Tryphon (6)

Publié le par Florian

     Je n’aime pas cette impression de désordre qui suit un spectacle macabre. Le calme qui suit un tel désastre a quelque chose d'assourdissant toujours malsain. Pourtant, la vie reprit son cours, et moi mon enquête.

     Je supposais que ces initiales correspondaient à celle de Paul Bardel. Aussitôt après avoir consulter les papiers d’Arthur, j’ai mis Marcelline au jus, sans lui laisser le temps de se remettre de ses émotions.
     - La police va arriver. Votre maître d’hôtel est allé l’appeler. Qu’est-ce que c’est que cette lettre ?
     Elle y reconnaissait l’écriture de son mari, mais pas la lettre. Je l’ai remise dans ma poche. Elle était un peu perturbée. Les funérailles, ce suicide un peu déplacé, les tâches de sang sur les invités, l’un d’eux malencontreusement décédé. Un notaire prit les choses en mains en demandant à ceux qui n’avaient pas eu la présence d’esprit de s’en aller de respecter la douleur de madame et des enfants.
    
- Vous aussi monsieur.
    
- Mais je suis à son service.
    
- Allons, vous voyez bien que la jeune dame a besoin d’un peu de repos.
    
Je voyais surtout un je ne sais quoi de lubrique briller au fond de ton regard paternel, gros dégoûtant et un je ne sais quoi de proéminent dans la poche de ton pantalon, gros dégueulasse.
    
- Je veux bien mais où aller ? (Je me suis présenté) Elle m’a demandé d’enquêter sur le meurtre de son mari. Elle m’a autorisé à compulser les dossiers du bureau de Paul Bardel. Je pourrais peut-être …
    
- Vous pourriez respecter la peine, la douleur, que dis-je, l’affliction de cette pauvre femme ? Vous reviendrez plus tard.
    
- Laissez-le, Tryphon, interrompit Marcelline.
    
- Merci, Madame. J’aimerais poursuivre notre entretien, mais ce n’est vraisemblablement pas le moment. Si vous voulez bien m’indiquer où se trouve …
    
- Conduisez monsieur Pujol au bureau de Paul, s’il vous plaît dit-elle à l’employé venu lui annoncer l’arrivée de la police.

    
J’étais passablement intrigué par la retour inopiné de ce Mauser. Bien sûr, ce pouvait n’être qu’une coïncidence, mais elle troubla mon investigation. Plus que ce qui arriva à ce pauvre Arthur, plus que ce que la lettre semblait révéler. Évidemment, il me fallait tirer cela au clair, mais sans faire de vague. Tel domaine, tel détective. En règle générale, j’étais pour tout ce qui est privé, excepté la propriété. L’important est de savoir d’où Arthur tient son arme. Mais pour l’heure, j’étais seul dans le bureau de Bardel, autant en profiter.
    
Quelques registres de compte que je gardais pour la fin. Derrière un tableau, un coffre fort. Cette pièce du premier étage donnait sur une petite cour, et au delà du toit de la maison d’en face … Sapristi, tu as des difficultés pour te concentrer mon vieux Pujol. Tu ne sais pas par où commencer. Tu aurais bien besoin que la veuve vienne te donner un coup de pouce. Romarin m’a parlé de registres spéciaux. Ça se range dans les coffres forts. On verra plus tard. Dans un tiroir un agenda. Tiens, au moment où nous étions supposés nous rencontrer, il n’était pas disponible car il avait un rendez-vous avec un certain monsieur Grathau, du service de l’administration des douanes… J’espérais que Marcelline serait bientôt disponible.

 

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