que la mort serait importune de venir changer ma fortune à la félicité des cieux!

Publié le par Tzvetan Liétard

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Lors d’une soirée spéciale amitié franco-allemande sur Arte il y a une quinzaine d’années, ils avaient diffusé Jules et Jim et La Grande Illusion. Le premier m’avait un peu ennuyé (bavard) et le second m’avait paru ne pas me concerner. Je les ai revus depuis. Jules & Jim deux fois, dont l’une avec toi et l’autre cette semaine initiale. Quand à La Grande Illusion, je n’osais pas trop aborder ce chef-d’œuvre de peur d’être nouveau un peu déçu. J’ai contourné. J’ai regardé d’autres films de Jean Renoir. À cause de la Complainte de la butte, j’ai regardé French Cancan qui m’a fait mal au ventre. J’ai regardé la Bête Humaine dans le cadre de mon cycle d’adaptations littéraires (qui me fait découvrir plus de littérature). Et j’ai regardé Les Bas-Fonds où j’ai commencé à être sensible au discours social et à la mise en scène. Au vrai, j’ignore si c’est cela ou autre chose (les commémorations, l’amitié franco-allemande, etc.) ou de la bouteille ou quoi que ce soit mais ce film me paraît exceptionnel. Je suis fier d’avoir montré ce film en cinéclub.

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Le sujet de Traqués par la Gestapo suffit à susciter l’intérêt pour ce film tourné dans l’ancien ghetto juif de Rome. C’est à ma connaissance le seul qui traite ce sujet douloureux. La Kommandatur propose à la communauté de la laisser en paix en échange de 50 kilogrammes d’or. En se démarquant de sa communauté, Davide, un jeune juif interprété par Gérard Blain, permet de complexifier cette histoire. Le film est très perturbant, il raconte par le biais d’une fiction comment cette communauté s’est soumise aux nazis. Par naïveté ou par foi, il est difficile de le dire étant donné la variété des personnages et malgré la puissance de la communauté. Une des séquences finales dit d’où vient, la Vità é Bella film bien plus consensuel.

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Torino Nera est un film plus simple que le formidable Banditi a Milano, mais il traite de questions similaires du rapport à la justice. Bud Spencer est un papa touchant avec un personnage proche de ceux qu’il interprétait dans les films que je regardais petit et que je serais curieux de revoir. Ce film-ci est bien plus grave et bien plus noir. Marcel Bozzuffi est l’une des gueules de cinéma que je préfère. Il m’avait profondément marqué dans Z que j’avais aussi vu sur Arte à peu près à la même époque que les films cités plus haut. Curieusement, je l’avais confondu avec Bernard Fresson. Les deux jouent souvent ensemble. Un jour je m’offrirai une belle édition de The French Connection. Question casting je mentionne aussi les enfants Domenico Santoro et Andrea Balestri qui ont tout deux joué dans le Pinocchio de Luigi Comencini, film qui a marqué mon enfance (tout comme un Enfant de Calabre, du même Comencini, avec Gian Maria Volonte). Enfin, je découvre Nicola di Bari, chanteur et compositeur, dont la gueule est assez décalée par rapport à son personnage et au genre du film. Le cinéma italien de cette période est riche et international, on me pardonnera d’établir touts ces liens.

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C’est Gaston Modot (dans la Grande Illusion) et les mentions régulières de l’Âge d’or par les contacts facebookiens qui ont motivé cette vision. J’avais déjà remarqué une ressemblance entre l’acteur et John Cleese dans le Miracle des Loups ; elle est ici plus criante encore, et le rapport entre Buñuel et les Monty Pythons va plus loin que celui entrevu entre Le charme discret de la Bourgeoisie et la dernière séquence du Meaning of Life.

 

Le festival Slobodna Zona, ce sont plein de documentaires et quelques films récents. C’est l’occasion de séances de rattrapage et de quelques découvertes.

