Episode 21 : une singulière perquisition
Résumé : Pujol, Romarin et Klaus Kinski enquêtent sur la disparition de Claude-Joseph Gignoux. Sur les conseils de leur indicateur (voir chapitre précédents), les détectives vont visiter le 15 de la rue de la Monnaie.
La nuit est tombée sur Paris. Il est plus de minuit. Robert Leblanc marche seul dans les rues du XXXème arrondissement. Malgré l’effervescence de l’exposition universelle qui venait de commencer, la nuit était plutôt calme. Il avait le cœur à siffler et sifflotait la petite tonkinoise, une scie alors à la mode. Au coin de la rue XXX il décida de tourner à droite, dans la rue de la Monnaie où il croisa le veilleur de nuit.
- Bonsoir Le Chat... lança Robert à son interlocuteur plutôt aviné.
- ‘M’appelle pas Le sat, hiceuh le chat moi, le blaze à mézigue, c’est Ernest, mon p’tit Robert.
- Je ne suis pas petit dit-il sèchement, et tu ne t’appelles pas Lechat, c’est entendu, mon vieux. N’empêche que cette noy, t’es rien rétamé. T’as pas pris qu’un coup de schnick. Allez, j’te ramène te pager, ajouta-t-il avec un peu plus de chaleur, mais t’avise pas de te vider le burelingue, ou j’te laisse en plan.
Ernest et Robert s’en allèrent et lorsqu’ils atteignirent le coin de la rue, ils tournèrent à droite. C’est le moment qu’attendirent nos amis pour sortir de l’ombre. Klaus Kinski, ne put s’empêcher de soupirer. « Et voilà le petit blanc-sec qui ramène l’Ernest chez lui. » Romarin ajouta, non sans malice, « Ernest Le Chat, mon vieux Klaus. Ce Robert manie le syllogisme à la perfection !
- Que veux-tu dire ? demanda Klaus.
- La nuit tous les chats sont gris. Or, Ernest était gris. Donc...
- Donc Ernest est un chat, coupa Pujol. Si on procédait à notre perquisition. »
Avec le double des clefs que Romarin a pu se procurer (cf. chapitres précédents) Pujol réussit à ouvrir la porte du palier. Elle donna sur un couloir avec des boîtes aux lettres sur la droite, la porte du concierge sur la gauche et au fond, un escalier qui montait vers le haut. (Sic) Klaus Kinski inspecta les noms sur les boîtes aux lettres. Il n’espérait pas trouver celui des suspects mais celui donné par la concierge dans l’après-midi (voir chapitres précédents).
Georges Utrillo était le seul locataire de l’immeuble qui n’avait pas de famille et dont les moyens lui permettaient de ne pas travailler. De plus, la concierge devait avouer qu’elle l’a rarement vu. Il lui avait fait une bonne impression au moment où il est arrivé, propre sur lui, mais dame, comme il cocottait. Ou bien il en est, se dit Klaus Kinski, ou il est méchamment lépreux. Ce n'est pas naturel de cocotter au point d’étourdir une vieille comme celle-là.
Ce Georges vivait au deuxième étage avec vue sur la cour, et il ne devrait pas rentrer avant le lendemain matin selon les informations de Romarin, ce qui devrait leur laisser le temps d’accomplir leur petite visite.
En silence, les trois hommes prirent chacun leur poste. Pendant que Klaus montait la garde à l’entrée, Pujol et Romarin grimpèrent les escaliers en se faisant les plus discrets possibles. Pujol ouvrit la marche. Il jugeait que marcher sur des œufs sans les casser était une chose absurde. Pourtant, il s’imaginait quelle sensation, quelle concentration cela pouvait impliquer. Alors, tout en sachant pertinemment que c’était une chose difficile pour ne pas dire impossible, il se mit à considérer les marches de cet escalier comme autant d’alvéoles remplies d’œufs. De toute façon, un escalier n’a pas la fragilité des œufs. Mais il pensait qu’en faisant de tels efforts, il limiterait le bruit des grincements éventuels. Et de cette façon, il se sentirait si léger, et bien plus discret.
- Que fais-tu ? lui demanda Romarin à voix basse, intrigué par sa démarche.
- Tu vois, lui répondit aussi à voix basse Pujol, je pense que marcher sur des œufs sans les casser est une chose absurde. Pourtant, j’imagine quelle sensation, quelle concentration cela peut impliquer. Alors, tout en sachant pertinemment que c’est une chose difficile pour ne pas dire impossible, je considère les marches de cet escalier comme autant d’alvéoles remplies d’œufs. De toute façon, un escalier n’a pas la fragilité des œufs. Mais je crois qu’en faisant de tels efforts, je peux limiter le bruit des grincements éventuels. Et de cette façon, je me sens plus léger et donc plus discret.
