vous chantiez alice de lewis caroll sur une bande magnétique un peu folle

Publié le par Tzvetan Liétard

Le Jour se lève (en cinéclub à l'université) m’amène à retirer ce que je suggérai la semaine dernière, Arletty sait arracher les larmes, Quelqu’un a-t-il noté la réplique référence à Hôtel du Nord ? Elle dit comme un écho : « Des souvenirs...des souvenirs...est-ce que j’ai une gueule à faire l’amour avec des souvenirs ? » mais dans une tonalité toute différente et très discrète. Jules Berry m’a paru plus pathétique qu’à la première vision, peut-être parce que j’ai rencontré depuis un personnage lui ressemblant.

Fedora est clairement un film de Billy Wilder même s’il a des allures hitchcockiennes, voire de palmiennes dans le scénario, pas dans la mise en scène. Le vieux William Holden est tel qu’en lui-même (une sorte de Lino Ventura) par contre José Ferrer (le père de Miguel) est méconnaissable. J’ai pensé à Avanti à cause de gags culturels sur les rapports entre grecs et touristes qui m’ont fait rire. Le fait que personne n’ait ri dans cette salle des Balkans m’a fait encore plus rire.

What’s up Tiger Lily se moque des images et les alourdit plus qu’il ne les détourne. C’est moins drôle que le Grand détournement parce que le décalage entre image et dialogue n’était pas aussi ludique, les personnages pas aussi travaillés, les voix pas aussi convainquantes.

Céline & Julie vont en bateau, était, au niveau du montage, plus brut que la Bande des Quatre et Haut Bas Fragile aux quels il m’a fait penser. Je l’aurais peut-être moins aimé s’il ne m’avait donné l’occasion de décuvrir Juliet Bert (au pays des merveilles de Juliet). Me reste à voir La Chinoise et la chanson d’Yves Simon me sera moins mystérieuse.
C’est donc un film sur Alice au Pays des Merveilles et sur le cinéma. Je l’ai regardé distraitement, et pourtant quelque chose s’est passé, un écho.

Comme je fais de la saisie de données sur un écran relativement grand, je regarde parfois des documentaires en même temps.

Par exemple, j’ai regardé Naissance de l’esprit Dada. Le temps écoulé entre le moment décrit et celui de leur évocation par ceux qui l’ont vécu est plus long (60 ans) que celui qui nous sépare de cette évocation (quarante ans). Attends, gn gn gn : oui, ça fait cent ans, Dada. 

Le documentaire Coluche, un clown ennemi d’Etat, m’a appris le rôle de Romain Goupil dans cette campagne. Ce sont ceux personnalité que je n'imaginais pas ensemble. Je n’ai pas aimé la mise ne scène du documentaire, le sujet m’intéressait suffisamment pour ne pas avoir besoin qu’on sollicite mon attention de façon aussi ridicule et, mettons, anglosaxone.

 

Le Jour se lève, Marcel Carné, 1939

Fedora, Billy Wilder, 1978

What’s up Tiger Lily, Woody Allen & Senkichi Taniguchi, 1966

Céline & Julie vont en bateau, Jacques Rivette, 1973

Naissance de l’esprit Dada, Philippe Collin & Hubert Knapp, 1971 

Coluche, un clown ennemi d’Etat, Jean-Louis Perez, 2011

 

J’ai aussi écouté les passionnants entretiens avec René Château. Ça m’a donné envie de voir du Bébel qui tache. C’était dans À voix nue sur France Culture.

Le premier numéro est ici, on suivra pour les autres.


Les notices discutables de Georges Sadoul.

Cette semaine, Marcel Carné :

(Paris 18 août 1909) Un maître du réalisme poétique qui, débutant à trente ans avec Jenny, exerça une énorme influence internationale. Exigeant, soigneux, convaincu, souvent grand. Lorsque, fin 1940, les moralistes de Vichy accusèrent Quai des brumes d’être coupable de la défaite (en même temps que Gide, Sartre, etc.), il répondit que l’idéal de l’artiste est de devenir baromètre de son époque sans qu’on puisse le rendre responsable des tempêtes prévues par lui. Dans les films qu’il avait réalisés précédemment sur scénario de Jacques Prévert (Quai des brumes,  Le jour se lève ), il avait métaphoriquement exprimé l’angoisse devant la montée des périls. Après les Visiteurs du soir, fable médiévale, les deux hommes atteignirent le sommet de leur art avec les Enfants du paradis. Comme jeune journaliste, il avait posé la question : « Quand le cinéma descendra-t-il dans la rue ? », et y avait répondu pour sa part qu’il ne voyait pas « sans irritation le cinéma actuel se confiner en vase clos, fuir la vie pour se complaire dans le décor et l’artifice ». Il demandait qu’on se penchât comme le romancier Dabit sur certains quartier de Paris. « Populisme, direz-vous ?Le mot, pas plus que la chose, ne nous effraie. Décrire la vie simple des petites gens, rendre l’atmosphère laborieuse qui est la leur, cela ne vaut-il pas mieux que de reconstituer l’ambiance surchauffée des dancings ? » (1932.) Comme réalisateur il suivit un peu le chemin de ses maîtres du Kammerspiel, Sternberg, Lupu-Pick, Murnau, et, de Jacques Feyder. Dans tous ses films d’avant 1948, de Jenny au Portes de la nuit, on retrouve plusieurs constantes : l’amour impossible, son éternité qui seule apporte le bonheur, mais qui ne peut pas longtemps se prolonger ; les salauds ont toujours le dessus. Son univers, comme celui de Prévert, est un théâtre où s’affrontent le Bien et le Mal. Ses héros, souvent incarnés par Gabin, sont de braves gens dont la société a fait des criminels, mais non des bandits professionnels, peints par lui comme des canailles. Ils rêvent d’ailleurs où l’amour sera possible et éternel, se heurtant au destin souvent symbolisé par un des protagonistes, mais aussi par le décor lui-même. Cette fatalité est en définitive une expression de l’ordre social. Sa conception dramatique ne fut pas immuable. Elle évolua pendant la guerre, où le diable des Visiteurs du soir se trouva impuissant devant le cœur battant des amants enlacés… Après l’échec immérité des Portes de la nuit, le réalisateur cessa de collaborer avec Prévert, qui allait abandonner le cinéma. Certaines anciennes constantes n’en subsistèrent pas moins dans La Marie du Port, Juliette, l’Air de Paris, les Tricheurs. Si elles touchèrent moins profondément le public, ce fut sans doute parce qu’elles avaient trop profondément répondu à l’avant-guerre pour convenir aussi bien à l’après-guerre.
Fils d’un ébéniste, d’abord journaliste et critique.

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