le marécage
Choe-kun, Jeong-Kun, Jae-Ho, Mong-Chan et le cerf sont étudiants (sauf le cerf, parce que c'est un cerf) et partagent un deux pièces (même le cerf bien que ce soit un cerf).
Ces personnages sont apparus dans L'amour est une protéïne, une histoire qui ouvre l'album L'amour est une protéïne. Il faut la lire. Elle est du même auteur. Il s'appelle Choi Kyu-Sok. Avec un nom comme ça, il est sûrement Coréen. Gagné. C'est édité par Casterman. Mais ils n'ont pas un nom à publier des manwhas, alors, l'éditeur l'a mis dans une collection qui s'appelle HANGUK (il semble que ça veut dire Pays des Hans en coréen - hangul - et que c'est ainsi que les sud-coréens appellent la Corée du Sud).
Le marécage est un recueil d'anecdotes, de reflexions, d'onirisme, de frustrations, de jolies filles aussi, sur un ton souvent sur le fil entre, mettons, l'humour, parce que c'est franchement la poilade, et disons, noir, parce que c'est assez désespéré (encore une fois, "désespoir n'est pas cynisme", à part le cerf, qui est la synthèse du cynisme, mais c'est agréable de voir cette incarnation de cynisme traitée ainsi, hé, on est assez désepéré comme ça le cerf, vient pas empirer les choses avec ton cynisme même pas utile !).
Presque toutes les histoires font quatre pages. Il y a 56 histoires. C'est donc un gros livre. Le rythme est celui d'un recueil de strips. Comme dans les strips, le dessin est désinvolte. Désinvolte est un mot très pratique pour dire que derrière l'apparente facilité du trait se cache sans doute une technique certaine que nous, lecteurs qui ne se doutons de rien, pouvons à peine soupçonner*. Désinvolte, je m'en sers aussi quand je parle d'une expérience forte de lecture. Désinvolte, c'est le contraire de laborieux, c'est le pendant positif de bâclé.
Pouf-pouf, je reprends...
Choe-kun, Jeong-Kun, Jae-Ho, Mong-Chan et le cerf sont des personnages de bandes-dessinée. Le rythme impose que les traits, le caractère de chacun d'entre eux soient identifiables en quelques pages, de manière à comprendre leurs réactions à différentes situations. Et bien, pourtant, on a du mal à les cerner. Donc, il ne faut pas lire le premier rabat de couverture, celui qui les présente. Le marécage, ce n'est pas les Peanuts (quand on veut se la péter, il faut dire les Peanuts, quand on est normal, on peut dire Snoopy), ce serait plus proche de Mafalda, où les névroses des personnages se disputent l'aliénation des personnages avec la réalité. Dans Mafalda, les personnages sont des enfants qui, malgré leur ouverture et leur sensibilité à ce qui se passe dans le monde, restent protégés dans leurs cocons familiaux (aussi précaires fussent-ils). Dans le Marécage, on respire moins. Mais on respire quand même... déjà parce qu'on est pas des allégories de comic-strip, et aussi parce que vous allez voir si vous le lisez.
Oui mais, oui mais...
Déception pour les couleurs. Il y a du travail bien souvent, mais on sent qu'elles ont été superposées par ordinateur sur un travail noir et blanc ce qui ne serait pas si laid s'il n'y avait pas aussi les trames au crayon à papier ou au fusain ou je ne sais quoi, bref quelque chose sur quoi on ne met pas d'aplats, bordel. Cependant, et malgré tout, beaucoup d'histoires où les couleurs sont quand même bien faites étant donnés les défis imposés par l'éditeur au coloriste. Oui, je refuse de croire que c'est à cause de Choi Kyu-sok. Pour plein de raisons, la principale étant le fait probable que ces histoires furent publiées à l'origine en noirs et blanc. Donc encore un cas où il aurait été possible de faire un livre moins cher et (peut-être) plus chouette encore.
Dans L'amour est une protéïne, on ne voit ces personnages que dans une histoire (mais quelle histoire !). Les autres nouvelles ont le même ton, sont plus longues (et donc moins nombreuses) aussi dramatiquement décalées et drôlement chouettes.
* Il y a plein de raisons pour au moins essayer d'éviter des mots comme sympa, déjanté, jubilatoire, jouissif, etc. quand on parle de quelque chose qui nous plaît. Il y a plein de raisons pour essayer de dire plus que "waaa c'est beau" ou "bouh, c'est pas beau" quand on veut parler de quelque chose (que ça plaise ou pas). L'une d'entre elle c'est que ça peut faire plaisir à Larcenet, et moi j'ai envie de lui faire plaisir.