Président, on est au bout du rouleau !

Publié le par Tzvetan Liétard

Cette semaine 5 De Gaulle, 3 Meyer et 2 DC.

 

Donoma est à l’origine d’une expérience que j’ai rarement vécu : une longue discussion autour d’un film aussitôt après sa vision. Le film le méritant ne sont pas rares. Seulement l'occasion de les partager. Je n’en avais jamais entendu parlé avant mais il paraît qu’il a été une sorte de phénomène en raison de son budget modique. En tout cas, en voilà qui ont bien suivi Chris Marker (voir plus bas).

De Gaulle est traité de façon similaire dans les deux films suivants. C’est une drôle d’impression de les voir l’un à la suite de l’autre. Dans les deux, il est fait mention de l'appétit du général, et de difficultés à le supporter. Certaines scènes sont presque les mêmes, parfois avec des variantes : lorsque Jean Monnet et l’Ambassadeur de France vinrent à Seymour Place à l'improviste, guidés par Courcel, pour présenter leur projet d'union anglo-française, ils interrompirent Farcy en train de se raser et Vuillermoz dans son bain.

L’appel du 18 juin s’ouvre en mai 1940 sur l’image de soldats allemands faits prisonniers. Michel Vuillermoz est un acteur présent. Il peut dire ici "je suis peut-être infirme mais je suis pas un crétin" et là l’appel avec imposance.

L’interprète du Grand Charles est plus modeste. Bernard Farcy conserve les intonations qu’on lui connaît mais le personnage est suffisamment écrit (langage particulier et littéraire, comportement, attitude) pour qu'on oublie l'acteur. J’ai envie de remarquer le commentaire de l’historien-narrateur qui fait bonne œuvre en expliquant au début qu’il ne se souvient pas du thème du référendum qui lui a fourni la premiere occasion de sa vie de voter, ni, à la fin, de la date de la messe des funérailles de De Gaulle. Chaban-Delmas y est interprété par Julien Boisselier. On y entend Bourvil chanter Faut pas tuer les Hirondelles.

La traversée du désert intéresse pour ses intervenants, pourtant inconnus de moi. Leur présentation au moment du générique final indique que certains résistants ont eu des trajectoires différentes (l'un d'entre eux étant proche du PC et un autre du FN).

On revient à la réalité quand on apprend que Mon Colonel aurait volontiers logé « trois balles dans la tête » de mongénéral s'il avait su ce qu'il aurait fait des trois départements français qui constituait l'Algérie. Il faut bien sûr que ce soit réussi, mais il suffit qu'un film (ou un roman) ait cette structure pour qu'il me happe (enquête policière sur une histoire s'étant déroulant des années plus tôt). C'est une spécialité de Costa-Gavras ici scénariste et réalisateur du making-of. Je suis étonné du nombre de têtes connues. La maigreur nerveuse d'Olivier Gourmet m'a fasciné. On y entend Bourvil chanter Caroline, Caroline.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les aventures de l'immoral Mr Teas reposent. Je commence un petit cycle Russ Meyer et je constate qu'en ce qui concerne l'image de la femme, ses films me choquent bien moins que de voir un bébé de deux ans porter des boucles d'oreilles comme je l'avais vu le matin du visionnement de ce film. En terme de construction sociale, bla bla. Outre les nudies, Sick, sick, sick de Jules Feiffer constitue une autre filiation avec Playboy.

Paris brûle-t-il ? est-il un film à sketches ou une épopée ? C'est intéressant de voir Paris en champs de bataille, c'est amusant de jouer à identifier les acteurs. Le seul personnage que l'on suit du début à la fin est le général von Choltitz interprété par Gert Fröbe. Chaban-Delmas y est interprété par Alain Delon.

Eve et le dépanneur est dans le même genre que le précédent : un slaptsick dont la seule voix est celle d'un narrateur (ici la narratrice étant Eve Meyer). Comme le précédent (et un peu moins dans le suivant), on suit un personnage faisant preuve d'une exemplarité exemplaire (on peut dire ça, non ?).

À cause de l'affiche, je pensais que Michael Ironside jouerait le rôle principal de Scanners. Je n'ai reconnu Patrick McGohan qu'après un ultime gros plan à cause de sa barbe. Katerine rappelle autant ces deux acteurs que le méchant dans Mad Max. Le Montreal de la fin des 70's et du début des 80's est un bon décor de film d'horreur.

