it's time you straighten right out

Publié le par Tzvetan Liétard

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Le Secret Magnifique n’est pas le premier mélo que je vois. C’est cependant ma toute première incursion dans l’œuvre de Douglas Sirk. Tout est exactement comme on m’avait dit. La mise en scène, les couleurs, le pace (je n’ai pas trouvé de mot français meilleur que rythme qui me satisfasse), l’histoire captivante malgré son ineptie sur le papier.
Le film contient un motif dramatique présent dans Michel Strogoff.

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Mais cette semaine fut surtout l’occasion de me familiariser avec la carrière et la gueule de feu Giuliano Gemma. Jusqu’à présent je ne l’avais vu que dans Il giorni dell ira avec Lee Van Cleef et dans Tenebrae avec (entre autres) John Saxxon. Les conditions dans les quelles je les vis ne m’ont pas permis de l’imprimer dans mémoire. Ici j’ai eu l’occasion de découvrir plusieurs aspects de la carrière du comédien.

Les trois premiers films étaient des westerns déjà bien différents les uns des autres quoique tous spaghetti.

una-pistola.jpgJe ne sais pas si avec Un Pistolet pour Ringo, les auteurs et producteurs avaient l’intention de lancer une série, mais ce premier "épisode" précède d’un an le Django de Corbucci avec Franco Nero. Ringo / Angel Face n’a pas grand-chose à voir avec Django ni avec le "Joe" de la trilogie du dollar, si ce n’est pour l’essentiel : un certain humour et un talent évident. Elle est terrible, la vie du peone dans un spaghetti.
J'y retiendrai le procès le plus court et le plus drôle de l'histoire du cinéma.
Lire ici la note de Tepepa.


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Au début du Dollar troué, on sent une volonté de faire classique malgré une absence criante de moyens. Tout s’arrange lorsque, pour des raisons narratives, Gary O’hara (Giuliano Gemma) rase sa barbe.
Lire ici la note de Tepepa.

il-prezzo-del-potere.jpgLa transposition de l’assassinat de Kennedy en western fait de Texas un film un peu bizarre. Les motifs sont tellement identifiables que j’ai cru ce film une pure fiction alors que le président était bien James Garfield (mort plus rapidement dans le film que dans la réalité). Dans ce film, Dallas est une bourgade classique de western dans laquelle on imagine mal un défilé présidentiel (d’ailleurs, ce n’en est pas vraiment un) mais la séquence de l’assassinat reprend le célèbre enregistrement.
Le face-à-face entre Bill Willer (Giuliano Gemma), un ancien soldat nordiste qui veut élucider le meurtre de son père (ancien soldat sudiste), et Jefferson (Benito Stefanelli), le shérif corrompu à la pilosité stylée, m’a rappelé celui entre James Marsden et Hugh Jackman dans un film plus récent. C’est dire, peut-être, la faiblesse de la performance de Gemma dans un film qui a plus d’ampleur que de moyens.
Lire ici la note de Tepepa.

anche-gli-angeli.jpgAprès ces trois films où l’on meurt beaucoup, on reste aux Etats-Unis, (à New York) mais on change d’époque (celle du Charleston et de la prohibition) avec Les anges mangent aussi des fayots dans lequel Giuliano Gemma casse l’image que j’ai vu se construire en trois films en interprétant Sonny et en singeant les acteurs de slapstick. Sonny est aussi un cabotin, et c’est là qu’il est drôle : quand il essaie d’avoir l’air d’un truand ou d’un karatéka.
On pourra dire tout ce que l’on veut sur Silvio Berlusconi. Toutes les critiques, valables ou non, pourront être validées sans que je sourcille. Mais je lui dois quand même quelques uns des meilleurs moments de ciné de mon enfance grâce à la 5*, cette chaîne qui a précédé Arte sur le réseau hertzien du temps où les réseaux étaient hertziens et qui a diffusé tant de films avec Bud Spencer et Terence Hill. Ça nous plaisait au point qu’on les repérait dans les programmes télés quand j’étais petit.
Même Banana Joe, on attendait de le revoir, alors qu’il n’y avait même pas Terence Hill.
Même Lucky Luke, sans Bud Spencer, je l’ai guetté à la suite d’un article dans Super Hercule (ou Hercule Magazine ?).
Les Deux Super Flics
, je ne m’en souviens pas trop mais je me souviens de la bande-annonce dans laquelle on voyait Terence Hill arrêter une balle entre ses dents.
D’autres titres encore dans lesquels on voyait toujours les deux compères commencer à s’engueuler, sur le point de se bastonner sous l’œil amusé de bandits qui voulaient leur peau, mais les leur réservant dans une chorégraphie jubilatoire et rondement menée.
Même quand l’Astérix de Zidi commençait à être annoncé, je me demandais pourquoi faire ? Il y avait déjà les films de Bud Spencer & Terence Hill.
Eh bien, il y avait un peu de ça dans ce film qui y mêlait aussi du slapstick. Évidemment, Giuliano Gemma n’est pas Terence Hill, mais j’ai retrouvé ce plaisir.

