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Publié le par Tzvetan Liétard

Le mot le plus souvent employé par Gilles Deleuze est "Effarant". Par exemple, les gens qui ont un comportement humain avec les (A comme) animaux leur disent des choses effarantes.

Il faut croire un alcoolique qui dit qu’il veut boire le dernier verre, même si ce n’est pas tout à fait vrai : il cherche en fait l’avant-dernier verre, la limite avant d’arrêter. Un homme épris de (B comme) boisson est en fin de compte un homme qui n’arrête pas d’arrêter de boire (tous les jours).

Dans l’introduction à la projection de la vérité si je mens (que je voyais pour la première fois), on a rappelé la différence entre les Sépharades et les Ashkénazes. Dans la conclusion, on a expliqué qui étaient Patrick Bruel et Jean-Jacques Goldman dont les noms étaient souvent cités.

Si j’ai bien compris, quand il va au cinéma, Gilles Deleuze est aux aguets : il cherche à capter un moment, une intention. C’est ainsi que se produit une rencontre. Les rencontres se font généralement avec une œuvre, plus rarement avec les gens. Les gens pleins de (C comme) culture l’ennuient pour leur effarant bavardage.

L’académie des coquins est une comédie anglaise étonnante sur les manipulations psychologiques et les armes intellectuelles pour losers. Maintenant, je peux reconnaître sans problème Terry-Thomas, l’acteur qui a joué dans La Grande Vadrouille et dans les Docteur Phibes.

Il y a la même différence entre La Vérité si je mens 2 et le précédent qu’entre Vincent Elbaz et Gad Elmaleh. On a d’ailleurs du mal à imaginer ces deux films sans ces deux acteurs. Jamais le Dov’ du premier n’aurait dit : « c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres ».

Le jugement des flèches est un film à thèse. Quand un officier de la cavalerie arrive pour « casser de l’indien », l’un de ses supérieurs dit en aparté à un autre officier « encore un Custer frustré ». Le héros, un sudiste dégoûté par la victoire des Yankees, n’est pas antipathique malgré la radicalité de sa position. Encore une réplique (approximative) :

« - Is burning crosses better ?

- I don’t know about that. »

Il y a aussi une belle performance indienne de Charles Bronson aussi opposée à celle de Drum Beat que le sont les deux films, celui-ci ayant une sensibilité plus proche de la nôtre.

Si j’étais professeur dans un IUT de journalisme, je montrerais Wakefield Express à mes étudiants.

Ce Hongrois fraîchement débarqué à Londres dans Refuge England cherche un quartier appelé Love Lane. Mais lequel est-ce ? Il y en a tellement.

(Sans Titre) est dans la lignée de films comme Pecker ou Musée Haut – Musée Bas, voire Le goût des autres, mais va plus loin que ce qu’ébauchent ou caricaturent les trois autres films. C’est un film sur l’art mais qui n’a rien de prétentieux dans la forme. Chaque personnage incarne un stéréotype et chaque scène montre des rapports de forces qui permettent d’ébaucher une sociologie et une satire du monde de l’art. La réussite réside surtout dans le fait de faire d’artistes à la fois compétents (ce dont on doute au début) et sincères (ce dont on doute aussi) les personnages principaux. On oppose par exemple la démarche d’un compositeur bruitiste exigeant à celle d’un imposteur évident quoiqu’il n’en ait pas nécessairement conscience. Il y a un collectionneur, une galeriste, un peintre mainstream qui fait vivre la galerie de cette dernière mais qui n’a pas droit à sa propre exposition, une copine qui n’y connaît rien. Tout cela fait un film qui fonctionne bien et qui en plus laisse au spectateur le temps de réfléchir.

Billy le Menteur montre plein de physionomies aussi familières qu’inconnues hormis celle de Julie Christie. Ce pourrait raconter la jeunesse de L’incorrigible. Un personnage d'acteur connu s'appelle bizarrement Danny Boon.

 

A comme Animal, Pierre-André Boutang, 1996

B comme Boisson, Pierre-André Boutang, 1996

La vérité si je mens, Thomas Gillou, 1997

C comme Culture, Pierre-André Boutang, 1996

School for scoundrels, Robert Hamer, 1959

La vérité si je mens 2, Thomas Gillou, 2002

Run of the arrow, Samuel Fuller, 1957

Wakefield Express, Lindsay Anderson, 1952

Refuge England,Robert Vas, 1959

(Untitled), Jonathan Parker, 2009

Billy Liar, John Schlesinger, 1963

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