like a flower bending in the breeze bend with me, sway with ease

Publié le par Tzvetan Liétard

Fest 40 2013, c'est fini. Comme l’an passé j’ai vu 12 films mais je n’ai pas fini aussi sonné qu’alors. Avec une meilleure organisation, j’aurais même pu en voir plus sans problème d'émotion. Parmi les motifs les plus fréquents (sans être systématiques) on notera le temps passé dans une voiture à discuter ou à écouter de la musique, et la présence d’animaux dont curieusement beaucoup de poules et des paysages montagneux (arméniens, californiens, québécois, argentin, italien, turcs). Il y aura probablement un bon tiers ou une petite moitié de ces douze films présents dans la liste de fin d’année.

 

Like someone in love est le titre d’un standard interprété ici par Elle Fitzgerald. Un film avec de long plans immobiles, ça fait art. Celui-ci est en prime écrit dans le détail et mis en scène. On lui a reproché des dialogues inutiles et sans intérêt. Peut-être bien (je ne le pense pas) mais c’est dans plein de détails du dialogue ou des accessoires qu’il se passe quelque chose. Ce film m’a donné l’occasion d’une petite rixe. Agacé par certains films un peu décousus simplement exotiques, j’ai trouvé extrêmement injuste qu’on fasse à celui-ci le même reproche alors qu’il était bien construit. J’ai trouvé idiot de mettre sur le compte du goût ce type de critique, surtout de la part d’un étudiant (master) en cinéma. Ce film (et le suivant) montrent la violence des rapports hiérarchiques au Japon. Les deux personnages principaux (une jeune femme et un vieil homme) sont confrontés à des obligations dont ils s’acquittent ou non avec la même douleur.

Le titre Outrage : Beyond est trompeur (il n’est pas plus violent, il montre le derrière de la violence), surtout après avoir vu le premier opus (vu à fest 2011) de ce diptyque de Takeshi Kitano. Le deuxième donne du sens au premier qui nous avait laissé plutôt dubitatif en raison de l’apparente gratuité de sa violence. On y voit toujours mise en scène la violence des échanges hiérarchiques.

Camion est en français, mais pour une fois les sous-titres m’ont été utiles. Il clôt le mini-cycle improvisé des films qui utilisent la folk américaine nous permettant cette fois-ci de découvrir le groupe folk Richmond Fountain. Si tu n’as pas un frère qui a essayé de te (ou à qui tu as essayé de) faire écouter un cd dans la voiture, tu manqueras peut-être quelque chose. Du peu de film québécois vus ces dernières années, c’est celui qui m’a le plus fait sentir le continent américain dans cette langue autant que dans les paysages.

La Belle endormie et Après Mai (voir plus bas) ont en commun d’avoir été réalisé par des auteurs aux CV relativement long, l’envie de croquer une époque précise (avec des séquences datées) et une sorte de désinvolture dans l’écriture du scénario (pas dans la mise en scène). Dans le cas du film italien, l’époque traitée est très récente et traite de l’affaire Eluana Englaro qui a défrayé la chronique italienne. Il suit trois histoires (ou quatre si l’on sépare celle d’un père député de celle de sa fille) et la façon dont l’affaire les affecte. On a moins ressenti une réflexion sur l’euthanasie que sur la société italienne. Si certains personnages changent d’avis, c’est souvent pour des raisons aussi peu rationnelles que celles qui les ont fait soutenir un avis différent.
Je ne connaissais Marco Bellochio que pour Buongiorno Notte (imaginant les derniers instants d’Aldo Moro) dont la sortie a correspondu avec la découverte de Sciascia lors d’un cours de LGC (la fac m’a orienté).
Après Il Gioellino, Toni Servillo commence à devenir familier.
La séquence finale vaut la peine de l’atteindre.
 

La nuit d’en face est ma deuxième tentative récente de Raoul Ruiz après Ce jour-là. Ce film surréaliste est encore plus déroutant. Je regrette bien l’intoxication alimentaire qui m’a gâché la vision de ce film. Un personnage dit que le Chili et l’Argentine devraient ne faire qu’un. Jean Giono (dont il faut lire au moins Colline) y joue un rôle, car, comme chacun sait, voyageur immobile, il a enseigné au Chili.

Los Salvajes a été l’un des plus impressionnants de la saison.

Tout ce que j’ai lu de la critique sur Après mai était vrai. Une fois acceptés les reproches, on peut essayer de jouer à reconnaître tous les détails quasi entomologiste qui ont fait ces quelques années malgré les comédiens qui semblent sortis des années 2010. On retrouve une façon spécifique de tenir la caméra et une production qui rappelle Carlos (vu à fest 2011) ainsi que le même mélange d’ennui et d’intérêt sincère pour la reconstitution des décors et d'évènements. À la sortie, ayant croisé un collègue qui ne l’avait pas aimé, je n’ai trouvé à lui conseiller que le Péril Jeune alors que L’une chante, l’autre pas réussit la chronique qu’on pouvait souhaiter du film d’Assayas. Au film de Varda, Assayas fait référence. On pense toujours à la différence de degré de violence en France et en Italie. On a donc un peu pensé à il grande sogno (vu à fest 2010). L’autre chose que j’attendais (les conséquences d’un radicalisme soixante-huitien), je l’ai eu dans le décidément marquant film autrichien intitulé Die Vaterlosen (vu à fest 2012). Comme on a eu ce qu’on voulait chez Varda ou Kreutzer, on peut essayer de chercher autre chose ici.

C’est d’ailleurs ce film qui m’a donné envie de retourner en Autriche et fait choisir Une seconde femme dont le titre original signifie La Marraine. C’est le même mot en turc et en serbe comme d’autres à ce que j’ai pu constater ici. Même sans connaître le titre original, on trouve dans ce film une séquence clé qui en rappelle une autre extraite de The Godfather II.

 

Like someone in love, Abbias Kiarostami

アウトレイジ ビヨンド (Autoreiji Biyondo), Takeshi Kitano

Camion, Rafaël Ouellet

Bella addormentata, Marco Bellochio

La Noche de enfrente, Raùl Ruiz

Los Salvajes, Alejandra Fadel

Après mai, Olivier Assayas

Kuma, Umut Dağ

(tous les films datent de 2012)

 

Les notices (apocryphes) de Georges Sadoul.

Cette semaine Marco Bellochio :

(Piacenza 1939) « L’unique cinéaste qui, peu après la moitié de la décennie 60, semblait devoir s’imposer de manière absolue […] a fait surgir le doute que l’impétueuse iconoclastie de son premier film allait rester sans suite. » Ainsi le critique italien Lino Micciché résumait-il pour « Cinémato » le fulgurant départ et le piétinement de Marco Bellochio. Rien n’est venu depuis lever le doute et le démentiel « familles (bourgeoises), je vous hais » qu’il poussait avec une sauvagerie mesurant savamment ses effets dans son premier film, s’est mué, semble-t-il, en un scepticisme proprement désespéré : la Chine est proche fermant avec un soin méticuleux toutes les portes de l’espoir. [une liste].

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