J' t'entends alors rire aux éclats de l'autre côté de la paroi

Publié le par Tzvetan Liétard

Comme cela l’a été dit un peu partout, je ne m’étendrai pas sur la beauté plastique qui n’a eu d’égal que l’ennui provoqué par la lune dans le caniveau. Par contre, je n’ai pas lu que l’utilisation de Depardieu comme pivot fonctionne moins bien que dans, mettons, Fort Saganne. Effectivement, le comédien n’a pas semblé être adapté à cet univers. Les éclairages rappellent ceux employés dans Lola de Fassbinder, sans histoire aussi forte. On sent aussi une volonté louable de réactiver un vieux genre poétique à la française (le lieu pouvant évoquer Quai des Brumes par exemple). Tout ça me rappelle que j’aimerais bien voir et lire un jour Querelle de Brest.

Outre le fait qu’il fut réalisé par John Ford, je voulais voir Qu’elle était verte ma vallée à cause de l’appréciation qu’en a donné Jean-Pierre Dionnet à l’occasion de l’édition 2011 du festival courtmétrange sur Canal B. Effectivement, ce film flippant a de quoi traumatiser un gosse. Les thèmes sociaux pouvant rappeler the Grapes of Wrath évoque surtout le peu que nous connaissons du cinéma social britannique. L’accent gallois rendait les personnages étranges. On y voit Maureen O’hara sans John Wayne.

Le Havre  est passé à la télé (sur RTS) avec des sous-titres serbes qui semblent désamorcer l’effet des dialogues à la fois étranges et familiers. À un moment, Little Bob se disait prêt, pour retrouver Mimi, à danser le menuet, cela a été traduit malheureusement par kazatchok, danse qui correspond bien mieux à un tempérament rock. Comme on a regardé le film en famille, cela a donné lieu à quelques explications sur certaines spécificités de la « gestion » des immigrants en France. Le grand ouest est évoqué à travers ses ports de La Rochelle à Calais en passant par le Mont-Saint-Michel et bien entendu le Havre. Le régionalisme de certains piliers de bar a fait sourire les personnes un peu au fait de la géographie française.

Chouette, un film de pirates ! À l’abordage ! C’est un film avec Errol Flynn vieillissant. Je le connais mal. Sa voix est plus chaude que celle de Gary Cooper, un plan d’ensemble revient trois ou quatre fois, qui évoque par sa répétition un chromos dont ne varie que le contenu (la lumière pour dire le moment de la journée, l’animation pour dire s’il se passe quelque chose ou non). C’est une vue en plongée sur le port avec en arrière plan l’ouverture d’une crique.

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Maureen O’hara n’est pas dirigée par John Ford. 

J’ai vu mon premier film qui date de 2013 ! C’est Warm Bodies (en français de France) ou Zombie malgré lui (en français du Québec), qui a donc été tourné à Montréal, ce qu’on devine grâce aux inscriptions publicitaires en français qui donne une drôle d’atmosphère à un film de zombie plus proche, finalement, du conte de fée avec son lot de malédictions et de princesses que du films de zombie. Politiquement, ça m’a rappelé un entretien entre Debray et Bayrou au cours duquel le premier constatait que l’on ne construit un mouvement que contre alors que le deuxième cherchait à reassembler. En gros, c’est un film pour l’éradication de la négativité, ce qui est un peu effrayant et pas complètement rassurant. Le Chicon en parle ici.

 

Fest 2013 a commencé et durera jusqu’au weekend prochain après quoi je livrerai la deuxième partie de ce que j’aurai vu. Je suis encore ouvert aux suggestions.

Certains films furent éprouvants et d’autres bien plus confortables (ce n’est pas un défaut, on aime les films qui font du bien, qui font picoter les yeux !). J’avoue que ce sont ces derniers qui m’ont procuré le plus de plaisir. Tous ont en partage un côté documentaire qui vaut de toute façon le détour. On joue aussi à repérer les motifs récurrents (qu’ils soient ou non signifiants). Chacun m’a permis d’élargir mon champ culturo-cognitif. Aucun ne m’a permis d’élargir mon champ de perception (pas de Tarr ni d'Akermann).

