les fins de mois, les repas bâclés devant le match à la télé, les infos chloroformisées et les pubs de mousse à raser n´auront jamais su me griser

Publié le par Tzvetan Liétard

Il est sans doute possible de repérer des défauts dans L’homme que j’ai tué. Moi, je n’y ai pas coupé : j’ai chialé. Il faudrait que je vérifie cette règle selon laquelle tout film pacifique post-guerre franco-allemande me tire des larmes des yeux. Je ne résiste jamais devant la séquence finale de Paths of Glory. Je commence à me familiariser avec le visage de Lionel Barrymore (dont j’ai vu sans-doute plus de films qu’avec Drew Barrymore). Ce film pas comique du tout est pourtant conçu autour d’un quiproquo de sa tentative de résolution.

 

 

Le prologue, un montage d'archives, contient entre autre la madelon auquel je préfère la Rêverie de Robert Schumann.

 

 

 

Il y a eu une rétrospective Jess Franco à la cinémathèque. J’y ai assisté avec mon compère le chicon. Il y avait quatre divx (les premiers) et deux 35mm (les derniers). Malgré la quantité imprécise et importante de films réalisé par l’auteur, et malgré la condensation sur quinze ans d’une carrière de quarante, on a eu l’impression d’un cycle à la fois varié (thèmes, genres) et cohérent (tics, motifs, casting, Europe).
Rétrospectivement chaque soirée était cohérente en elle-même.

Soirée 1.

Le sadique baron von Klaus fut la mauvaise expérience en terme technique (les films suivants ont été tout à fait regardables malgré de grands défauts de qualité de l’image) étant donné le décalage entre la bande sonore (en français) et les images. Cette première incursion dans l’œuvre du cinéaste a tendu à le situer du côté du giallo. De ce genre je n’ai vu qu’un film de Bava et deux autres d’Argento (la ragazza che sappeva troppo et Tenebrae et Non ho sonno). Les conditions de diffusion, une certaine grandiloquence ont fait sourire. Quelques séquences ont calmé.

 

 

 

Tout comme le précédent évoquait Hitchcock, Les yeux verts du diable évoquaient De Palma. Autant le précédent semblait marqué par un genre, autant celui-ci semble dégagé de toute contrainte narrative. Il y a beaucoup de séquences marquantes, amenées de façon surprenante. Je retiendrai par exemple la séquence érotico-culturelle avec Howard Vernon (acteur présent dans les deux films). Apparition du motif du spectacle (en public) sado-maso.

 

 

C’est Jack Taylor qui fait la transition entre les deux soirées. Une sacrée gueule aux yeux bleus, une sorte de pré William Fichtner.

Soirée 2

La cohérence de cette soirée tient au thème de Dracula et aux acteurs présents dans les deux films : Jess Franco lui-même et Soledad Miranda, son égérie d’alors.

Comme d’habitude, en raison de ma formation en LGC (qui inclut même un peu de cinéma), je vais procéder à de petites comparaisons. Les nuits de Dracula a frappé jusqu’à un certain moment par sa fidélité au roman. Par la suite, beaucoup de choses ont été escamotées ou laissées sans explication. Habitué à voir représenté Mina en brune et Lucy en blonde, j’ai été ici perturbé. Renfield (orthographié bizarrement dans le générique, Reinferd je crois) n’avait de commun avec l’original que sont goût pour les insectes, goût laissé ici sans explication. Je développe car c’est souvent mon personnage préféré (ne serait-ce que pour ceux qui l’ont interprété : Tom Waits et Roland Topor). Klaus Kinski était parfait. Les séquences où il apparaît traitaient de façon subversive les institutions carcérales. Si La mano de un hombre muerto lorgnait du côté du giallo, celui-ci se réfère fatalement à la Hammer à travers la présence de Christopher Lee.

 

 

Jesùs Franco joue le même type de personnage, Soledad Miranda change de statut dans Vampyros Lesbos. C’est une variation sur le thème de Dracula puisque l’une des premières séquences du film consiste en la visite d’un agent immobilier, ici venu d’Allemagne, dans le fief de son client, ici en Turquie. Soit-dit en passant, on visite beaucoup l’Europe grâce aux films de Jess Franco. Une autre variation réside dans une transposition féminine de ces deux protagonistes. À quoi est dû le fait qu’il paraisse moins incongru de voir Linda Westinghouse et Condesa Oskudar faire l’amour que d’imaginer Harker et Dracula faire de même ? À la réflexion, étant donné la fadeur du personnage du compagnon de Linda (Ewa Strömberg), il est plus intéressant de considérer cette dernière comme une synthèse de Harker et Murray. La bande originale, notamment un titre tout en orgue et en sitar comme le Message de David Khune (Jesús Franco), Manfred Hübler et Sigi Schwab.


C’est Klaus Kinski qui fait la transition entre les deux soirées. Une autre sacrée gueule aux yeux bleus.

Soirée 3

Cette soirée permet de compléter relativement ce cycle et de voir de vraies bobines en 35 millimètres donc d’une qualité bien meilleures que ce que nous attendions (malgré les strilles du premier).

Le seul comédien présent dans les deux films fut Herbert Fux.

Les lettres d’amour d’une religieuse portugaise est un film franchement érotique à tendance sado-maso. C’est à cette occasion que j’ai appris le terme de « nunexploitation » puisque l’action se passe dans un couvent. Oui, l’actrice qui subit ces sévices avait comme son personnage seize ans au moment du tournage. Ce film prolonge idéalement ce que j’avais lu ou vu jusqu’alors au sujet de Jehanneuh d’Arcqueuh et Gilles de Rais. C’était le film le plus bouleversant, celui qui suscitait le plus d’empathie. Le film le moins perclus de tic (pas de « coup de zoom »). Particulièrement malsain, on a perçu une autre charge contre un autre système carcéral.

