une nuit que j'étais à me morfondre dans quelque pub anglais du cœur de londres, parcourant l'amour monstre de pauwels, me vint une vision dans l'eau de seltz

Publié le par Tzvetan Liétard

En un peu plus de trois semaines de londoneries, j’ai pu voir quelques films qui ont été utiles à cette exploration. J’aurai ainsi visité le BFI (British Film Institut) et le Prince Charles Cinema (PCC). Les réactions du public ont été aussi intéressantes qu’étonnantes.

 

Pour commencer, on s’est promené à Lavender Hill, mais on n’a pas visité le parc de Blowup près de Greenwich, qui est pourtant accessible.

 

Après une semaine de promenades dans les quartiers de Londres (on n’habitait pas loin de Brick Lane), la vision de BabyLondon était bienvenue. Je ne sais pas comment ce mixage tous azimuts d’archives du XIXème à nos jours (y compris les émeutes d’il y a un an) a été perçu par les anglais, mais cette grosse synthèse m’a permis de contextualiser des informations glanées par ailleurs et d’apprendre pas mal de chose (sur l’histoire sociale, les luttes, le fait que They shall not pass n’est pas une simple traduction de No Pasaràn). L’impression d’avoir vu ce film au bon moment (les jeux olympiques, l’éveil de la découverte, après le visionnage des films du Free Cinema dont on a reconnu pas mal d’extraits –Nice Time, the Vanishing street, Together, notamment) a bien sûr contribué au plaisir de ne pas être tout à fait étranger à cette histoire. On y voit beaucoup de rapports entre Londres et Paris (deux villes qu’il est désormais absurde de considérer comme nationale). La bande-originale, presque exclusivement british (mais aussi jamaïcaine, indienne, etc.) constitue une différence : le rayonnement de sa musique rend Londres familier à n’importe qui né entre 1940 et 1990 en occident. Un coup d’œil dans les longs crédits indique la présence d’un seul Français en la personne de Rachid Taha. La musique d’illustration du générique de fin était Waterlo Sunset. Ils en ont probablement fait un remix multiphonique : c’était impressionnant à entendre au cinéma.

La médiathèque du BFI donne gratuitement accès à beaucoup de documents télévisuels ou cinématographiques. Curieux de voir The Lambeth Boys (sorte de suite de We are the Lambeth Boys) et sachant que je ne le verrai nulle part ailleurs, j’ai naturellement choisi de prendre des nouvelles de ce quartier. Le documentaire de Reisz montrait en 1959 la vie et les espérances de jeunes de Lambeth. En 1985, le documentaire de Rohrer montre dans un premier temps ce qu’ils sont devenus (en écho avec les images du premier) et dans un second temps ce que sont les jeunes d’aujourd’hui (avec le même écho). Ça pète moins que BabyLondon, mais ça résonne plus. On préfère donc ce film qui joue avec les mêmes thèmes (le temps, les changements, Londres) mais qui prends son temps et qui écoute. (on aime quand même bien l’autre qui est rock’n’roll).

C’est marrant, tu m’avais parlé d’Ipcress, danger immédiat, et justement le Prince Charles Cinema l’a montré. Dans ce cinéma, on mange du popcorn (si j’ai bien compris, il arrive même qu’on y mange de la pizza et qu’on y boive de la bière). Le film était bien décalé comme tu avais dit (à cause de cette sorte de réalisme qui l’oppose à James Bond, mais qui n’est pas absolu – la lecture de the Company a donné un drôle d’éclairage à ce film). Le thème de John Barry était hypnotisant. La réalisation rappelait parfois certains dialogue de Double Team (tu te souviens ? avec les plans en contre-plongée pour éviter les contre-champs classiques). On a reconnu des endroits de Londres. La France y est représentée par une marque appréciée de Harry Palmer. Par ailleurs, j’ai appris ce qu’était le cockney et que Michael Caine en était l’un des locuteurs les plus connus. On a relevé une erreur : dans une geôle censée être albanaise, on peut lire une inscription officielle en yougoslave.

D’accord, Moonrise Kingdom n’est pas une production anglaise MAIS on entend beaucoup Benjamin Britten (découvert pour l’occasion) dans ce film qu’on pensait situé en Nouvelle-Angleterre. De façon assez inattendue, on y entend une chanson française que l’on pense avoir eu du succès en Angleterre. De plus, la musique additionnelle était due à Alexandre Desplat. C’était bien. Ici, une interview sur la musique de ce film.

On entend encore John Barry, apparemment à ses débuts, dans The Beat Girl. On retrouve aussi Nigel Green de the Ipcress Files qui, sans sa moustache, a quelque chose de Bernard Menez. Globalement inepte, le film capte une certaine atmosphère. Nous avons eu un peu de peine quand la première réplique de Noëlle Adam, prononcée avec un fort accent français, a déclenché un grand rire de l’assistance. On apprend aussi que Paris est un lupanar et qu’on peut facilement trouver a travailler dans une boîte de strip-tease sur les Champs-Élysées ("do you realize what it means").

 

On est rentré mais on avait envie de rester encore un peu à Londres, et justement les occasions ne manquent pas.

