Plus de rhum dans la cazabière

Publié le par Un satyre, deux graves ennuis

Épisodes précédents : On les a perdus, mais on finira bien par les retrouver. Ici, Romarin garde à vue Robert Leblanc et Ernest, dit Le Chat, qu’il traquait avec Kinski depuis le début de la nuit. Ils sont dans une mansarde.

 

- Plus de rhum dans la cazabière. Va falloir s’en procurer fissa, manu militari. Sinon, j’aurais des doutes quant aux chances de sociabilité d’Ernest.

Leblanc s’exprimait en ses termes. Il n’espérait pas vraiment convaincre Romarin.

- Et puis, rangez votre arme. Je ne partirais pas sans lui, dit-il désignant le Chat. Et il n’est pas transportable.

Les doigts ankylosés, Romarin était soulagé de cette invitation, le pistolet le gênant plus qu’autre chose.

- Bien, dit-il en rengainant.

Il pensait à Klaus Kinski, parti chercher Pujol, il y a un peu plus d’une heure.

 Ernest faisait pitié à voir. Sa blessure, finalement minime, n’était rien en comparaison de l’état d’anxiété dans le quel le plongeait sa soif. Inquiet lui-même, Leblanc ne pouvait contenir efficacement la fébrilité de son ami. Tour à tour plaintif "Robert, j’t’en prie“ ou agressif "Donne-moi à boire, salaud“, Ernest s’en prenait aussi à Romarin.

- Tu cherchais quoi ici ? Tu nous a trouvé, mais en reniflant de ton nez de fouine, tu sais pas ce que c’est ce que les conséquences de tout ça. Tu t’exposes à pas mal d’ennuis, et tes potes aussi en les mêlant à tout ça.

- Tais-toi, calme-toi

- Dans ton cul, Robert. J’me tairai quand j’s’rai clamsé... Ou quand quelqu’un m’fil’ra à boire. Et ce fouille-merde, qu’y s’avise pas de nous faire tomber. Y sait pas, j’te dis, y sait pas.

Romarin ne se laissait pas impressionner. Le retard de Kinski et Pujol le préoccupait davantage.

- Là, là, non, il ne sait pas, lui dit Robert en prenant dans ses bras Ernest qui pleurait. Tiens, prends ceci.

- Qu’est-ce que vous lui donnez ? Romarin tentait de garder le contrôle de la situation.

- Quelque chose contre la douleur, une tablette d’opium. Quoi, vous allez aussi nous arrêter pour ça ? Ce n’est pas une infraction bien grande à côté de ce que vous avez découvert.

- Ça va, ça va.

- De toute façon, il s’est endormi.

- Bien.

Le tout suivi d’un silence profond. Ce fut Romarin qui le rompit, après avoir rallumé la bougie.

- J’ai rencontré quelques alcooliques avant. J’en ai même vu atteints de délirium. Mais pas autant que votre ami...

- Ce sont les conséquences d’un "séjour prolongé“ en Guyane. Il y a contracté la malaria et le goût du rhum. C’est un bon gars dans le fond. Un peu perturbé... J’aimerais dormir moi aussi.

Ce disant, il se déchaussa et s’étendit sur le lit, de l’autre côté de la mansarde, laissant Ernest affalé sur le sofa.

- Je ne vous souhaite pas bonne nuit, dit-il en ôtant son chapeau.

Romarin regardait nerveusement par la fenêtre. De la mansarde, il ne pouvait pas voir la rue, mais il s’inquiétait de l’arrivée de Pujol et Kinski.


Aux premiers rayons du soleil, aux premiers bruits de l’agitation citadine, il éteignit la bougie. Au même instant, il sentit un léger fluide l’effleurer. Il regarda dans la direction de ses prisonniers, qui semblaient tout à fait calmes. Ernest surtout. L’opium était pour le moins efficace. Un panique diffuse commençait à sourdre en Romarin. Les oreilles bourdonnantes, notre ami regarda avec horreur l’autre prisonnier quand il entendit du bruit dans l’escalier.

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Publié dans Feuilleton

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U
Oh oh ! Deux nouveautés d'un coup, un titre et le retour de nos héros ! Hé hé !
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