もしもし

Publié le par Tzvetan Liétard

Ernest Borgnine

Depuis le début de cette petite entreprise, j’ai vu trois films avec Ernest Borgnine : Vera Cruz (Aldrich, 1954), Johnny Guitar* (Ray, 1954), Chuka (Douglas, 1967). Ses rôles y étaient certes archétypaux, mais j’avais toujours eu du plaisir à le reconnaître. Quand on avait regardé La horde sauvage, il y a dix ans, c’était le seul acteur dont j’avais retenu le nom, parce qu’il avait une gueule. J’ai depuis appris à identifer William Holden, Robert Ryan et Warren Oates, mais c'est Ernest Borgnine que je préférais.

 

François Truffaut*

 Je me souviendrai de cette semaine comme celle du visionnement de la saga Doinel dont je n'avais rien vu mais dont j'avais beaucoup entendu causer. Je profite de l'acalmie alcaline de cette semaine pour conclure deux autres cycles (Free Cinema & Deleuze). Les films de Truffaut et ceux du Free Cinema ont en commun une volonté documentaire. On montre les personnages au travail, faire des gestes non-dramatiques.

 

Je parle de Free Cinema parce qu'évidemment, les Mistons, contemporains de ce mouvement y fait penser (chanson, décor – de Nîmes, gamins cruels) mais avec évidemment quelque chose de spécifique. L'autre chose troublante est que ce film d'un critique, plutôt virulent dans ses polémiques, ne sent ni la diatribe, ni le manifeste. Ça commence bien. Le sud, la jeunesse, l'érotisme incompris des enfants, tout cela rappelle certains albums de Max Cabanes.

Les 400 coups, c'est mon premier Doinel, mais pas mon premier Truffaut. Pour autobiographique qu'il soit, je comprends qu'il soit considéré comme son meilleur film : il est à la fois ludique et grave, authentique, personnel et universel. Je me demande quel effet a pu faire à sa sortie un film à la fois si peu ennuyeux et, probablement alors, si déconcertant. On l'aura peut-être considéré comme une sorte de synthèse de, mettons, Rosselini et d'un cinéma grand public. La musique était belle. Comme nous savions qu'elle était de Jean Constantin, nous n'étions pas surpris d'entendre monsieur Doinel en fredonner une chanson ("où sont passés les ciseaux" - au lieu des "pantoufles"). Claire Maurier n'a pas changé de physionomie entre les 400 coups et un air de famille. Il a été dédié à André Bazin. Ce film aura constitué la première évocation de Jean Vigo, rapport à 0 de conduite.

La deuxième fut fournit par l'entretien d'Alain Tanner dans Small is Beautiful : il expliquait, à propos de Nice Time, un court film sur Picadilly Circus, que lui et Claude Goretta se sont inspirés du travail de Vigo sur À propos de Nice. Globalement, le documentaire a montré certains extraits que j'ai eu plaisir à revoir mais a aussi révélé que j'aurais besoin de revoir d'autres films. Il a permis de montrer l'omniprésence du technicien John Fletcher, sans lequel... Tanner a dit quelque chose comme « nous avions le matériel d'un amateur, mais avec d'autres idées que de filmer un bébé sur la plage. » En effet, Small is Beautiful met l'accent sur ce qui peut jaillir de la contrainte matérielle et budgétaire. S'il fallait mettre un écran télé dans un café (ce dont je suis a priori contre) je diffuserais ces films plutôt que Fashion TV.

Dans le cadre de la saga Doinel, sur laquelle je me renseigne superficiellement depuis un moment, j'ai visionné grâce à un site de partage de vidéo Antoine et Colette extrait de l'Amour à vingt ans. René y a confirmé un doute. La partie documentaire porte sur la compagnie Phillips. On y entend Béart, Brassens, Sylvestre. Il me semble avoir déjà vu la chute de ce film quelque part. Marie-France Pisier y fait penser à un Jean-Pierre Léaud féminin.

En réfléchissant à la question « Qu'est-ce que l'acte de création ? » avec des étudiants en cinéma, Deleuze aborde beaucoup de thèmes. Il distingue l'art de la communication et de l'information, mais le rapproche de l'acte de résistance. Il parle du passage d'une société décrite par Foucault, disciplinaire basée sur l'enfermement (prisons, écoles, hôpitaux, atelier) à une société de contrôle avec formation continue et utilisation du minitel (on a souri ici, mais on a compris l'idée somme toute visionnaire).

En préparant une compilation des notes sur l'abécédaire, je me suis aperçu que je n'avais pas traité le thème de la (R comme) Résistance, ce qui m'a amené à revoir ce passage. Justement, la question de Claire Parnet faisait directement référence à la conférence vue précédemment. Le rôle de l'artiste est de libérer la vie que l'Homme a emprisonnée. La motivation d'un artiste serait, selon Primo Levi une réaction à la honte d'être un Homme à cause de ce que des hommes sont capable de faire, que ce soit les Camps d'extermination ou des choses beaucoup moins graves mais qui constituent des pièges amenant à une sorte de compromis.

