oh, diddle, lully day, oh, de little lioday.

Publié le par Tzvetan Liétard

On est retourné un peu par hasard du côté de la Flèche avec une trentaine de sketches des Deschiens. Je comprends tout mieux qu'au temps du lycée.

Gilles Deleuze était un passionné de (T comme) Tennis, sinon, il n’en aurait pas parlé ainsi. Je ne regarderai plus Borg et McEnroe de la même façon. D’ailleurs, je les regarderai.

L’(U comme) Universalisation est un processus secondaire, la volonté de regrouper des singularités. Le but de la philosophie n’est plus la recherche des universaux. Un philosophe ne réfléchit pas sur, il réfléchit.

S’il n’aime pas voyager, Deleuze n’a rien contre le (V comme) Voyage en particulier. Il y opère une taxonomie en quatre parties dont j’ai retenu deux éléments : D’abord, les nomades qui ne voyagent pas mais qui se déplacent parce qu’ils ne veulent pas partir, quitter l’espace qui est le leur. Ensuite, ce qui constitue une bonne raison de voyager, raison trouvée chez Proust, apparemment, raison qui concerne les rêveur : vérifier si c’est bien comme on avait dit.

Je savais déjà que Gilles Deleuze détestait (W comme) Wittgenstein. J’ai gardé le sms d’un camarade qui venait de voir cette séquence des plus courtes du film : « "Wittgenstein c’est la pauvreté instaurée en grandeur, il n’y a pas de mot pour décrire ce danger-là… Surtout ils sont méchants les wittgensteiniens…" en effet, il ne l’aime pas beaucoup… »

Il y avait tellement de reprises, de liens entre telle ou telle lettre que (Z comme) Zigzag constitue une bonne conclusion. Il y avoue aussi une certaine satisfaction d’avoir dans son nom cette lettre en partage avec Spinoza, Leibniz, Nietzsche.

Tout ce qui brille semble avoir été produit par le CIEP. Comme je n’ai pas trop l’habitude de voir des films français commerciaux contemporains, j’y ai relevé beaucoup de petites choses intéressants, illustratives... Les étudiantes venues le voir sous-titré en français pour sours et malentendants devaient résoudre les énigmes que posaient des mots tels que "ouf", "relou", "reup", "cheulou", "veuch" (que je n’avais jamais entendu), "vénère" et quelques autres. Il est vrai que je les emploie peu en cours. Ces mots sont déjà anciens, n’est-ce pas ?

J’ai fait un petit cycle institutions & enfermement (hôpitaux, asiles, prisons – manquait l’école). C’est un peu à cause des deux premiers films vus par hasard. Un peu aussi à cause de textes hommage de Deleuze à Foucault.

Les étudiants désertent, des activités perdent leur sens. Sur une clé traînait Désiré, rempli de sujet de sociétés, et permettant de faire découvrir l’une de nos personnalitéс préférées (faudrait montrer Louise-Michel). L’occasion aussi de parler des Monty Pythons. Le casting était bon.

Rage était trop cool. Comme je l’ai vu en compagnie (du Chicon) et une bière à la main, c’est comme si tu avais été là ! Le personnage de Frank Moore ne sert un peu à rien, mais sa gueule nous a rappelé celles de plein de monde (Mastroianni, Eastwood, Burton…). À cause du titre et du vert, on s’est amusé à imaginer Les aventures de Rabid Jacob.

S’il fallait présenter Olivier Gourmet, ce serait avec Nationale 7. Jusque là je n’avais jamais eu que l’impression de l’avoir croisé. Le film rappelle Train de vie pour Lionel Abelanski et une partie de la structure. Ce film donne la pêche. On pleure de joie quand l’un des personnages dit : « derrière toi ».

Le prisonnier d’Alcatraz réunit Edmond O’brien et Burt Lancaster, qui ne se sont pas rencontrés dans The Killers dont ils interprétèrent les personnages principaux (mais pas les tueurs). Certains plans animaliers semblaient des citations documentaires (genre Painlevé). L’alternance irrégulière entre séquences purement descriptives et d’autres plutôt oniriques (dont certaines documentaires) ont rendu ce film somme toute étrange malgré beaucoup de convention. Une dernière confrontation entre les personnages de Lancaster et Malden, évoquait subrepticement Surveiller et punir.

Opérette, la pièce de Witold Gombrowicz, a donc été traduite et non écrite directement en français. Les expressions si quotidiennes, si figées, ici détournées (comme chez Becket et Sarraute) transcendent l’étrangeté des pensionnaires de La Borde dans La moindre des choses. De tous ceux de la semaine, c’est le film qui renvoie le plus à soi-même, à la question du sens de nos actes quotidiens, qui questionne le plus sur les rapports qu'on peut avoir avec la société. Encore un film qui recèle de chansons ou d’expressions idiomatiques dont on a du mal à retrouver l'origine. C’est surtout cela qui m’a donné l’impression d’être culturellement enfermé en France : ces pensionnaires sont enfermés dans un site dont les employés eux-mêmes sont enfermés dans le site plus grand qu’est la France. Ceux-ci semblent ainsi imposer à ceux-là un langage tout fait. C’est bien pour cela qu’au vu des extraits, le choix de la pièce semble un excellent moyen d’évasion autant que de critique.

 

Les Deschiens, Jérôme Deschamps & Macha Makeïev, 1996

T comme Tennis, Pierre-André Boutang, 1996

U comme Un, Pierre-André Boutang, 1996

V comme Voyage, Pierre-André Boutang, 1996

W comme Wittgenstein, Pierre-André Boutang, 1996

Z comme Zigzag, Pierre-André Boutang, 1996

Tout ce qui brille, Géraldine Nakache & Hervé Mimran, 2010

Désiré, Albert Dupontel, 1994

Rabid, David Cronenberg, 1977

Nationale 7, Jean-Pierre Sinapi, 2000

Birdman of Alcatraz, John Frankenheimer, 1962

La moindre des choses, Nicolas Philibert, 1997

 

Les notices du dictionnaire des cinéastes de Georges Sadoul :

Cette semaine, John Frankenheimer:

(Malba 1930) Formé par la TV, tint bien mal – dans les fabrications hollywoodiennes traditionnelles comme le Prisonnier d'Alcatraz (The Birdman of Alcatraz), 1962, ou le rocambolesque Un Crime dans la tête (The Mandchurian Candidate) 1962, – les promesses de son premier film violent et aigu, The Young Stranger, 1957. [une liste]

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