La pluie nous a débués et lavés, et le soleil desséchés et noircis

Publié le par Tzvetan Liétard

On continue les lundis de la philosophie avec cet entretien pas piqué des hannetons avec Claude Levi-Strauss, mais fichtre, que ce fut trivial.

À le revoir, tout impressionne dans La Raison du plus faible. J’ignore combien de temps il a fallu laisser le scénario reposer, mais il est arrivé à maturité. Rien qu’à regarder, rien qu’à écouter… Je m’en suis servi pour montrer qu’on pouvait détourner un auteur aussi institutionnel que La Fontaine, qu’un poète aussi apparemment hermétique que François Villon pouvait être mieux qu’une gloire nationale.

On a regardé OSS117 après une dictée de Césaire (extraite du discours sur le colonialisme) et d’une présentation de Nasser, qu’on espérait connu du fait qu’une conférence des non-alignés se tint ici, en Yougoslavie. Le nom de Nasser m’est familier depuis les cours d’histoire de term’ (celui de Césaire aussi d’ailleurs, depuis les cours de lettre sur Senghor en term’ aussi). Le film aura servi à expliquer ces gens et leurs expressions, ignorés de l’espion. Devoir : faire la liste des défauts de cet agent secret, pour le vocabulaire.

À part une esthétique assez marquée (les lettres roses du générique), je n’ai pas trouvé Drive trop référentiel, du coup j’ai pu l’aimer au premier degré. Albert Brooks fait penser à un frère Weinstein. Un truc peut-être était agaçant dans sa répétition : la grande fréquence de regards racontant des mouvements confirmés aussitôt.

Les protagonistes du Bal des maudits ne se rencontrent pratiquement jamais. On suit d’un côté Ackerman (Clift) et Whiteacre (Martin) dans leur formation comme soldat et de l’autre le cordonnier Diestl (Brando) dans ses désillusions. La performance de Brando, qui va au delà de l’accent, est étonnante. Je ne sais pas s’il s’agit de caricature, mais il interprète clairement un "autre" qu’on a envie de comprendre. Clift, jouant le juif maladroit et provincial est aussi traité comme un être différent, un peu associal mais qui y met du sien malgré l'antisémitisme ambiant, un personnage à la fois Américain et Européen. On comprend du coup l’utilité du personnage de Martin, le seul qui s’autorise des commentaires, parfois désabusés, au quel le public WASP devait probablement s’identifier. Ces traits « typiques », on les avait appris dans Corto Maltese et la Ballade de la mer salée. Le scénariste des Innommables, Yann, nous avaient amenés à lire la dimension cachée (E.T. Hall) pour le nombre d’histoire que les oppositions culturelles pouvaient apporter en tension, en décentrage et en compréhension. Comme dans The Big Red One, la découverte des camps de concentration est l’aboutissement du parcours de ces soldats américains. Avec Lee Van Cleef.

Dans le film précédent, la folie d’un officier était à l’origine d’un des moments fort du film. C’est le sujet d’Ouragan sur le Caine. On aime bien voir ce genre de film présentant un microcosme et discutant les problèmes du vivre-ensemble. Ça permet de mieux aimer les films un peu déviants. Humphrey Bogart est presque aussi étonnant que dans le trésor de la Sierra Madre et Fred McMurray jouait notre personnage préféré. Dans quel Astérix, dans quel Lucky Luke diable ai-je vu sa caricature ? La seconde guerre mondiale est bien loin en arrière plan. On passe pourtant à Pearl Harbour. La récente métaphore du bateau est illustrée ici de manière assez rafraîchissante pour peu qu’on ait vu la scène finale. J’apprends quels liens unissent José Ferrer à Miguel Ferrer et George Clooney. Avec Lee Marvin.

 

Claude Levi-Strauss – Les Grands entretiens de Bernard Pivot, Nicolas Ribowski, 1984

La raison du plus faible, Lucas Belvaux, 2006

OSS117 – Le Caire Nid d'espion, Michel Hazavanicius, 2006

Drive, Nicolas Winding Refn, 2011

The Young Lions, Edward Dmytryk, 1958

The Caine Mutiny, Edward Dmytryk, 1954

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