Jameson (3)

Publié le par Florian

 

     Il y a des signes qui ne trompent pas : Je ne suis pas en pleine enquête.
     Par exemple, je me suis réveillé dans mon lit à huit heures pour ouvrir mon cabinet à neuf heures. J’y arrive toujours un peu plus tôt pour lire la presse et boire mon café, mais les clients, quand il y en a, doivent attendre neuf heures et Sasha pour les accueillir.
     Dans les journaux, je n’ai rien trouvé au sujet de ce crétin qui n’avait pas pensé que les bourres l’auraient suivi à sa sortie du poste, ou qui n’a pas su les semer. Ce service ne m’avait rien coûté, mais il ne m’avait rien apporté non plus. J’aime bien faire perdre du temps aux flics. Quand il s’agit de petite délinquance, ils saisissent toujours leur proie, souvent au vol d’ailleurs. Alors quelques jours de plus ou de moins pour un petit trafiquant, quelle importance, du moment que son patron avait toutes les raisons d’être tranquille. Mais aussitôt après être sorti du poste … C’est soit du manque de pot, soit une bêtise son nom.
     En revanche, on parlait de Bardel dans le journal. La police s’investit, fait tout son possible pour mettre la main sur le meurtrier. Elle a quelques pistes (mon œil) et examinera chacune d’elle au peigne fin. On parlait aussi de moi, mais sans donner mon nom. Tant pis pour la réclame. J’imaginais pourtant bien le slogan : Pujol, le détective de la dernière chance, appelez avant qu’il ne soit trop tard ! Je n’ai jamais été doué pour les slogans. Ce n’est pas comme Sasha, n’est-ce pas Sasha ?
-          Comment ? Excusez-moi, j’arrive à l’instant.
-          Ça n’a pas d’importance. Comment va votre maman ?
-          Il y a du mieux. Il y a un journaliste qui veut vous voir.
-          Mais on n’a pas cité mon nom !
-          Vous dites n’importe quoi ce matin. Vous avez mal dormi ?
     Non. J’étais un peu triste pour cette petite frappe, mais j’ai pris un somnifère irlandais à sa santé.
-          Faites-le entrer.
     Un type brun, pas très grand, m’a présenté une carte avec son nom et celui du journal où il travaille.
-          C’est celui-là, là, entre l’Aurore et votre bureau. Vous l’avez lu ?
-          Pas eu le temps. Pourquoi ? On recherche pers. disc. pour aff. pers. sg froid requis, écrire au journal ?
     Le fait était que j’avais envie de me reconvertir.
-          En troisième page, un article que j’ai signé.
     Je l’ai vite trouvé. Le journal devait aller très mal pour envoyer ses journalistes recommander leurs propres articles. Je l’ai lu pendant qu’il jetait quelques coups d’œil discrets dans mon bureau.
-          Alors ?
-          Je ne vois pas en quoi ça me concerne. Au vrai, je n’ai fait que découvrir le cadavre.
-          Il vous avait contacté avant d’être un cadavre.
-          Mais il n’a pas eu le temps de me verser mes gonoraires.
-          Pardon ?
-          Mes honoraires. J’ai un défaut de prononciation. C’est qu’un déplacement comme ça, ça occasionne des frais. Je n’ai pas eu le cœur de demander des comptes à la veuve. Fontainebleau, ça fait loin.
-          Et si elle vous contactait ?
-          Et qu’est-ce que ça peut vous faire ?
-          Je garde mes tuyaux. Si vous y revenez, vous avez ma carte. Au revoir, Monsieur Pujol.
-          Monsieur Romarin, fis-je en le reconduisant.
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Gary Golo 01/02/2010 16:38


Ah bin ça alors, grand merci, je l'ai cherché l'autre jour sans le trouver celui-là... Et ça me rappelle aussi qu'Efflam avait commencé une petite animation plutôt sympathique sur le sujet.


Gary Golo 01/02/2010 11:21


Les personnages apparaissent au compte-goutte... mais il en manque toujours un. Patience, j'imagine.


Florian 01/02/2010 16:28



Au compte-goutte tu peux le dire. J’ai conscience que les livraisons sont courtes (2000 / 2500 signes) et espacées, mais c’est le
seul rythme que je puisse garantir. Quant à Klaus Kinski, il ne devrait pas apparaître avant quelques semaines.


 


J’explique pour l’autre lecteur du blog : Au départ, Pujol, Romarin et Klaus Kinski, c’est un jeu après un repas rue de Toulouse du
temps où le cadurcien et le belgradois vivaient encore à Rennes.


 


Il y avait meme un générique
(musique d'Olivier, paroles de moi).