Ce troisième opus a les mêmes caractéristiques que les précédents, avec plus de folie et de couleur. Wild Gals of the naked west rappelle une bande dessinée de mad magazine mâtiné de Tex Avery. Ça fait un moment que je ne considère plus les commentaires d'IMDb, mais ceux de ces trois films me laissent perplexe. Je me dooute bien que la suite est meilleure mais ces films-ci me semblent de tels ovnis qu'ils sont bien. Ce sont les seuls films muets des années 60 que je connaisse.

 

Donoma, Djinn Carrénard, 2010

L’appel du 18 juin, Félix Olivier, 2010

Le Grand Charles, Bernard Stora, 2005

La traversée du désert, Patrick Pesnot, 2005

Mon colonel, Laurent Herbiet, 2006

The Immoral Mr Teas, Russ Meyer, 1959

Paris brûle-t-il ? René Clément, 1966

Eve and the Handyman, Russ Meyer, 1961

Scanners, David Cronenberg, 1981

Wild gals of the naked west, Russ Meyer, 1962

 

Les notices du dictionnaire des cinéastes de Georges Sadoul :

Cette semaine, René Clément :

(Bordeaux 18 mars 1913) Formé par le documentaire, il en garda longtemps l'autheticité. Ce cinéaste précis, recherché, intelligent, déclarait en 1946 à Jean Queval : « Le cinéma est ma vocation, ma vie même. Bien longtemps avant La Bataille du rail, j'aurais pu faire mes premières armes dans la mise en scène. L'anecdote et le drame à trois ont fait leur temps. Le cinéma doit apporter une réponse à l'inquiétude sociale du spectateur et il doit y trouver de l'espoir dans la lucidité. C'est une conception qui, je crois, peut s'exprimer par le réalisme esthétique et social. » Son premier LM, qui aurait mérité le succès de Paisá ou de Sciusciá, ne passa guère les frontières et il connut, avec les Maudits, un échec non mérité. Après des heures difficiles, Clément, restant sur ses premières positions, réalisa avec entêtement Jeux interdits, éliminé de Cannes mais qui triompha à Venise et dans le monde entier. Peut-être ce très grand succès lui profita-t-il moins que ses échecs précédents. Après Monsieur Ripois et Gervaise, il se tourna vers des coproductions, où d'énormes moyens le desservirent ; mais rien n'exclut qu'à cette deuxième crise succède un nouveau départ. Il reste en tout cas un des meilleurs metteurs en scèn qui se soient imposé entre 1945 et 1950. [une liste]

 

Le texte de Chris Marker (paru dans le livret du DVD La Jetée – Sans Soleil, 2003)

La pauvreté des moyens qui est (au moins dans mon cas) plus souvent question de circonstances que de choix, ne m’a jamais paru devoir fonder une esthétique, et les histoires de Dogme me sortent par les yeux. C’est plutôt à titre d’encouragement pour jeunes cinéastes démunis que je mentionne ces quelques détails techniques : le matériel de la Jetée a été créé avec un appareil Pentax 24/36, et le seul passage tourné "cinéma", celui qui aboutit au battement d’yeux, avec une caméra 35mm Arriflex empruntée pour une heure. Sans soleil a été tourné intégralement avec une caméra Beaulieu 16mm, muette (il n’y a pas un plan synchrone dans tout le film) avec bobines de 30 mètres - 2’ 44’’ d’autonomie / - et un petit magnétophone à cassettes - même pas un Walkman, qui n’existait pas encore... Le seul élément sophistiqué - pour l’époque - était le synthétiseur d’image Spectre, également emprunté pour quelques jours. Ceci pour dire que les outils de base de ces deux films étaient littéralement à la portée de n’importe qui. Je n’en tire pas une sotte gloriole, seulement la conviction qu’aujourd’hui, avec en plus l’ordinateur et les petites  caméras DV, hommage involontaire à Dziga Vertov, un cinéaste débutant n’a aucune raison de suspendre son destin à l’imprévisibilité des producteurs ou l’arthritisme des télévisions, et qu’en suivant ses idées, ou ses passions, il verra peut-être un jour ses bricolages élevés au rang de DVD par des gens sérieux. J’écris ceci en octobre 2002, alors que se dessine une nouvelle nouvelle vague dont mes jeunes camarades de Kourtrajmé sont des exemples jubilatoires, et qui a peut-être déjà son À bout de souffle avec Demi-Tarif d’Isild Le Besco.

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