j'aime le sang qui coule le soir au fond des bois

Publié le par Tzvetan Liétard

Comme chacun ne sait peut-être pas, la principale contribution lexicale du serbe au vocabulaire international est le mot "vampire".
Justement il y a eu à la Kinoteka un petit cycle de films consacrés à Dracula (à l'exception du "Vampyr" de Dreyer et de "Mark of the Vampire" de Todd Browning), organisé par les passionnés de ŠOK KORIDOR.

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La copie de Vampyr, toute pourrie, toute striée, mais regardable a peut-être contribué à donner un peu de mystère à ce film qui m’oblige à réviser l’opinion que j’avais des films de Kadijević. Je crois finalement que le problème de l'un de ces deux films d’horreur yougo, c’est l’interprétation d’Olivera Katarina. Julian West annonce physiquement un jeune James Stewart, un gentil Christopher Lee.

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La copie de La fille de Dracula était magnifique. Curieusement, le générique annonçait une version française adaptée par Marcel Duhamel. Il anonçait même les noms des comédiens dont on allait entendre les voix. Finalement, le film a bien été projeté en version originale. C’est du cycle le film qui me hante le plus. Il commence et finit comme un serial (début de suite, fin abrupte) mais le personnage de la Contessa Marya Zeleska interprété par Gloria Holden est touchant dans sa quête dont je ne dévoilerais pas l'objet.

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De ce point de vue, Le fils de Dracula est bien moins prégnant malgré les effets spéciaux. Ce n’est pas le comte Alucard qui est touchant mais l’acteur Lon Chaney Jr. Là encore la copie était excellente. Le film datant de 1943, je me suis amusé à attendre un élément de propagande pour l’effort de guerre dans le scénario. Rien. En revanche, la copie n’a subit aucune retouche : pas de sous-titres (généralement brûlés à même la copie) et à la fin un appel à faire des dons dans le cinéma lui-même.

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Je connaissais le nom d'Alucard via "le Dernier des Vampire" de Willis Hall (co-auteur de Billy Liar) car il était au programme de français de mon propre frère quand il était en sixième. Je me trompe ?

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Dracula au Pakistan a été téléchargé sur Internet. Je n’ai pas noté l’adresse du site mais il doit être accessible.
J’ai fait une nouvelle découverte linguistique : le titre original de "Dracula in Pakistan" se traduit en anglais par "the dead corpse" et en ourdou, la langue de ce film pakistanais, "Zinda Laash (زندہ لاش)". Et c'est génial parce que "Laash" (ou "لش") en serbe se dit "Leš" (qu'on prononce "lèche"). Je vais finir par croire que les langues indo-européennes ont un tronc commun.
Quant au film lui-même, c'est un remake de "Horror of Dracula". Son apport, ce sont les scènes de danses orientales qui entrecoupent ce film. L’autre aspect étonnant, ce sont les efforts pour "rationaliser" l’histoire, c’est-à-dire de retirer l’imagerie bondieuserie : le professeur Tabani devient un vampire à cause d’une expérience qui n’a pas fonctionné (tel un docteur Jekyll). La courte séquence où il boit la potion est cartoonesque.


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A priori, j’ai vu une dizaine de films "Universal Monsters" et peut-être seulement trois Hammer (un souvenir lointain d’un Frankenstein, du Chien des Baskerville et de La légende des sept vampires d’or). D’avoir vu moins de film avec Christopher Lee qu’avec Howard Vernon, j’en ai l’impression et qu’avec Vincent Price, j’en ai la certitude (j’accepte toute suggestion pour tenter de formuler cette idée en UNE SEULE phrase un peu plus clairement). N’ayant pas vu de film de Terence Fisher depuis vingt ans, je considère que je n’en ai jamais vu, même si j’ai depuis été touché par l’aura qui émane de ce nom quoiqu’en dise George Sadoul*. Tout ça pour dire que j’attendais depuis longtemps de voir Le Cauchemar de Dracula.
La projection ici en DVD était plutôt correcte. Elle n’a été gâchée que par un voisin qui ricanait à chaque cliché-pour-bien-montrer-qu’on-ne-la-lui-fait-pas à lui. À chaque canine qui dépasse, à chaque bout de croix, à chaque mention de gousse d’ail, un petit ricanement sonore. J’aime bien essayer de me satisfaire d’un premier degré au cinéma. Si je vais voir un film de peur, et s’il est bien fait, je suis content. On ne peut pas dire que celui si soit précisément raté. Le problème vient naturellement de la distance temporelle qui nous sépare du film (cinquante cinq ans) ; ça en fait, pour cet ado né quarante ans après, un film en langue étrangère. Je n’aime pas me retrouver dans cette position de donneur de leçon qui ne verrait qu’un comportement possible devant un classique, d’autant que j’ai moi-même eu, à son âge ou plus tard, des rires regrettés par la suite, mais ceux de mon voisin étaient tellement systématiques, moqueurs et imbéciles qu’il m’ont plongé dans un grand désarroi.
Cependant, un seul motif a provoqué l’hilarité générale, en dehors de la mienne, agacé que j’étais par le connard boutonneux à deux rangs derrière moi. À la réflexion (ce qui n’apporte aucune réponse à ce qui relève plutôt de la spontanéité) je me demande si j’y aurais ri aussi. Les réactions du public des salles de cinéma de Belgrade rendent souvent perplexe le chicon. (À propos, cher Chicon, tu ne devineras jamais à côté de qui j’étais assis ! Je suis sûr que tu as deviné).

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L’Ombre du Vampire ne faisait pas partie de la programmation mais comme j’avais le DVD, j’ai saisi l’occasion de regarder cette fiction autour du tournage de Nosferatu. Willem Dafoe en Max Schreck semble s’être bien amusé. Le film joue la plausibilité (plein de noms connus ou qui le deviennent) pour aller vers le n’importe quoi. Mon intérêt pour le film s’est limité à son aspect documentaire et au jeu de Malkovich et Dafoe dont les cabotineries montrent qu’il a dû s’amuser. Je n’ai pas bien compris ce qui a désamorcé mon intérêt pour ce film.

 

Vampyr, Carl Theodor Dreyer, 1932

Dracula’s daughter, Lambert Hillyer,1936

Son of Dracula, Robert Siodmak, 1943

زندہ لاش Zinda Laash, Khwaja Sarfraz, 1967

Horror of Dracula, Terence Fisher, 1958

Shadow of the Vampire, E. Elias Merhige, 2000

 

* Les notices vachardes de Georges Sadoul…

 

Cette fois-ci, Terence Fisher :

(Londres 1904) Spécialiste des films de terreur, exploitant systématiquement en série des thèmes traditionnels, Frankenstein, Dracula. 1962 le Dr Jekyll, le Fantôme de l’Opéra, etc. Il est bien loin d’être un nouveau Tod Browning.

 

Toutes les illustrations sont de Šejma.

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