Je poursuis ma promenade, d’un air détaché.

Publié le par Tzvetan Liétard

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil est un film bizarre. Une fois acceptée la simplicité de l’intrigue, et la grande régularité des numéraux musicaux, on se réjouit des nombreuses idées de cette satire anti-consommation, anti-publicité mensongère : en effet la publicité est quand même tolérée quand elle ne ment pas. Le film n’est finalement pas aussi radical qu’on s’y attendait avec un tel sujet, mais il est à la fois très agressif, et très triste aussi.
Le film développe incroyablement Avec Maria (la complainte du P3), une chanson qui figure sur l’anthologie de l’âge d’or des cabarets (EPM 279 923 1) que je me suis offert lors de mon séjour en France. C’est d’ailleurs de là que j’ai tiré la chanson de Ricet-Barrier a inspiré le titre de la semaine dernière (Eugénie de Beaulieu).

La violence de L’homme de la plaine bien qu’hors-champ est explicite. L’ouverture est captivante et se maintient si on arrive à se passionner pour les dilemmes de certains personnages. Le risque de décrochage tient peut-être aux problèmes des personnages de la famille aux quels est confronté Lockhart lui-même préoccupé par son enquête qui l’a mené dans ce territoire de fou.

On rencontrait aussi dans cette anthologie de cabaret, Robert Lamoureux que je ne connaissais décidément pas. Du coup, curieux de le voir depuis un moment quand même, j’ai emprunté Papa, Maman, la Bonne et moi.
Au générique, on apprend que le film avait été écrit par Pierre Véry et Marcel Aymé dont je venais de lire Le confort intellectuel (satire complexe de la bourgeoisie intellectuelle, donc).
Je précise tout ça pour deux raisons. D’abord parce que la bourgeoisie des années 50 est le sujet de ce film des années 50 et qu’on y retrouve des éléments dans ces deux œuvres d’Aymé. Ensuite parce qu’à l’occasion de ce film et des chansons de Ricet-Barrier, je m’aperçois qu’Astérix n’est pas venu de nulle part. La fabuleuse Java des Gaulois de Ricet-Barrier nous plonge incroyablement dans l’univers que prolongèrent les histoires de Goscinny et Uderzo. Ensuite, répétiteur, Robert (le personnage de Lamoureux) donne un truc à base de babaorum comme moyen mnémotechnique pour apprendre les cas.
Robert Lamoureux, alors âgé de 34 ans, était sans doute un peu vieux pour jouer l’étudiant : s’il ne convainc pas, il séduit. S’il fait un peu peur, il est dynamique et fait rire. En revanche, Fernand Ledoux (le Papa) est parfait. Dans un rôle de professeur bourgeois étriqué et vieillissant qui se remet difficilement en cause, les péripéties du scénario le rendent touchant. Gaby Morlay (la Maman) dit souvent « tiens-toi droit ! » tout comme le chantait Anne Sylvestre dans la chanson intitulé Tiens-toi droit qui figure aussi sur la compilation Cabaret.

 
Ajoutée le 3 mars 2011 par Chansonnieres 

 

Je voulais voir Network, main basse sur la télévision, depuis la publication de cet article sur Acrimed lors du décès de Sidney Lumet. On retrouve beaucoup des idées du film de Jean Yanne : le spiritualisme, le pari de l’impunité, la récupération fatale de ce que diffuse le média critiqué, la dépendance économique. La différence se situe dans la maîtrise de la narration ici parfaitement structurée. Le personnage de William Holden n'est pas non plus sans rapport avec celui de Ledoux.

Une fine mouche, dont on ne comprend le titre français que pendant la séquence de la pêche à la truite, est une des bonnes screwball comedies. Chacun des acteurs est dans le rôle auquel ils nous ont habitué par ailleurs. Tracy colérique et égoïste, Loy extrêmement classe, Powell aussi, il n’y a que Jean Harlow que nous avions oubliée malgré depuis Public Enemy. On y retrouve tout ce à quoi nous avait habitués le cycle  "Cavell" qui nous avait amené à regarder His girl fryday, It happened one night, the Philadelphia Story entre autres. Il s’agissait de comédies mêlant les motifs du mariage et de la presse. Une histoire de manipulateur qui tombe amoureux d’un manipulé et dont on se demande par quelle ingéniosité scénaristique un happy end serait possible. On pourrait regretter une sorte d’escamotation du problème. Mais on a passé un si bon moment dans un film qui aurait pu s’intituler Before the Thin Man.

C’est Katerine dans son double disque Les Créatures/L’homme à 3 mains qui m’a sensibilisé à Made in U.S.A. notamment par la citation par Paula Nelson (Anna Karina) du poème de Queneau :
     Si je te parle du temps, c’est qu’il n’est pas encore
     Si je te parle d’un lieu, c’est qu’il a disparu
     Si je te parle du temps, c’est qu’il n’est déjà plus
     Si je te parle d’un homme, il sera bientôt mort
Et puis l’interjection finale « Tiens Philippe ! ».
Dans ce film, l’écriture semble maîtrisée, sauf celle de l’intrigue dont on sent qu’elle n’intéresse pas tellement monsieur Godard. Le film procure du plaisir à tous les autres niveaux. Il interpelle, il excite, il irrite aussi (avec les bruits qui couvre très souvent certain noms prononcés par certains personnages, avec aussi peut-être).
J'aime regarder les tableaux, et ceux de ce film sont très bien composés et mouvant.


Ajoutée le 3 mars 2010 par precija 

 

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, Jean Yanne, 1972

The Man from Laramie, Anthony Mann, 1955

Papa, Maman, la Bonne et moi, Jean-Paul Le Chanois, 1954

Network, Sidney Lumet, 1976

Libeled Lady, Jack Conway, 1936

Made in U.S.A., Jean-Luc Godard, 1966

 

Les notices de Georges Sadoul

Cette semaine, Jack Conway :

(Graceville 17 juillet 1887 / Los Angeles 11 octobre 1952) Formé à la Triangle par Griffith, cet honnête artisan de Hollywood réalisa, de 1914 à 1950, une centaine de films, dont [une liste].

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