violenza-al-sole.jpgEt juste après on a regardé Violence au soleil qui a captivé malgré le contraste avec le précédent. La musique (un orgue excitant comme dans un film de Jess Franco dont je ne parviens pas à me rappeler le titre mais que j'ai vu cette semaine-là) et les modèles de maillot de bain font très 1969. La localisation sur une île, les deux couples, l’un de nationalité non-identifiée (il est question de Buenos Aires) mais anglophones, l’autre suédois, la chaleur, l’érotisme annonçait quelque chose qui n’est pas venu même si le sujet était l’infidélité. Pourtant le film met en plein dans le mille. On pense à Bergman et à Antonioni (qui ont pratiqué le film insulaire), j’ai même pensé à L’Inconnu du Lac pour les personnages extraits de leur vie quotidienne dans un décor estival et vacancier.
Franco, Bergman, Antonioni... C'est peut-être gonflé de convoquer ces cinéastes pour ce petit film, mais l'essentiel est qu'il m'a paru très réussi.

quando-le-donne-avevano-la-coda.jpgQuand les femmes avaient une queueest un film extrêmement bouffon. Après ça, je suis prêt à regarder RRRrrrr. Je ne sais pas comment le film finit car il manquait la fin. C’est-à-dire, le mot fin (kraj) était là mais il manque la chute, la décision finale d’Ulli, l’homme préhistorique et chevelu qu’interprète Giuliano Gemma. Les acteurs se démènent, certains gags sont absurde.
Par exemple l'un des sept frères à la main sous le cul d'une poule et dit que c'est chaud. S'ensuit ce dialogue :
- Uovo ?
- No, mierda.
Comme on le voit, c'est très drôle.
L’intérêt du film réside entre autre dans une réflexion sur la violence des rapports hommes-femmes.

il-perffeto-di-ferro-1.jpgLes films précédents ont été tournés et diffusés entre 1965 et 1970 (un quinquennat). L’affaire Mori est arrivé un septennat plus tard. Je ne sais pas si ce sont ces années ou la moustache ou l’absence de sourire, mais Giuliano Gemma dans le rôle de Cesare Mori (curieux nom, Cesare Mori, il y a comme un écho avec "ceux qui vont mourir te saluent") est ici méconnaissable.
Le sujet du film lui-même est très intéressant : il raconte comment un préfet incorruptible s'est attaqué à la mafia. Cela suffirait à promettre un bon film, mais l’action se passe dans l’Italie des années 20, celle qui était dirigée par Mussolini. C’est d’ailleurs Mussolini qui a nommé Cesare Mori au poste de préfet de la Sicile. Je ne savais pas l’importance de cette figure italienne. Le film, spectaculaire, tendu et prenant, l’est aussi parce qu’il ne peut pas être manichéen, même si un instant on craint de cautionner l’action d’un état fasciste.
Cesare Mori n’était pas fasciste mais paraît froid et impitoyable (à cent lieu des compositions aux quelles les six films précédents m’ont habitué). Il doit être sourd aux circonstances atténuantes des pauvres paysans qui ont mis plus que le doigt dans l'engrenage de la mafia pour mener à bien ce nettoyage mais essaie de travailler en parallèle à de meilleures conditions de vie, la pauvreté de ce milieu favorisait l’expansion de la mafia. C’est en cela que cette action se distingue de celle, purement médiatique puisque menée par un candidat, d’une "karcherisation. Comme on s’en doute, le film n’oublie pas d’insuffler de l’ambiguïté de part et d’autres. Dans ce film on déteste les criminels, on déteste l’état, on regrette que les petites gens soient les premières victimes. On, c’est Anna Torrisi, le personnage de Claudia Cardinale.

 

Magnificent obsession, Douglas Sirk, 1954

Una Pistola per Ringo, Duccio Tessari, 1965

Un dollaro bucato, Giorgio Ferroni, 1965

Il prezzo del potere, Tonino Valerii, 1969

Anche gli angeli mangiano fagioli, Enzo Barboni, 1973

Violenza al sole, Florestano Vancini, 1969

Quando le donne avevano la coda, Pascuale Festa Campanile, 1970

Il prefetto di ferro, Pasquale Squitieri, 1977

 

 

Les notices de Georges Sadoul…

 

Cette semaine, Ennio Morricone (compositeur, cette semaine pour Una Pistola per Ringo, Quando le donne avevano la coda et Il Prefetto de Ferro) :

ennio-morricone.jpg(1933  [sic]- ) « L’accompagnateur », bien sûr, des westerns de Sergio Leone, qu’on ne saurait imaginer sans ses harmonicas et ses stridences électroniques, mais aussi le musicien de près de quatre-vingts films, de Prima della rivoluzione de Bertolucci à Théorème de Pasolini.

 

Toutes les illustrations sont de Šejma.

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