De la Forêt-Noire à la mer Noire, voyage en Mitteleuropa (Danube, de Claudio Magris, 1986)

Publié le par Florian

    Danube (ou Dunav, en serbo-croate, comme sur cette photo), c'est aussi un carnet de voyage, une somme de réflexions et d'impressions. C'est un parcours des sources (encore controversées) au delta (difficile à cerner). Chaque lieu est l'occasion de découvrir ou de revenir sur des personnages illustres ou non, des histoires, des peuples, des cultures, sur l'Histoire aussi, la conquête turque, l'empire des Habsbourg, les Camps... Ce livre a paru quelques années avant l'effondrement du bloc communiste et ses conséquences.

    Fil conducteur unique, le Danube permet à l'auteur des digressions historiques et géographiques (qui vont, parfois, du Mexique à la Grande Muraille, en Chine). Chaque étape du voyage se trouve en principe sur le bord du fleuve, avec de temps en temps des détours de quelques centaines de kilomètres.

    L'auteur mêle dans son livre réflexions littéraires, politique, métaphysique à un sentiment de précarité. Cette accumulation de sédiments culturels donne une impression de vertige. Ce sentiment donne la mesure de la précarité humaine. Pourtant, tout au long de l'essai, il refuse courageusement de s'abandonner au nihilisme.

    Beaucoup de noms cités m'étaient inconnus. Les retenir tous, la difficulté de se souvenir si tel nom a déjà été cité réduirait le lit du Danube à un capharnaum et sa musique à une cacophonie. Claudio Magris en est conscient. Universitaire-germaniste, il sait de quoi il parle. Mais malgré ce statut et l'énorme documentation accumulée, il ne peut que rester modeste. Comme les écrivains qu'il évoque, il témoigne de son temps. Dans son cas, cela signifie considérer le passé à la lumière du présent, le présent à la lumière du passé, le Danube à la lumière du silence. De sorte que, comme le fleuve, le livre en devient fluide.

    Non, il n'est pris de la folie de l'ingénieur Ernest Neweklowsky, auteur de 2164 pages (5,900 kg) entièrement et consacrées à 659 km du Danube, que Claudio Magris évoque dans la deuxième partie de son livre.

    L'érudition du narrateur permet de percevoir plus que de saisir la complexité de notre continent. À mesure qu'on avance, on croit laisser derrière soi une Histoire qui nous rattrape toujours. Mais au bout du compte, le Danube se jette dans la mer.

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