 

Par exemple L’incinérateur montre un coin de la Chine que je suis incapable de situer. J’ai vaguement compris que les personnages venaient d’endroits divers faciles à situer quand on a des bases. On y voit, surprise !, que cultures et pratiques varient d’un coin à l’autre du pays. La lecture des Innommables n'aura une fois de plus pas été inutile. On y brûle du papier.

Little bird (mais quelle traduction à la con ! Et pour un film néerlandais dont le titre est en enfant... Il serait temps de réagir face à cette plaie !) fait partie des films plus confortables. Un enfant de neuf ans assez exceptionnel, champion de water polo de son équipe, un peu solitaire, se réfugie régulièrement dans le studio d’enregistrement de sa mère absente pour écouter sa musique (une sorte de folk américaine à la Joan Baez composée par Helge Slikker semble-t-il). Après avoir tenté en vain de le ramener dans son arbre, il recueille un oisillon, un choucas, tombé du nid. Le film raconte la relation de Jojo, l’enfant avec l’animal, son père un peu étrange et Yenthe, une jeune fille de son équipe. On y brûle du papier.

I’m going to change my name fait passer une certaine désinvolture pour de l’art. Le côté bricolé de certaines séquences artistiques (notamment une séquence d’animation dont on a vu mieux produit par d’autres artistes avec moins de moyens) désamorce ce qui aurait pu donner de la force à ce film et laisse suppsoer une sorte d’incompétence qu'on ne sait situer. Toujours du point de vue technique, on a quand même été plus intéressé par le travail sur les différents types de caméra (de l'appareil photo à une caméra HD) mis en relation, apparemment, avec les points de vue. Je crois que très peu de séquences de ce film ont été tournées avec une caméra haute définition car le détail, la netteté des images en question contrastait énormément avec les autres, révélant un jeu sur les niveaux de perception. Alaverdi (le titre original) est le nom de la ville où se déroule l’essentiel du film. Les montagnes arménienne.

Along the roadside est l’autre film confortable (dont le très bon sens du terme) de ce début de festival et celui qui aura procuré le plus de plaisir. On y retrouve le motif de la folk song avec le groupe fictif Blonde Priest (en fait c’est une musique de Cole Bonner qu’il convient de mettre en avant). Les têtes d’affiches sont des leurres : on voit très peu Michael Madsen et Lazar Ritovski. Mais ce n’est pas plus mal. Cinéphiliquement, il rend lui aussi hommage à une production des 80’s/90’s. Un bon film de route. Un bon film américain réalisé par un européen, semble-t-il.

 

La conjonction entre Kauwboy, Along the roadside et Nick Drake (redécouvert par hasard) nous donne envie de revenir à cette american folk légère. Elle est l’un des personnages principaux de ces deux films. (Par contre, je suis dégoûté des notes au piano jetées au hasard sur des images qui sembent en devenir elles-même hasardeuses).

 

La lune dans le caniveau, Jean-Jacques Beinex, 1983

How green was my valley, John Ford, 1941

Le Havre, Aki Kaurismaki, 2011

Against all flags, George Sherman, 1952

Warm bodies, Jonathan Levine, 2013

- fest -

Fen Shi Re, Peng Tao, 2012

Kauwboy, Boudewijne Koole, 2012

Ալավերդի(Alaverdi), Mariya Saakyan, 2012

Along the roadside, Zoran Lisinac, 2013

 

D’autre part, j’ai commencé à regarder Cinéphiles de notre temps, la série de Laurent Chollet. J’ai particulièrement été accroché par le DVD intitulé Passeurs. J’en reparlerai mieux prochainement. Pour le moment je me bornerais à dire le plaisir que j’ai eu de constater que la Kinoteka de Belgrade n’est pas si éloigné de la cinémathèque de Henri Langlois du temps des années 50/60. Mais en fait, je ne sais pas si je dois m’en réjouir. Bon voyage dans le temps, et instructif encore.

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