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Lundi 18 juillet 2011 1 18 /07 /Juil /2011 01:55

« C’est sûr que la promotion, ça apporte pas que du bon. »

Le personnage de Jean-Jacques Vanier

dans Les Femmes… ou les enfants d’abord.

 

Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? et Une vie perdue sont des films utiles. Dans le premier, on a du mal à croire que Victor Buono n’y a que 24 ans.

Le deuxième poursuit les recherches de The lost week-end dans l’analyse des méfaits de l’alcoolisme. C’est un bon mélo. Susan Hayward chante. Frank Sinatra est cité comme LA star. La minute finale ne dupe pas.

Soupçons révèlent que Cary Grant peut être inquiétant. Il appelle Joan Fontaine Monkey face. On fait connaissance avec Nigel Bruce.

La cité sans voile poursuit les recherches de The lost week-end dans les possibilités de tournage hors studio, sauf qu’il le fait tout le film. Le narrateur est très agaçant à force de redonder sur les images, fût-ce avec style et apostrophes.

La dame du lac rejoint les recherches de Dark passage  dans l’expérimentation et l’utilisation de la caméra subjective, sauf qu’il le fait pendant tout le film. La musique m’a particulièrement plu. Un chœur sans aucun rapport avec Noêl bien que ce fût la saison. Un de ces chœurs mortuaires qui jure avec l’ambiance du film, mais qui la rend inquiétante. Il faut que je retrouve à quoi il me fait penser. Frank Sinatra est cité comme LA star.

L’emprise du crime est bon. Barbara Stanwyck et Van Hefflin ont peut-être inspiré Angelica Huston et Jack Nicholson dans Prizzi’s Honor.

Le port de l’angoisseest aussi très bon. La rencontre entre Humphrey Bogart et Lauren Bacall est alchimique. On sent qu’ils vont être heureux. Le film semble se focaliser sur leurs rapports, le reste devient anecdotique. En tout cas, j’étais trop occupé à me prendre pour Harry Morgan et à observer cette très jeune femme un peu mal assurée mais extrêmement intelligente, belle et séduisante, avec ce regard. Il l’appelle tout le temps Slim. C’est bien d’inviter Hoagy Carmichael à chanter et jouer du piano dans les films. Lauren Bacall chante. Un film pour apprendre à siffler.

Frankenstein rencontre le loup-garou est un titre qui induit un peu en erreur étant donné que c’est plutôt l’inverse qui se produit. On fait connaissance avec Roy William Neill. Les relations entre Talbot et la créature sont très subtiles. Leurs relations avec la foule l’étaient moins, à cause de la foule. La fin était inévitable.

La splendeur des Ambersons. L’histoire des Ambersons est plus mélancolique que celle des Ivers. On peut s’amuser à comparer ces deux grandes familles. On peut dire qu’une grande tristesse se dégage de ces deux films. Mais il semble impossible d’aller plus loin. Le narrateur est infiniment plus utile et séduisant que celui de the naked city. Dans ce film-ci, les images parlent d’elles-mêmes, rendant presque toujours les commentaires inutiles ; dans celui-là, images et narration se complètent. Le seul film de la semaine dont je préfère le titre français au titre original. Le rôle principal était tenu par Tim Holt, qui partageait l’affiche avec Humphrey Bogart et Walter Huston dans The Treasure of Sierra Madre.

Regarder un vieux film revient parfois à faire de la généalogie, voire de l’archéologie. Par exemple, avec Chercheurs d’or, dans la séquence du campement indien, on retrouve deux motifs de La Grande Traversée. Le premier, c’est le totem qui figure ici Groucho, là Astérix, Obélix et Idéfix. Le deuxième, c’est la circonspection, ici, de Groucho, là, d’Astérix, devant, ici, Harpo et le chef indien, là, devant Idéfix et le danois (le chien des Danois) qui parviennent à se comprendre. Tu me suis ? D’autre part, je n’avais pas vu un film des Marx Brothers depuis que j’ai commencé à regarder M*A*S*H, la série. On n’a pas tellement besoin de l’épisode où Hawkeye imite Groucho (1.6) pour se rendre compte de la filiation entre les deux personnages.