Ils gravirent donc les escaliers en marchant sur des œufs. Devant la porte, au bout du couloir, Romarin regardait Pujol l’ouvrir avec les clefs qu’il lui avait fournies.
- Il y a quelque chose qui bloque, dit Pujol.
- Tu es sûr ? Tu l’as mise dans le bon sens ?
- J’ai essayé les deux, mais ça ne marche pas.
- Montre-moi.
- Alors, tu vois ?
Romarin rendit les clefs à Pujol qui fit une nouvelle tentative. Il repensait à l’homme qui lui avait garanti la qualité du matériel.
- Ce n’est peut-être pas la bonne porte.
- Si, si, c’est celle-ci, tu vois. Avec la lampe, Pujol éclaira le nom d’Utrillo.
- Mais s’il y en avait une autre. Passe-moi la lampe, je vais voir.
Pendant ce temps, Pujol s’acharna sur la serrure avec la clef. Il la poussa plus fort en soulevant légèrement la porte et entendit le clic qui déclencha du même coup un soupir de soulagement.
- Tu as réussi ? demanda Romarin en revenant.
- Oui, il suffisait de pousser plus fort en soulevant légèrement la porte comme ça, tu vois ? Attends, je la referme et tu vas pouvoir essayer.
- Ah oui, effectivement, ça n’est pas si compliqué, dit Romarin en rouvrant la porte, mais il faut trouver l’astuce. Tu es astucieux, Pujol.
Une fois à l’intérieur, les deux détectives durent se rendre à l’évidence : ils ne trouveraient pas aussi facilement ce qu’ils cherchaient. Après avoir visité l’appartement, une chambre un salon, une salle des commodités, ils pénétrèrent discrètement dans la cuisine qui jouxtait le couloir de l’entrée et s’assirent sur deux des trois chaises qui entouraient la table.
- Récapitulons, commença Pujol, la chambre comprend trois meubles dont un lit, une table de chevet et une armoire. Le salon comprend deux fauteuils, un canapé une table Louis-Philippe, un buffet avec un miroir dessus et en face une bibliothèque, plus quelques lampes et autres colifichets.
- Et une toile impressionniste !
- Mais rien de notable, à l’exception du fait...
- ...qu’on se demande bien comment il aère son salon. Pas la moindre fenêtre.
- Exactement, j’aimerais vérifier quelque chose. Suis-moi Romarin !
Ils quittèrent la cuisine qui avait une porte qui donnait sur le salon. La pièce, sans être impeccablement rangée dénotait un certain raffinement de la part du célibataire qui, bien qu’ayant manifestement trouvé certains de ces meubles « chez ma tante », a pourtant arrangé le tout avec goût. Le parquet était ciré, le miroir lustré, et le tapis purgé de tout grain de poussière pour le moins inopportun lorsqu’on accueille une aristocrate ou bien la femme d’un magistrat.
Les deux côtés du mur qui séparait la chambre et le salon et qui, par conséquent était perpendiculaire au mur de la façade (elle même parallèle au couloir et à la porte d’entrée de l’appartement), se trouvaient organisés de la façon suivante. Du côté de la chambre, l’armoire était adossée à la cloison, bien enfoncée dans le coin. De l’autre coté, le long buffet était, quant à lui, accolé au mur de la façade mais jouxtait néanmoins la séparation.
- À présent, Romarin, j’aimerais que examine la longueur de la portion découverte de chaque côté de cette cloison.
Romarin s’exécuta. Entre l’armoire et le l’autre extrémité, il compta seize pas. Entre le buffet et l’autre extrémité il en compta quinze.
- Il y a quelque chose qui ne va pas ! s’exclama-t-il. La largeur du buffet n’est pas aussi importante que la longueur de l’armoire !
Il frappa au mur de la façade qui se mit à résonner et suivi Pujol qui retournait déjà dans la chambre. Il le vit tenter d’ouvrir la porte de gauche de l’armoire sans difficulté, hélas puisqu’elle ne cachait rien d’autre qu’une penderie. Ils tentèrent ensuite de la déplacer sans succès. En examinant le fond de l’armoire, Romarin remarqua une vis plus claire que les autres. Après l’avoir dévissée, il parvint à faire coulisser le fond de l’armoire qui laissait apparaître un couloir éclairé par la lune dont les rayons traversaient les carreaux des fenêtres. Au fond de ce couloir bleui par la nuit ils aperçurent une trappe.
(à suivre)
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