 

Le titre serbe de Jack L’éventreur était « couteau pour prostituées » (traduction à revoir pour le système des articles). Les premières notes du thème musical m’évoquaient sans cesse les quatre premières notes de la maison près de la fontaine. Ce film apparemment tourné à Zurich pouvait fort bien se passer des cloches de Big Ben pour évoquer le Londres des canaux, des pubs et de la brume.
Au niveau des comédiens, nous avons remarqué combien  Joséphine Chaplin ressemblait à Geraldine Chaplin ; nous avons de nouveau appréciée la sobriété hallucinée du jeu de Klaus Kinski ; nous avons surtout eu l’unique occasion de ce cycle de rencontrer Lina Romay dans un petit rôle.
D’avoir lu, il y a longtemps, From Hell (Moore & Campbell), basé sur la gageure de faire concorder la totalité des faits et affirmations, aussi contradictoires fussent-elles, liées à l’affaire racontée ici m’avait sensibilisé de façon ludique à ce mythe. Ici, les seuls motifs communs repérés furent la profession de l’éventreur, (appelé ici Orloff d’après certaines fiches) et une abblation de mamelons.
 

Conclure et ouvrir avec ce numéro de Mauvais genre et une interview de Jess Franco par Jean-Pierre Bouyxou audible ici ou en cliquant sur l'image.

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Broken Lullaby, Ernst Lubitsch, 1932

JESS FRANCO 

   La mano de un hombre muerto, Jess Frank, 1962

   Succubus, Jesús Franco, 1967

   Nachts, wenn Dracula erwacht, Jess Franco, 1970

   Vampyros Lesbos, Franco Manera, 1971

   Die Liebesbriefe einer portugiesischen Nonne, Jess Franco, 1976

   Jack the Ripper, Jess Franco, 1976

 

   J’ai passé le début de la semaine à lire Jacques Brel une vie d’Olivier Todd. J’en avais trouvé une édition en livre de poche (impression en 1993 d’un texte paru en 1984, sans modification) chez un de ces bouquinistes volants qui traînent autour de la fac de philologie de Belgrade.

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   Petit malaise de voir l’apparent mépris de l’auteur (il paraît que c’est de famille) pour certains aspect de l’œuvre qui peuvent se passer d’un certain type de commentaires (laudatifs ou dépréciatifs). Heureusement ce petit malaise est largement compensé par les nombreuses analyses de cette œuvre (notamment concernant l’évolution, les apports de Raubert, Jouannest, Corti et autres).
  Malaise un peu plus grand de voir dévoilé tant de la vie privée de Brel et de ses proches. Mais ce dévoilement semble avoir été fait dans les règles.
  En revanche, la conception du livre était réussie. On a un mélange de chronologie (premier chapitre sur l’enfance, dernier chapitre sur les derniers jours) et de chapitre thématiques. Cette conception a sans doute été facilité par les trois périodes de la carrière de Jacques Brel, celle de chanteur sur scène, celle d’homme de spectacle (L’Homme de la Mancha) et de cinéma (comédien, réalisateur, compositeur – ce qui justifie que je l’évoque dans cette page) et celle de voyageur (aviateur, marin). Beaucoup d’analyses et de témoignages sur ses prises de positions publiques (on revient deux fois à la situation en Belgique) et ses contradictions. Cette approche a rendu lisible et fructueuse
   Beaucoup de chansons y sont cités, me permettant de constater que je n’avais pas dépassé certains disques, certaines compilations, me donnant l’occasion de découvrir certains pans de l’œuvre de cet artiste.

Olivier Todd, Jacques Brel, une vie, Robert Laffont, 1984, le livre de poche, 1993

 

Les notices de Georges Sadoul

 

Cette semaine, Ernst Lubitsch :

(Berlin 28 janvier 1892/Hollywood 30 novembre 1947) Un habile homme qui, même dans la vulgarité, ne manquait pas de verve et de savoir-faire. Il s’essaya dans beaucoup de genres et y réussit souvent. En Allemagne (1919-1923), après avoir débuté dans le comique, il reprend la formule de la grande mise en scène à l’italienne et l’améliore avec Carmen, Madame Du Barry, Anne Boleyn, la Femme du pharaon, Sumurum. En 1923-1928, à Hollywood, avec l’Éventail de Lady Windermer, Trois femmes, Comédiennes, Paradis défendu, etc., « il entreprend de révéler aux Américains la comédie européenne dans tout ce qu’elle a de charmant, de décadent, de frivole… », écrivait alors un critique français. Avec le parlant, il passe à la comédie musicale avec Parade d’amour, Monte-Carlo, le Lieutenant souriant et, bien entendu, une Veuve joyeuse. Il n’abandonne pas pour autant le boulevard, ou plus exactement les vaudevilles d’Europe centrale, et devient ainsi un des initiateurs de la comédie légère américaine avec de pétillants succès comme Haute pègre ou Sérénade à trois. Il l’adaptera ensuite à la propagande politique avec  Ninotchka  et la situera avec brio en Europe occupée dans Jeux dangereux (To be or not to be). Pour ces films, ils s’entourera toujours de collaborateurs venus des pays germaniques, parmis lesquels, vers la fin de sa vie, Billy Wilder et Otto Preminger, ses futurs successeurs. Pierre Henry l’a justement caractérisé en 1926 comme « un homme brillant, mais qui n’a jamais rejeté l’expression du théâtre que nous avons tous connu jadis. »
Fils d’un collectionneur berlinois, initié au théâtre par le comédien Victor Arnold, qui l’introduisit chez Reinhardt où il tint divers rôle ; il apparut aussi comme comique dans divers films. [une liste].

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