Avec l’empire de la terreur arrive enfin la couleur. Ce film omnibus contient trois performances de Vincent Price, trois tonalités. On fait connaissance avec Basil Rathbone qui a commis une dizaine de Sherlock Holmes avec Roy William Neill et Nigel Bruce. Peter Lorre n’est présent que dans l’épisode central, mais d’une grande présence. Cet épisode, d’après The Black Cat, contient une scène d’œnologie d’anthologie. Le troisième épisode contant le Cas de Valdemar me rappelle une chanson que nous avions écrite et qui m’a été inspirée par la lecture de Dylan Dog dont une histoire se basait sur la nouvelle de Poe, une autre utilisait Somebody super like you. J’ai oublié ce que donnait la chanson, mais je crois qu’elle contenait ces références.

 

À l’origine de cette promenade dans les années 40 américaines, il y avait la volonté de progresser dans l’exploration des films noirs. Puis, j’ai eu envie de rester dans cette période où, recluses, les sœurs Hudson (Blanche et Baby Jane) n’ont joué aucun rôle. Tous ces films m’ont procuré beaucoup de plaisir. Un voyage dans le temps. J’en ferai d’autres. Le premier et le dernier film de la semaine sont là pour rappeler que le temps passe. Le vieux monde n’en finit décidément pas.

 

What ever happened to Baby Jane ?, Robert Aldrich, 1962

Smash Up, the story of a woman, Stuart Heisler, 1947

Suspicion, Alfred Hitchcock, 1941

The Naked City, Jules Dassin, 1948

The Lady in the lake, Robert Montgomery, 1947

The Strange Love of Martha Ivers, Lewis Milestone, 1946

To have and have not, Howard Hawks, 1944

Frankenstein meets the Wolfman, Roy William Neill, 1943

The Magnificent Ambersons, Orson Welles, 1942

Go West, Edward Buzzell, 1940

Tales of terror, Roger Corman, 1962

 

 

J’ai fini de lire le recueil d’article d’André Bazin. Entre autres choses, je crois qu’il a tout dit sur la question de l’adaptation littéraire au fil de ses articles. La première fois que j’ai lu son nom fut à l’université lors d’un cours de Littérature Générale et Comparée dont le thème était le bildungsroman. Spécialiste de littérature et de cinéma, le responsable du cours nous avait montré des adaptations des œuvres au programme. C’était Le Rouge et le Noir (Claude Autant-Lara, 1954), Faux-mouvement (Wim Wenders, 1975) et The Age of Innocence (Martin Scorsese, 1993), tu te souviens ? C’est du premier film que traitait l’article de Bazin, article que j’ai oublié mais que j’ai probablement relu dans ce recueil. J’ai donc compris l’importance pratique de ces textes pour notre professeur.

André Bazin y dit encore beaucoup d’autres choses qui sonnent comme des mises au point utiles sur l’évolution du cinéma et sur la fonction de critique.

Le Cinéma français de la Libération à la Nouvelle Vague, Édition des cahiers du cinéma, 1998, 1ère ed. 1983, Coll. Petite Bibliothèque des Cahiers du cinéma

 

J’ai aussi lu Audiard par Audiard. Malheureusement il n’y avait pas de sommaire dans ce livre hommage assez mal foutu. C’est la marque de fabrique de l’éditeur qui possède un fond énorme, notamment en vidéo, mais qui ne se foule pas trop en ce qui concerne la mise en forme. Ce n’est pas grave.

Il y avait en ouverture un recueil plus ou moins classé de répliques, puis des extraits d’interview, des chroniques, d’autres écrits.

Sur la question de l’adaptation littéraire, il se retrouve avec André Bazin. Beaucoup de considérations intéressantes sur le métier. On retrouve les noises avec la Nouvelle Vague (« plus vague que nouvelle » ha ha !).

Il y a des portraits de collègues, de copains (Gabin, Bébel, Biraud, De Funès, Noiret, etc.)

Il y a trois quatre pages d’extraits de critiques anti-Audiard. Elles étaient globalement si agressives et bêtes qu’on en voit mal l’intérêt, à part celui d’illustrer à quel point l’écrivain était mal aimé des critiques, à quel point les critiques semblaient prendre plaisir à la démolition systématique (Truffaut, cité deux fois, échappe de peu à cette règle). On y voit surtout une volonté un peu démago d’opposer le populo clairvoyant (« le con qui marche ») à l’intello arrogant (et « assis »).

Ce foutoir révèle la complexité du personnage et de son époque. Ses descriptions de l’occupation en disent beaucoup sur la période où il les a publiées (les années 70). Passionnant. Il donne aussi envie de lire La Nuit, le Jour et toutes les autres nuits.

Audiard par Audiard, Édition René Château, 1995 coll. La Mémoire du Cinéma français (C’était la première édition, ils l’ont peut-être améliorée depuis.)

 

 Bon, sur ce, je me casse.
 

 

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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