamais qui va mourir, ni de quel gadget infâme et mortel. La fascinante Musidora/Irma Vep fait son apparition, qui comme le grand vampire se déguise (ici en bonne bretonne, sorte de Bécassine). L’avantage d’être francophone. pris par l’action, on peut facilement lire certaines répliques sur les lèvres.

Le spectre est une variation sur l’arroseur arrosé. Il semble que le grand vampire (Jean Mathé) a une nouvelle identité par épisode (et Irma Vep aussi). Quand Guérande arrive (vers le milieu de l’épisode), on se dit « oh non, pas lui ! ». Des clins d’œils à Gaumont puisqu’un second rôle va au cinéma (c’est l’un des nombreux reflets de la ie quotidienne). Il y a ici un flash-back.

L’évasion du mort est moins bien puisqu’on voit moins longtemps Irma Vep. Le logo de Gaumont est présent puisque des gens voulant se déguiser vont y louer des costumes de policier (le côté subversif du cinéma !). Une scène vraiment horrible à base de gaz et d’issues condamnées (un peu comme dans Batman, 1989). Il y a là un split screen.

On s’apprête à regarder poliment Entr’acte par l’auteur de Cinéma d’hier, Cinéma d’aujourd’hui. On s’amuse des associations d’idées, on commence à s’ennuyer, et soudain la machine s’emballe et on en ressort littéralement essoré ! Wow.

 

Uploaded by on Aug 17, 2011

 

Les yeux qui fascinent est pour l’instant l’épisode le plus long. Depuis trois épisodes au moins, chacun ajoute une ligne de rivalité : après le grand vampire auquel s’adjoint Irma Vep contre l’agaçant Guérande et l’amusant Mazamette, on a vu apparaître Juan José Moreno et sa bande rivale des Vampires. Ici, cest un couple de voleur à la petite semaine (au butin de 200.000 francs convoités par les autres bandits). Maurice – Mazamette – Lévesque fait toujours penser à un personnage de Gotlib. Chaque épisode mettant en scène Musidora justifie à cette dernière son statut de fantasme pour certains surréalistes.

Avec Satanas, les coups de théâtre de l’épisode précédent sont consommés, mais ce n’est pas fini. J’ai la même impression qu’au bout de quelques parties des Mystères de Paris. Je m’attendais à une série d’histoires basées plus ou moins sur le même principe, mais je vois des expérimentations immorales et des changements aussi radicaux que de classes sociales. Un entrefilet est suivi d’un autre qui fait écho à la guerre en court contre l’Allemagne. C’en est jusqu’à présent le seul indice.

 

Pour le premier cinéclub de la saison, nous avons constaté a posteriori que le thème de cette soirée improvisée fut la manipulation mentale (avec des « yeux qui fascinent »)..

Quand Maman Küsters s’en va au ciel commence, on se demande ce que sera le sujet principal de ce qui s’annonce comme un mélo minimaliste : la presse voyeuriste ? la misère au travail ? les classes populaires francfortoises ? Pour le spectateur d’aujourd’hui, c’est un film curieux qui semble opposer commies et grenouilles de bénitiers.

Dans les Morts-vivants, une femme possédée se prépare à se jeter d’une falaise. On y retrouve des procédés déjà expérimentés dans les vampires. Les grands intérieurs rappellent ceux de Dracula (le peu de musique utilisé aussi), mais ce n’est pas un film Universal : il manque de moyens et d'un peu de talent. Je voulais le voir car il était mentionné dans le livre d’Ornella Volta sur les vampires.

Dans le village des damnés, une femme possédée se prépare à se jeter d’une falaise. Certaines étapes de l’installation évoque Hitchcock (eh oui). On a apprécié le calme du film, mais les évènements se suivent comme on effeuille un carnet. De nombreux second rôle meurent conventionnellement. L’absence d’empathie pour la plupart des personnage éloigne définitivement d’Hitchcock.

 

Le maître de la foudre est probablement Satanas. Le film commence à Saint-Lazare (qu’on a déjà pu visiter dans les Mystères de Paris) et finit à la Santé. Entretemps, on s’est rendu en Algérie. C’est peut-être l’épisode avec le plus grand nombre d’explosion. On découvre Bout de Zan.

 

 

A Saint-Lazare (Bruant) par Barbara
[sur la photo : Musidora]

 

 

Les Vampires, Louis Feuillade, 1915

3        Le cryptogramme rouge, 38 mn

4        Le spectre, 32 mn

5        L’évasion du mort, 34 mn

Entr’acte, René Clair, 1924

6        Les yeux qui fascinent, 52 mn

7        Satanas, 42 mn

Mutter Küsters' Fahrt zum Himmel, Rainer Werner Fassbinder, 1975

White Zombie, Victor Halperin, 1932

Village of the damned, John Carpenter, 1995

8        Le maître de la foudre, 48 mn

 

Les notices de Georges Sadoul

Cette semaine Louis Feuillade :

(Lunel 1874 / Paris février 1925). Le Griffith français, le meilleur pionnier de notr art du film, il réalisa ses productions dans les genres les plus divers, sans prétendre pour autant être le grand artiste (qu’il fut en effet). Pilier des établissements Gaumont où il était d’abord entré comme scénariste, cet ancien journaliste, devenu metteur en scène par la pratique assidue du cinéma, forma Émile Cohl, Jean DUrand, Léonce Perret, Musidora, René Dary, Renée Carl, Gina Manès, Marcel Lévesque, René Cresté, René Navarre, Henri Fescourt, Jacques Feyder et même René Clair. Ce fut un rude travailleur qui, en vingt ans, dirigea quelques 800 films (nous en donnons un aperçu très abrégé). Il débuta par les films à trucs, mettant sa caméra dans la rue, pour des fins comiques souvent fondées sur les poursuites, les « effets spéciaux » les plus extravagants. Puis il passa aux grandes mises en scène historiques, avec les « films esthétiques ». Puis il entreprend la série La vie telle qu’elle est, « essai, a-t-il dit, de réalisme transposé pour la première fois dans la littérature, le théâtre et les arts ». Il atteignit le sommet de son art avec ses films à épisodes : Fantômas, les Vampires, Judex. Ces films à épisodes enthousiasmèrent sans réserve Breton et Aragon qui devait écrire : « C’est dans les Vampires qu’il faudra chercher la grande réalité du texte. Au-delà de la mode, au-delà du goût. » « Sauf à de rares exceptions, j’ai écrit toujours mes scénarios moi-même, écrivait-il en 1920. De même qu’au cinéma il faut des acteurs de cinéma il faut aussi des auteurs spécialisés dans cet art. Les adaptations heureuses de pièces oud er omans célèbres sont exceptionnelles. Par contre, on ne compte plus les profanations. » Après la guerre, ce pionnier se trouva renvoyé parmi les « vieilles lunes », et traité d’épicier. Mais depuis 1950 sa stature n’a cessé de grandir et cet « honnête artisan » peut être désormais rangé armi les grands maîtres du cinéma.

1891-1895 sous-officier de cavalerie. 1896-1904 représentant en vins, puis journaliste à « la Croix », « la Revue mondiale ». 1905 scénariste puis réalisateur chez Gaumont. [une liste]. Presque tous ces films ont eu pour opérateur Guérin, 1908-1916, puis Morizet.

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