un chardonneret qui sifflote, dans l'eau un bouchon qui flotte

Publié le par Tzvetan Liétard

Films vus entre le 15 et le 20 septembre
(ce qui, convenons-en, fait une paye, ce qui aurait dû avoir l’avantage de donner un peu plus de recul)

 The-Big-Steal.jpg

Ça commence à Vera Cruz a la pêche. J’aime un peu tout dans ce film. Le rythme (ça commence tout de suite), l’humour, (les policiers mexicains sont paradoxalement à la fois efficaces et sympathiques).

les-maries-de-l-an-2.jpg

 Les mariés de l’an deux  est un film extrêmement calibré. Il paraît que c’est la marque de fabrique des comédies de Jean-Paul Rappeneau. La direction de Belmondo m’a impressionné. On le sent bridé, il en ressort une sorte puissance brute. Sami Frey est l’autre performance du film, mais cela est plutôt dû à l’écriture, sa froideur convenant bien à ce personnage d’aristocrate sans pitié. Ce film rappelle donc la Vie de Château mais paraît (autant que je m’en souvienne) plus réussi. Je classerais cette comédie de remariage à côté de Stavisky. Ce n’est pas seulement pour Belmondo, mais c’est parce que dans l’un il rencontre Dewaere et dans l’autre Depardieu.

le-proces.jpg

Ce que je retiens du film Le Procès, il me semble que c’est l’ouverture, la visite des policiers chez K. La folie, le rythmes, tout était travaillé. Pour la suite, ce sont surtout des bribes. J’ai été content de reconnaître Akim Tamiroff (vu dans Ocean’s Eleven et dans la Tulipe Noire). Le décor des bureaux m’a rappelé celui de ceux de the Appartment, sauf que chez Welles, ce n’était pas un trompe l’œil.


Foucault contre lui-même est instructif.

 

the-set-up.jpg

Nous avons gagné ce soir a été limpide. Robert Ryan que je connais assez peu finalement est un acteur que j’affectionne à peu près autant que Sterling Hayden. Sur l’écran noir des nuits blanches, je pourrais imaginer un film dans lequel ils joueraient des frères. Dire qu’ils n’ont jamais joué ensemble.

the-big-sky.jpg

La Captive aux yeux clairs déroulement limpide, des personnages (Kirk Douglas) qui n’en pensent pas moins. Étant professeur de FLE (Français Langue Étrangère), je le placerai à côté d’Across the Wide Missouri, pour le français qu’on y entend. D’ailleurs les deux films se situent à peu près dans les mêmes régions. C’est pour l’anecdote. Pour le film, je me range sans contrainte à l’opinion générale sur Howard Hawks.

room-service.jpg

Panique à l’hôtel aura été un Marx Brothers relativement pénible. En fait, ce n’est pas un film des Marx Brothers, c’est une pièce de boulevard jouée par les Marx Brothers.

 

The Big Steal, Don Siegel, 1949

Les mariés de l’an deux, Jean-Paul Rappeneau, 1972

Le Procès, Orson Welles, 1962

Foucault contre lui-même, François Caillat, 2013

The Set-Up, Robert Wise, 1949

The Big Sky, Howard Hawks, 1952

Room Service, William A. Seitler, 1938

 

Les notices de Georges Sadoul

Aujourd’hui, Orson Welles.

(Kenosha, 6 mai 1915) Il manquerait quelque chose au cinéma s’il n’avait pas existé, cet enfant prodige qui aimait à se grimer en vieillard, cet homme vieilli avant l’âge qui garde quelque chose de son enfance dans son génie et dans son désordre. Cocteau en a donné ce portrait : « Il est une manière de géant au regard enfantin, un paresseux actif, un fou sage, une solitude entourée de monde, un étudiant qui dort en classe, un stratège qui fait semblant d’être ivre quand il veut qu’on lui foute la paix. Il semble avoir employé mieux que personne […] cet air d’épave qu’il affecte parfois, et d’ours ensommeillé. » (1950.) Il apparut comme un météore, à 24 ans, dans un Hollywood ensommeillé, après avoir, par son adaptation radiophonique de « La Guerre des mondes » de H.G. Wells, affolé l’Amérique qui, à la veille de la guerre, crut à une invasion. Il y eut – dit-on – plusieurs morts, mais l’auteur involontaire de cette panique devint célèbre. Il était déjà très connu dans les milieux théâtraux d’avant-garde, comme acteur et comme metteur en scène. La RKO, grande firme d’Hollywood, lui accorda par contrat des pouvoirs absolus sur les films qu’il réalisait : « Voilà le plus beau chemin de fer électrique dont un homme ai jamais pu rêver » dit-il, après être entré dans les studios où il devait réaliser Citizen Kane, prodigieux portrait de l’artiste par lui-même, mais aussi du  milliardaire William Randolf Hearst. Ce magnat de la presse voulut interdire la sortie du film. Cet incident fut utilisé pour la publicité, et le film fut salué comme un chef-d’œuvre – qu’il était –, à New York et dans les grandes villes américaines avant d’échouer lourdement en province. Alors qu’il tournait un semi-documentaire en trois épisodes, il fut rappelé à Hollywood, et fut mis à la porte de la RKO réorganisée. On remonta et on mutila sa  Splendeur des Amberson . Il dut renoncer au cinéma pendant toute la guerre, où il participa activement à des campagnes progressistes. Revenu dans les studios comme réalisateur, il y dirigea son excellente Dame de Shangaï. Après avoir tourné Macbeth à Hollywood, il s’établit pour huit ans en Europe où il réalisa un Othello, et parut se consacrer aux adaptations Shakespeariennes. « Même s’il ne tenait pas toutes ses promesses contenues dans ses premiers films, ceux-ci suffiraient à sa gloire, écrivait alors André Bazin. Tout y aurait été remis en question : le personnage, le récit et la mise en scène. »

Il avait révolutionné la technique du film en reprenant des moyens déjà connus : décors plafonnés, images en clair-obscur, « plans séquence », profondeurs du champ, retours en arrière, etc., mais en les unissant et en les transformant pour leur donner un sens nouveau, et de la radio lui était venue une nouvelle conception de la piste sonore dont le rythme s’alliait à un montage d’images employant les ressources les plus diverses. Il revint aux sujets contemporains et, dans une certaine mesure, au héros de Citizen Kane avec Monsieur Arkadin. Puis, réalisant après quinze ans d’absence un nouveau film aux Etats-Unis, il fit d’un sujet policier banal un poignant soliloque avec  la Soif du Mal. Le désordre de sa vie avait paru, dix années durant, l’ensevelir, l’enliser même. Et puis soudain Lazare souleva la dalle de son tombeau : ce fut le Procès, le premier film qu’il ait, depuis Citizen Kane, terminé et monté lui-même, adaptation de Kafka mais aussi autobiographie. Il n’avait pas gaspillé sa vie et son talent. Il les avait magnifiquement dépensés, lui qui s’était choisi pour épitaphe : « Je ne pense pas qu’on se souvienne un jour de moi. Je trouve aussi vulgaire de travailler pour la postérité que de travailler pour de l’argent. » [Une lsite]


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Commenter cet article