 

Comme le BFI organise depuis un mois une rétrospective Hitchcock (il y a une rencontre avec Tippie – The Birds, Marnie – Heddren, il y en aura une avec Bruce – Family Plot – Dern), on a voulu voir le londonien Frenzy. L'acteur Barry Foster est bien marrant. Effectivement, le Covent Garden d’il y a 40 ans n’est plus celui d’aujourd’hui (mais il est encore proche de celui d’Everyday except Christmas - 1957), le cours de la livre sterling non plus. Je crois que c’est le film le plus explicite que j’ai jamais vu de Hitchcock : étant donné la facture fifties de the torn curtain et de Topaz (ses deux films précédents), on a le sentiment qu’il se défoule et qu’il se marre avec une égale maîtrise. Il y a un archétype du policier londonien. Il y a encore deux références outre-manche : une fuite possible pour travailler dans un pub anglais à Paris, et les "plats" préparés par l’épouse du détective. D’ailleurs l’épouse y est présentée comme un être globalement néfaste pour les nerfs au contraire de la femme libre (célibataire, divorcée, peu importe). Cela provoque une frustration supplémentaire car les victimes ne sont jamais celles que l’on souhaiterait. Quel pervers ce Hitchcock.

 

London, the new Babylon, Julien Temple, 2012 (BFI)

Lambeth, Robert Rohrer, 1984 (BFI – médiathèque)

The Ipcress file, Sidney J. Furie, 1965 (PCC)

Moonrise Kingdom, Wes Anderson, 2012 (PCC)

Beat Girl, Edmond T. Gréville, 1959 (BFI)

Frenzy, Alfred Hitchcock, 1972

 

 

Les notices (bizarres) du dictionnaire des cinéastes de Georges Sadoul :

Cette semaine, Alfred Hitchcock.

(Londres 13 août 1899) « Le maître du suspense », bien sûr, mais il vaut mieux que ce slogan publicitaire. Il adore le cinéma, il sait merveilleusement raconter des histoires. Influencé par l’expressionnisme, il manifesta sa personnalité dans son premier succès, The Lodger. Ses recherches, il les poussa à fond dans Chantage , premier film sonore anglais de valeur, et il arriva au sommet de son art une série de « suspense », fondés surtout sur la poursuite : L’homme qui en savait trop, les 39 Marches, Sabotage, Une femme disparaît. À la veille de la guerre, il partit pour Hollywood où il vécut souvent sur l’acquis de ses films anglais, dont il reprit plus ou moins les procédés ou les thèmes, dans Correspondant 17, ou 5e colonne. L’Ombre d’un doute, le film de la période américaine qu’il préfère, valut ses meilleures réussites par sa juste observation, sa sûreté technique. Il suivit alors le goût hollywoodien pour les mélos psychanalytiques (la maison du docteur Edwardes), et les films noirs (Soupçons, les Enchaînés, la Corde). Après 1950, il pratiqua le sombre drame psychologique (le Faux coupable, Sueurs Froides, la Loi du silence), les films de terreurs (Psychose, les Oiseaux), mais il réussit surtout le film poursuite (la Main au collet, l’Homme qui en savait trop, remake, la Mort aux trousses). La meilleure réussite de cette dernière période fut Mais qui a tué Harry ?, où son humour éclatait dans un merveilleux décor naturel automnal. Hitchcock possède un incontestable sens plastique. Il prépare ses découpages comme personne. Il a su manier à la perfection les travellings, la profondeur du champ, les films « prédessinés » (dessins sur scénario), les longues prises de vue – atteignant 300 mètres dans la Corde par exemple. Il s’est beaucoup amusé à ces expériences sans perdre de vue leurs avantages commerciaux. "Il y a pour un auteur de film un certain nombre d’impératifs qu’il doit respecter, et avec juste raison. Inutile de me prêter des intentions profondes. Je ne suis nullement intéressé par le message ou la morale d’un film. Je suis comme, disons, un peintre qui peint des fleurs. [...] Une production, c’est beaucoup d’argent, l’argent des autres. Et ma conscience me dit qu’il faut mettre une sourdine, pour qu’ils puissent rentrer dans leur argent. [...] Un cinéma, c’est comme un écran devant un tas de fauteuils, qu’il faut remplir. Il me faut « faire du suspense ». Sans cela, les gens seraient désapointés. Si je tournais Cendrillon, ils ne seraient contents que si je mettais un cadavre dans le carosse. Pour certains de mes films, les spectateurs crient et ne peuvent supporter l’angoisse. Cela m’amuse énormément ; je m’intéresse moins aux histoires qu’à la façon de les raconter. » (1954-1962.) Tel est ce diable d’homme dont l’influence se trouva être féconde, parce que plusieurs de ses films en France des « auberges espagnoles », où de jeunes cinéphiles trouvèrent ce qu’ils y apportaient. [une liste jusqu’à le rideau déchiré].

Il a continué à tourner avec parfois une regrettable propension au film d’espionnage, avant de retrouver pour son dernier film toute sa verve savoureuse. [une liste jusqu’à Frenzy].

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Dennis Rodman 28/08/2012 09:40


3 semaines, c'est sans doute une bonne durée pour profiter d'une grande ville sans se presser. Votre séjour avait l'air agréable. J'ai envie d'y retourner. Très.


Pour info : Mortal Kombat a 20 ans, que le temps passe vite. Hier encore, nous étions si petits.

Tzvetan 28/08/2012 12:52



Info notée.


Le séjour était d'autant plus agréable qu'on avait la sensation d'être dans l'oeil du cyclone : de chez nous on pouvait apercevoir le stade des jeux olympiques mais le quartier était très calme.


On a du voir en moyenne un truc et demi par jour et on avait toujours du mal à décoller, donc oui, ce fut un séjour pépère.


Maintenant qu'on y a trouvé des repères, on pourrait presque y habiter.


Tu aurais bien des occasions d'y retourner ? A Camden town et à Clapham il y aurait des pubs et bars qui accueilleraient BW.