Reboot ? (1)

Publié le par Florian

 

Je m’appelle Pujol. J’ai été policier, puis détective. Je l’étais encore sur le bord du Loing, ce matin de janvier à la con. Un potentiel client bellifontain voulait me rencontrer loin de sa femme et de la foule. Une guinguette de sa connaissance lui paraissait indiquée pour notre rendez-vous potestatif et matutinal. N’aimant pas les rencontres organisées à la va-vite, j’ai chargé Sasha, ma secrétaire, de se renseigner sur ce Paul Bardel. Il existe, habite l’adresse indiquée, marié, négociant, décoré de 1917, je me demande bien pourquoi. En tout cas, ce n’est pas un taxi de la Marne qui m’a déposé à Moret sur Loing. Et il était déjà loin quand se sont brusquement envolés des freux ou des choucas, je n’ai pas bien vu. Mais j’ai parfaitement entendu la détonation à l’origine de leur envol.

Le mauser abandonné près d’un vieux chiffon est certainement l’arme du crime et le cadavre avachi sur une table de la terrasse, mon client. L’absence de chaland à l’entour me l’a suggéré, un coup d’œil sur ses papiers me l’a confirmé.

Le coup de feu a attiré le taulier qui n’avait pas encore ouvert. Il me surprend farfouillant le portefeuille de …

-          Paul Bardel ?! Mais … Qui êtes-vous ?

-          Pujol, détective privé. J’avais un rendez-vous avec monsieur. Vous feriez bien d’appeler la police. Il ne va pas très bien.

-          C’est vous qui avez fait ça ?

-          Je m’en dézingue un chaque semaine, mais celui-ci n’est pas de mon fait.

Visiblement ému, le trentenaire saisit un combiné près du comptoir pendant que je cherchais une piste qui m’aiderait à déterminer le quoi et le pourquoi (le quand et le comment, je le savais déjà). Le monsieur n’a pas eu le temps de m’engager, mais il fallait bien m’occuper avant l’arrivée des condés.

Impossible de trouver quoique ce soit pour commencer. Heureusement, j’avais toujours sur moi une boîte d’allumettes avec l’adresse de chez Paco, là où s’égarent généralement mes pistes.

-          Ils arrivent immédiatement.

-          Vous le connaissiez ?

-          Il vient de temps en temps se rappeler le bon temps. Je parle d’avant la guerre.

-          C’est vous qui avez fait ça ?

-          P… pourquoi dites-vous ça ?

-          Pour vous préparer aux questions des flics, et aussi un peu pour vous emmerder. C’est vous le patron ?

-          Le gérant. Pas bon pour la réclame, n’est-ce pas !

Ce presque patron me faisait un peu de peine.

-          Non, pas tellement.

-          La guinguette va fermer ses volets…

Cette scie.

-          Fermez-la.

-          Vous n’aimez pas Damia ?

-          Ils arrivent.

Ils ont constaté l’affaire, pris nos dépositions, recueilli l’arme et nous ont demandé de nous tenir à leur disposition. J’ai demandé si je pouvais retourner dans mon arrondissement. Tant mieux, ça facilitera la procédure. Je serai convoqué sur place.

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