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Lundi 20 septembre 2010 1 20 /09 /Sep /2010 12:44

Pour une fois, j’ai essayé de me tenir à un petit cycle, avec quatre films d’une même période (1977-1981), d’une même région (Europe : Allemagne, Hongrie, France, Yougoslavie, Pologne) et traitant le même sujets (les années nazies), précédé par un film légèrement décalé en tout point (1991, Danemark-Pologne, post-nazisme immédiat), mais pas très éloigné.

 

Pourquoi Europa a-t-il l’air aussi prétentieux et vide ? Il possède toute la matière et l’intelligence nécessaire à faire un bon film, et on pourrait longtemps gloser sur sa signification, mais il me semble manquer de sincérité. D’autre part, si je n’ai pas de problème avec l’hypothèse d’une malédiction qui pèse sur l’Europe et l’idée que tout le monde y soit coupable, je me demande pourquoi lui opposer l’innocence de l’Amérique ? Bon point, la présence d’Eddie Constantine, l’Américain qui chante en français et qui joue dans les Lemmy Caution. J’aimerais bien en voir un normal avant de regarder Alphaville.

Mephisto est un film hongrois germanophone, mais on dirait un film américain en allemand. C’est l’adaptation d’un roman de Klaus Mann.

Portrait de groupe avec dame est l’adaptation d’un roman d’Heinrich Böll. Même si je ne me souviens pas de la voix de Rüdiger Vogler dans OSS117, Rio ne répond plus, c’est une bonne idée de le faire doubler par Jacques Balutin qui lui ressemble un peu. Aleksandar Petrović s’y cite au moins une fois avec un clin d’œil à Dani. (l’amoureux qui lâche le volant de joie, lancé sur une piste vide, en compagnie de son amoureuse tout aussi heureuse). Un film qui donne envie de lire Georg Trakl.

Le Tambour est de la semaine le film qui approfondi le plus le sujet. C’est l’adaptation d’un roman de Günther Grass.

Lili Marleen est le premier film de Fassbinder que je vois. Je craignais quelque chose d’austère et d'ennuyeux mais c’est un vrai mélo sur le même fond que les films précédents. J’y ai appris l’histoire de la chanson et l’importance de Radio Belgrade dans sa diffusion. Juste avant la rencontre entre l’interprète (fictive mais inspirée de la vraie) et le compositeur, ce dernier joue swinguant Bei Mir Bist Du Schön  Adaptation libre d’un livre de souvenir de Lale Anderson, la véritable créatrice de la chanson.

L’un des personnages de Stalag 17 fait de superbes imitations d’acteurs célèbre des années 30. Je n’aurais pas reconnu Cary Grant, mais Clarke Gable est drôle et James Cagney est excellemment caricaturé, ya know whadamean ?

Le Dictateur, Quel chef-d’œuvre ! Ça n’a pas pris une ride ! Et ça reste tellement d’actualité !! Blaise à part, le petit dictateur nerveux et complexé rappelle bien des caricatures actuelles. On aimerait bien entendre plus souvent le discours final qui reste malgré tout subversif. On peut faire un parallèle entre la diffusion de ce discours et celle de Lili Marlene.

Ça fait bizarre de voir des acteurs connus dans Atomik Circus. C’est bien. Un film réaliste sur les dimensions parallèles parce qu’on n’y comprend rien.

Maintenant, je comprends que l’interprétation de Mickey Rooney dans Diamant sur canapé ait pu heurter (moi-même …). Je crois que ce sont les fausses dents. Un film très plaisir des yeux et des oreilles, très beau donc, malgré Paul « You belong to me because I love you » Varjak. Mais ce n’est pas la faute de George Peppard.

 

Europa, Lars von Trier, 1991

Mephisto, Szàbo Istvan, 1981

Portrait de groupe avec dame, Aleksandar Petrović, 1977

Die Blechtrommel, Volker Schlöndorff, 1979

Lili Marleen, Rainer Werner Fassbinder, 1981

Stalag 17, Billy Wilder, 1952

The Great Dictator, Charles Chaplin, 1940

Atomik Circus, Didier & Thierry Poiraud, 2004

Breakfast at Tiffany’s, Blake Edwards, 1961

 

Les quatre films du mini-cycle ont quelques points communs.

On retrouve plus ou moins en arrière plan de chaque film la même trajectoire (arrivée des nazis au pouvoir, introduction de Heil Hitler dans le langage, liesse des premières victoires, crainte des premiers échecs, le front de l’est, arrivée des russes) du point de vue du quidam allemand d’alors. C’est ce que j’étais venu chercher : des représentations d’une certaine complexité des points de vue. Mais ces films mettent en avant des personnages qui veulent échapper à l’Histoire, qui attendent simplement que la guerre se passe, même si elle les affecte, parfois violemment.

Dans Mephisto et Lili Marleen, on voit des artistes dégagés qui se soucient de leur carrière, sans penser à mal, et ne veulent pas s’engager dans la lutte contre « un gouvernement qui en vaut un autre », disait Heindrick, l’acteur interprété par Klaus Maria Brandauer dans Mephisto. On pourrait voir aussi dans le personnage d’Oskar, l’enfant qui décide de ne plus grandir dans le Tambour, un refus de prendre part au monde des adultes. Mais ici, c’est un choix d’enfant et non d’adulte infantilisé, choix qui s’avèrera d’ailleurs intenable. Il offre la distance nécessaire à l’observation de ce qui se passe et lui permet de continuer à aimer sa maman, sa grand-mère et ses papas, le nazi et le Polonais. La position de tous ces personnages en quête de bonheur et de succès, leur permet d’échapper pour un temps à la réalité. Entendre Willie chanter Lili Marleen dans le film de Fassbinder et jouir de son succès, alors que la guerre bat son plein sur tous les fronts, provoque un malaise, auquel on s’habitue bien facilement. Le mélodrame prend le pas sur le drame. Je ne peux pas m’empêcher d’y voir l’annonce des années 80, l’avènement de l’individualisme et le rejet des idéologies.

Il faut aussi mentionner dans Portrait de groupe avec Dame, comme dans les trois autres films, l’amour non exclusif que Leni (Romy Schneider), Agnès (Angela Winkler) et Willie (Hanna Schygulla) portent aux hommes qu’elles aiment et celui que Heindrick porte aux femmes qu’il aime sans distinction aucune, jusqu’à ce que la mort...

Sans nier la violence, la folie et, parfois le ridicule, certains personnages qui ont choisi la nazisme restent des individus sympathiques qui ont agi ainsi par conformisme (Galabru chez Petrović) ou par passion (Alfred dans le Tambour). On y trouve du populisme, des foules excités contre un ennemi imaginaire ou inoffensif, par une peur et une haine absurde et infondée (1) comme le montre Le Tambour avec « la première bataille de la seconde guerre mondiale » entre Allemands et Polonais de Dantzig.

Cette bataille est illustrée par une mélodie au piano qui vient rappeler que l’Allemagne, avant d’être celle d’Hitler, a donné Beethoven, comme le souligne finement le Tambour dans lequel le portrait du chancelier n’a pris que provisoirement la place de celle du compositeur. C’est le pays de Beethoven et du Cabaret, la musique en général et le piano en particulier sont heureusement très présents.

J’aimerais bien lire les auteurs adaptés.

 

(1) Certaines analogies exagérées sont un peu légitimes. Sans entrer dans les « détails de l’Histoire », on comprend l’une des motivations de ce petit cycle.

Par Florian - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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