juifs, arabes, ensemble

Publié le par Tzvetan Liétard

Dernier cinéclub de l'année à l'université que nous avons organisé en deux séances dont une belge.

D'abord, nous regardâmes  Chronique d'un été. Un certain malaise se dégageant de certaines séquences de ce spécimen de cinéma-vérité rappelait télé-réalité et reality show, jusqu'à la dernière séquence où certains participants vachards en cassaient d'autre. Tout cela est contrebalancé par la conscience des protagonistes de participer à une expérience encore inédite. Aujourd'hui, cette façon de rechercher ou de montrer une réalité peut évoquer exhibitionnisme ou voyeurisme. Contrairement à Edgar Morin qui s'emportait face à une critique de Maxie lors de la projection finale, je partage avec cette dernière une certaine gêne.

Je montre Le Signaleur pour la première fois et sans sous-titres espérant que des mots comme "bander" ou "éjaculer" ne soient pas compris, ce qui était naïf, ou idiot. Je pensais que ce film pouvait représenter une certaine tendance du cinéma belge, voire de la belgitude (il y a beaucoup de Brel dedans).

Pis tout'façon, même si elle avait déprimé, la projection était suivie de celle de Panique au village, avec Coboy et Indien. Je n'avais pas noté la dernière fois la musique de Sag Warum de Camillo, qui figurait sur une compilation lycéenne ("c'est meilleur avec du concentré de tomate"). J'aime bien qu'on y dise plein de gros mots dans un dessin animé. Il y a un coté Grodada. J’ai mentionné Wallace & Gromit. On ne connaissait pas. Il y a tellement de chose à faire découvrir.

Ce sont ses Écrits sur le théâtre qui m'avaient donné envie de voir quelque chose sur Jean Vilar, ce qui peut sembler paradoxal dans la mesure où je ne vais pas au théâtre. En tout cas, sa démarche, expliquée ici et là, est admirable.

Le cheval de fer est épique. Lincoln et Grant n’y sont pas nommé, mais ils sont très facilement identifiable.

Les aventures de Rabbi Jacob est un film que je croyais connaître sans l’avoir jamais vu. Plus je vieillis, plus je prends du plaisir à voir les grimaces, les onomatopées et les explcations visuelles de Louis de Funès. Une poignée de main entre Slimane et Solomon inspire l’extrait de la chanson dont le titre nous sert aujourd’hui. On note qu’avant Coluche dans l’Aile ou la cuisse, Miou-Miou interprète, moins longtemps, un rejeton de De Funès. La croisant au côté d’Henry Guibet, je repense à leur sketch dans l’an 01.

J’ai eu besoin des 4 aventures de Reinette et Mirabelle pour m’habituer au personnage de Reinette qui me semblait détestable (pire que Dombasle, dans l’arbre, le maire et la médiathèque). Mais en plus du calme dans les films de Rohmer, j’aime aussi écouter les gens se défendre et essayer d’aller au bout de leur logique. D’autant que Mirabelle, sa coloc et copine, jouait le contrepoint nécessaire. Si je passe cet été deux jours à la campagne, je tâcherai de choper l’heure bleue. Tu me réveilleras ?

J’avais choisi par hasard le doc sur Jean Vilar. J’avais envie de le compléter avec Avignon, cour d’honneur et champ de bataille, et je n’ai pas été déçu. J’ai d’abord été étonné du nombre de nom familier moi qui ne suis pas un habitué des tréteaux, mais il faut dire qu’ils sont médiatisés, ces noms de Planchon, Xenakis, Bausch, Brook, Vitez, the Living Theater, Bourseiller même si rien ne m’est connu d’eux. J’ai aussi eu le plaisir d’y voir, parmi de nombreux autres extraits, certains de la messe pour le temps présent (sur une musique de Pierre Henry et MICHEL COLOMBIER). La traversée de 68 par Jean Vilar, m’a rappelée celle vécue tout aussi douloureusement par René Goscinny à l’époque de Pilote. Je crois que l’Institutrice de Dick annegarn raconte la même histoire ("et nous ici, sans institutions, sans institutrice à chignon"). Tu aimes Dick Annegarn ? Moi, beaucoup. J’ajoute le nom de Jan Fabre, parce que je l’avais entendu de mon ami le Chicon la semaine dernière et je le découvre ici. Par contre, même si ce n’est pas exprimé, on peut déplorer la disparition partielle de l’utopie vilarienne : si le théâtre reste un lieu de recherches parfois très radicales (je crois que je ne serais plus aussi gêné de nudité que je ne l’avais été dans ce bar à strip-tease sordide ; en tout cas celles vues dans les extraits m’interpelèrent, m’intéressèrent), je ne suis pas certain qu’il remplisse la mission populaire qui avait été celle du TNP.