Les parties documentaires de Baisers volés portent surtout sur le fonctionnement d'une agence de détective mais aussi sur celui d'un hôtel de Montmartre et d'une boutique de chaussures. Je me demande pourquoi ces deux gosses portent des masques de Laurel et Hardy pour accompagner leur mère dans un magasin de chaussure. On y entend Trénet, bien sûr. Il a été dédié à Henri Langlois. C’est lui, paraît-il, qui a fourni le sujet du film suivant.

Il paraît que la cours de l’immeuble où se situe le Domicile Conjugal des Doinel s’inspire de celle du Crime de Monsieur Lange. À moi, elle rappelle celle de Chacun cherche son chat. Je crois que le mini dialogue entre Antoine et Kyoko est repris dans Love Hotel de Boilet (& Peters).

J’avais écouté L’Amour en fuite, de Souchon une fois juste avant le film. Et puis elle a ouvert le film, mais c’était ennuyeux. Quand le film a fini, la chanson est revenue (avec un camarade de classe non-reconnu d’Antoine) et là, cela a beaucoup mieux fonctionné. On y entend ce dialogue entre Alphonse et Antoine :
- Dis-donc tu l’as vue, la ferme ?
- La ferme ? Quelle ferme ?
- La ferme ta gueule.
Il n’y a pas que ce jeu de mot enfantin qui rappelle Je vous aime*. On trouve dans ce film à flashes back la légèreté et la mélancolie qui, nous parut-il, fit défaut au film de Claude Berri. Les rapports entre les personnages ne sont pas moins douloureux, mais j’aime leur dignité, leur fan de faire face à l’inconstance de Doinel. Les parties documentaires portent sur l’imprimerie dans laquelle travaille Antoine, la librairie de Xavier et le magasin de disque de Sabine. On apprend aussi que les Doinel auront été les bénéficiaires du premier divorce à l’amiable (pour lequel aucune pièce du type lettres d’insulte ou constat d’adultère n’a dû être produit). Je me souviens d’épisodes de sitcoms conçus sur le même principe de flashback pris pour l’essentiel de précédents épisodes. Peut-être à cause du temps passé avec Doinel cette semaine, le principe a été particulièrement efficace.

On dit qu’au fil des épisodes Antoine Doinel ressemble de moins en moins à Truffaut et de plus en plus à Léaud. Mais ici, Léaud rappelle beaucoup Truffaut dans l’attitude. À l’issu de cette balade, j’ai refeuilleté les films et les images et courts passages visités se sont empreints d’une plus grande densité. Ce genre de film convient parfaitement au DVD.

 

Les Mistons, François Truffaut, 1957

Les 400 coups, François Truffaut, 1959

Small is Beautiful, le Free Cinema raconté par ses inventeurs, Christophe Dupin, 2006

Antoine et Colette, François Truffaut, 1962

"Qu'est-ce que l'acte de création", conférence donnée à la FEMIS, mars 1987

R comme Résistance, Pierre-André Boutang, 1996

Baisers volés, François Truffaut, 1968

Domicile conjugal, François Truffaut, 1970

L'Amour en fuite, François Truffaut, 1979

 

Les notices du dictionnaire des cinéastes de Georges Sadoul :

Cette semaine, François Truffaut :

(Paris 6 février 1932) Une des plus fortes personnalités de la Nouvelle Vague. S’est imposé par son premier film autobiographique, Les 400 coups, et a élargi avec Jules et Jim sont registre sensible, un peu écorché, toujours sincère. Il a dit de lui-même : « Je fais des films pour réaliser mes rêves d’adolescent, pour me faire du bien et si possible faire du bien aux autres. Pour beaucoup, le cinéma est une écriture ; pour moi, il sera toujours un spectacle, où il est interdit d’ennuyer son monde ou de ne s’adresse qu’à une partie de l’auditoire. Comme tous les autodidactes, j’entends d’abord convaincre. » [une liste]

Donnant à la vie d’Antoine Doinel (son héros des Quatre Cents coups) des prolongements conjugaux en forme de comédies aigres-douces, adaptant des romans "noirs" (avec la Sirène du Mississipi, sans doute son meilleur film) pour les teinter de mélancolie, Truffaut paraît en être, après la Nuit Américaine, à un tournant de sa carrière : « Je sais en tout cas, a-t-il dit, ce que je ne veux plus faire. Je ne veux plus adapter de romans. La Nuit Américaine m’a donné le courage de faire des scénarios originaux. Je me suis tellement amusé à construire cette histoire, à entrecroiser les fils, que cela m’a donné une certaine confiance. »

* Par extraordinaire, les fils du 11 juillet 2011 se recroisent ici par trois fois.

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