la porte du bonheur est une porte étroite

Publié le par Tzvetan Liétard

L’amour est plus froid que la mort est hypnotique. Ça commence comme une pièce de théätre expérimentale avec l’immense avantage du montage. C’est très stylisé, il y a des travellings droite gauche, et ça me perturbe. Et alors là, de deux choses l’une : ou l’on est pris ou l’on ne l’est pas. Les quelques films de Fassbinder que j’ai vus m’invitent souvent à l’inscrire dans un réseau de référence entre ceux qui l’ont apparemment influencé et ceux qu’il a apparemment influencés. Concernant la nouvelle vague, si le film est dédié à Chabrol et Rohmer, c’est plutôt à Bande à Part de Godard que l’on pense, pour le trio et surtout pour la ressemblance entre Ulli Lommel (Bruno) et Sami Frey (Franz), Fassbinder (Franz) et Claude Brasseur (Arthur), Hanna S (Johanna) et Anna K (Odile). Il y a un plan avec un long travelling arrière dans lequel le trio va de l’avant et où le personnage interprété par Fassbinder semble même essayer de danser le Madison. Quant à Straub, je n’ai encore rien vu de lui, mais il paraît que son œuvre foisonnante varie du sublime (ce qu’il aurait fait avec Huillet) au foutage de gueule (ce qu’il aurait fait seul). Le quatuor à corde et son utilisation fait penser à ce qu’en fait Belà Tarr dans Werckmeister harmóniák (avec Hanna Schygulla) et A Torinói ló. Et si cette utilisation musicale venait de Straub ? Voilà pour les liens et les digressions.

 

 

Il y a à Munich, dans Le droit du plus fort (je préfère le titre allemand), un bar dans lequel on peut entendre le Métèque et Bird on a wire. Tout le monde trouve que Jeremy Renner ressemble à Fassbinder. C’est la première fois que je regarde un film où presque tous les personnages sont homosexuels mais viennent de milieux différents, et ne sont pas systématiquement traités par le cinéaste comme de faibles folles. C’est un beau mélodrame. Haha ! Je découvre juste l’option recherche sur ce blog et en tapant Moustaki, je m’aperçois que Fassbinder l’évoque déjà dans Les dieux de la peste !

Libre comme le vent est un bon film malgré deux ou trois détails. Comme No Name on the Bullet, le film commence avec l’arrivée d’un gunman en ville, sans que les choses ne se déroulent exactement comme on peut s’y attendre. En fait rien ne se passe comme prévu, mais en un minimum de péripétie on est pris et on se demande comment l’histoire va se résoudre. Je découvre enfin le visage de John Cassavetes pas encore trentenaire, qui joue le jeune frère fou de Robert Taylor lui-même aux antipodes de son personnage dans The Last Hunt (qui m’avait tout autant touché).

Une simple histoire marque. Avec moins d’effet que dans les films de Ken Loach auquel le sujet fait penser, le film risque de résonner parce qu’il raconte simplement, sans manipulation dramatisante l’histoire de cette femme montée à Paris pour chercher du travail. On sait gré à l’auteur (récemment disparu) de ne pas prendre le spectateur en otage. Les seconds rôles ont des attitudes variées et de ce fait, non-stéréotypées. Si on a tendance à juger positivement les gens qui l’aident, on accepte aussi peut-être un peu trop facilement les attitudes plus négatives parce qu’elles sont quotidiennes, qu’elles pourraient être la mienne, égoïsme ordinaire. On perçoit les dialogues comme un écho à la narration simple. On y lit le Figaro.

 

Uploaded by on Nov 2, 2011

 

C’est très excitant de regarder Les Vampires. Faisons les choses dans l’ordre, commençons avec le pilote intitulé la tête coupée. On y découvre hors champ des criminels qui tuent sans mobile apparents et un journaliste (Guérande) un peu niais mais efficace. L’information passe beaucoup par l’écrit (télégramme, journal, cartes de visites) mais aussi par les expressions et clin d’œil des personnages : il faut être vigilant.

La bague qui tue apparaît combiné avec l’épisode précédent : la relation d’amitié entre Guérande et Mazamette (très drôle Marcel Lévesque) est consommée. On y en apprend plus sur l’organisation criminelle des Vampires. On attend toujours Musidora (ou bien son personnage n'a pas été nommé). On y lit le Figaro. La danseuse Marfa Koutiloff (Stacia Napierkowska) a peut-être inspiré le personnage de Shirley McLaine dans Artists and Models et sûrement le costume de Batman.

 

Liebe ist kälter als der Tod, Rainer Werner Fassbinder, 1969

Faustrecht der Freiheit, Rainer Werner Fassbinder, 1975

Saddle the wind, Robert Parrish (& John Sturges), 1958

Une simple histoire, Marcel Hanoun, 1959

Les Vampires, Louis Feuillade, 1915

1.      La tête coupée, 30mn

2.      La bague qui tue, 12mn

 

Les notices de Georges Sadoul

Cette semaine Marcel Hanoun :

(Tunis février 1929) Après deux films psychologiques : 1957 une simple histoire, 1959 le huitième jour, s’engage à partir de 1965 Octobre à Madrid, dans une voie plus expérimentale de réflexion sur les rapports du créateur à son œuvre qui demande en retour au spectateur une nouvelle attention de « lecture ». [une liste].

 

 

L’histoire de Lili Marleen n’a pas été si incroyable parce que je l’ai déjà vu en partie racontée dans cette fiction de Fassbinder. C’est à lire, non pour le style de l’auteur et encore moins pour sa "version 2012" assez maladroite, mais pour l’évocation de notre putain de vingtième siècle, les deux guerres mondiales en particulier.

Lili Marleen, l’incroyable histoire de la plus belle chanson d’amour, Jean-Pierre Guéno, Librio, 2012,

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