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Le film de Vincent Dieutre et Eva Truffaut est un entretien sur une histoire d’amour entre le premier et un certain Simon illustrée d’images filmées de l’appartement de ce Simon, l’ancien amant de Vincent. Le film met en regard l’histoire de cette relation (beaucoup de choses opposent Vincent et Simon) avec le camp de réfugiés Afghans dissimulé sous un pont du quartier de Jaurès. En effet, de cet appartement, on avait vue sur différentes strates sociale de ce quartier. C’est l’espace qui m’avait attiré (tout comme m’avait attiré Chacun cherche son chat, par exemple). Je me demande comment le film et certaines problématiques (Hortefeux, Besson, expulsions, etc.) ont été perçues par le public belgradois.
Et puis le thème de Reynaldo Hahn d'après Théophile de Viau répété (dans les deux sens du terme) tout au long du film était joli, assez pop.

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En revanche, L’Esprit de 45 a paru limpide à ce public. Un équivalent français (sur le CNR) ou yougoslave (quoiqu’on en dise) est possible. On y retrouverait certaines grandes lignes. On imagine un puzzle européen. Je le rangerais aussi à côté de BabyLondon, avec lequel il partage l’ambition d’une histoire générale d’une grande période (ici de la Victoire 1945 aux années Thatcher) forcément incomplète et subjective : si Ken Loach ne se met pas directement en scène, on y retrouve son univers et ses partis pris. On pourrait ranger ce documentaire avec ses autres films, les mêmes thèmes étant traités (comme la privatisation des réseaux de chemins de fer, thème abordé dans Navigators, 2001).

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Le premier rattrapage fut Alabama-Monroe (un titre français qui me plaît bien, même s’il aurait pu s’appeler La Merditude des choses II). Lorsqu’on veut louer un film qui donne beaucoup dans tous les sens, on dit qu’il est généreux. Ce film était généreux. Certaines choses eussent peut-être gagné à être traitées plus longuement, mais cela aurait nécessité de sacrifier d'autres motifs. Le choix a été de tout dire avec des touches plus ou moins nombreuses. Certaines zones souvent abusivement traitées dans le cinéma de festival sont ici évacuées (parfois en une réplique, comme les problème d'alcool du héros) et on ne peut qu’en remercier les auteurs. Ce film est conçu comme un tourbillon (comme un Two for the road qui multiplierait les lignes narratives alors que le film de Donen "se contente" de trois lignes), mais deux parties en ressortent nettement. Ce n’est pas un film sur le showbizz, le groupe de Didier et Elise ont plutôt une fonction de choryphée accompagnant les moments clés de la vie du couple. Un authentique mélodrame qui n’est pas dupe de son amour pour la culture étatsunienne.

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À la maison, pris d’une migraine, je regarde 40 ans toujours puceau histoire de prolonger mon enquête sur les films Apatow. Après This is the end, je suis assez perturbé par les ressemblances entre les deux films. Ce ne sont pas seulement les gags et les conversations. Ce sont aussi les reprises de quelques motifs comme l’épilogue en forme de comédie musicale (tiens, comme dans The Meaning of life) et le discours finalement assez puritain. Est-ce systématique ? C’est ce que je découvrirai si j’en regarde d’autres. J’avoue avoir eu du mal à me dérider pendant un moment. Quand je m’en suis aperçu, je me suis détendu afin d’accueillir avec plus de bienveillance les gags, afin de m’amuser, ce qui s’est avéré payant, malgré ma migraine.

 

La Grande Illusion, Jean Renoir, 1937

L’Oro di Roma, Carlo Lizzani, 1961

Torino Nera, Carlo Lizzani, 1972

L’âge d’or, Luis Buñuel, 1930

Jaurès, Vincent Dieutre, 2012

The Spirit of ‘45, Ken Loach, 2013

The Broken circle breakdown, Felix van Groeningen, 2012

The 40-year-old virgin, Judd Apatow, 2005

 

Les notices de Georges Sadoul ///

 

Cette semaine, Carlo Lizzani :

(Rome 3 avril 1922) Comme scénariste et jeune critique, il avait lutté pour l’essor du néo-réalisme. Comme réalisateur, il appartint à la génération de 1950, peu favorisée. Le premier, il évoqua la résistance avec un certain recul historique dans  Achtung Banditi , où il donna sa première chance à Lollobrigida et évoqua 1925, non pas ses aspects frivoles mais dans une Florence en lutte contre le fascisme : Chronique des pauvres amants, d’après Pratolini.

[Une liste]

A publié un livre important, « le Cinéma italien » Florence 1953, 1961.

 

 

Toutes les illustrations sont de Šejma.

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