Cette année, du festival nitrate (le festival des vieux films restaurés) je n’aurai vu que la Chute de la maison Usher. Il avait l’air bien, mais une fois de plus, je vais taper sur la Kinoteka. Cette fois-ci, les bobines étaient dans l’ordre et la qualité correcte (quoique !) vu que le film était numérisé. Cette fois-ci, il y avait des sous-titres et non un traducteur-amateur qui traduisait simultanément les intertitres avec un décalage et approximativement. Le problème vient de l’illustration sonore. En général, je suis pour la création et la relecture d’un film, même parlant. Je ne crois pas être un puriste (sinon je ne regarderais pas autant de film en format divx). Mais j’en ai eu l’impression à ne pas pouvoir regarder ce film à cause de la musique pseudo-romantique de ce Didier Squiban adolescent. Il joue très bien, mais ce qu’il improvisait ne correspondait tellement pas à l’image diffusée que c’en était fatigant (si tu y ajoutes la mauvaise accoustique et le volume sonore, tu y réfléchiras à deux fois avant d’aller à la kinoteka voir un film muet, ou alors tu y vas soit sourd, soit aveugle). Le film avait l’air envoûtant, l’aurait été peut-être avec une musique mieux adaptée (je ne parle pas de qualité, ni de goût, mais de rapport - au moins d’illustration sinon de dialogue - avec le film), l’aurait été sans doute en silence. Car il avait pour lui des expérimentations visuelles (ralentis, atmosphères, visage des acteurs, etc.) qui se suffisaient à elles-même, et qui pour le coup s’accordaient avec le sujet. Plus généralement, j’ai l’impression qu’il y a un gros malentendu à la Kinoteka de Belgrade avec l’histoire des films muets. Chez moi aussi peut-être : je me trompe peut-être mais je n’ai pas l’impression que les pianistes de bastringue eussent été systématiquement engagés pour illustrer les films, ni qu’on ne les montrât que dans les foires. Je n’ai pas non plus l’impression qu’un pianiste me donnerait plus de courage à visiter une exposition jusqu’au bout quelle qu’elle fût. Ce n’est pas un secret : la Cinémathèque de Belgrade se meurt, les copies de films s’y détériorent, on ignore où se perdent les subventions reçues, la nouvelle cinémathèque inaugurée voici plusieurs mois n’est toujours pas ouverte. Ce n’est pas un secret mais on continue quand même, avec des œillères, pour voir jusqu’où on peut aller comme ça avec des gens placés là on ne sait comment mais sûrement pas en raison de leur compétence (je ne parle pas du jeune pianiste malgré tout sympathique). Quand j’aurais dit que ce sentiment ne se limite pas à cette institution, on comprendra mieux certains autochtones désabusés.

 

Chronique d'un été, Jean Rouch & Edgar Morin, 1960

            Le Signaleur, Benoît Mariage, 1997

Panique au village, Stéphane Aubier & Vincent patar, 2009

Jean Vilar, Claude Dague & Bernard Tournois, 1981

The Iron Horse, John Ford, 1924

Les aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury, 1973

4 aventures de Reinette et Mirabelle, Éric Rohmer, 1987

Avignon, cour d’honneur et champ de bataille, Michel Viotte & Bernard Faivre d’Arcier, 2006

La chute de la maison Usher, Jean Epstein, 1928


Les notices du dictionnaire des cinéastes de Georges Sadoul :

Cette semaine, Jean Epstein :

(Varsovie 26 mars 1897 – Paris 2 avril 1953) Abel Gance a dit de lui : "Il a préféré mourir en victime plutôt que de vivre en prostituant son art. Je revois sa figure en losange, si expressive, dont les cheveux, comme une flamme noire, semblaient brûler le front. J’entends cette voix lente, singulière, avare de mots, choisissant ses oreilles. Des profondeurs de l’abîme, cette voix ne doit-elle pas être écoutée ?" D’après Henri Langlois, nous pouvons ainsi résumer son œuvre et son apport : "Il n’a jamais quitté le cinéma. Son œuvre a commencé en 1922 avec Pasteur, s’est achevée en 1947 avec le Tempestaire. Ses films dits commerciaux peuvent être signés sans honte par lui." "Cœur fidèle est le triomphe de l’impressionnisme du mouvement, mais aussi le triomphe de l’esprit moderne. La Belle Nivernaise fut une des ses œuvres les plus pures, les plus classiques, les plus exquises, avec son rythme insensible à l’intellect, son savant dépuillement. Après l’effort du Lion des Mogols, le souffle lui manque, et il est obligé de s’asseoir bien en arrière de ses anciens films." "Avec l’Affiche et le Double Amour, il commence à sentir le poids des contingences commerciales. La Chute de la maison Usher fut "l’intensification du jeu de l’acteur par le ralenti". Il tourne alors le dos au succès, part pour la Bretagne, faire ce que nul en France n’avait fait avant lui : Finis Terræ et l’Or des mers, qui fut la recherche d’une espèce de merveilleux beaucoup plus réel, sous l’influence certaine des films soviétiques." Mais il ne traduira totalement ce merceilleux né du réel que dans Mor’Vran. Avec le parlant, Epstein fut incompris. D’où son calvaire. Puis ce fut la guerre, l’occupation, l’oubli de Vichy. [une liste]

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