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Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 14:53

J’ai abordé l’édition 2014 de Fest un peu différemment.

Habituellement, je n’achète pas de place avec trop d’avance de sorte que j’évite la sélection principale où il n’y a généralement plus de place.

Cette année, j’ai tenu à essayer à voir quelques films manqués l’année précédente.

J’en profite pour dire qu’en l’état, le festival est une aberration. Une quarantaine de films diffusés chacun deux fois, quasiment pas de rencontre ou de conférence de presse qui justifierait la pleine appellation de festival. Surtout, il y a une certaine incertitude quant à l’exploitation future des films à Belgrade puisqu’elle semble dépendre du bouche-à-oreille qui de fait précède le festival.

A revoir le programme, je me rends compte du nombre de films que j'ai bêtement raté.

Cela dit, en l’occurrence, The Grand Budapest Hotel, la Grande Bellezza, The Zero Theorem, Her, Philomena, sont ou ont été ensuite à l’affiche. Mais ce sont des productions avantagées par les noms impliqués (des réalisateurs et des acteurs). Tout ça pour dire qu'à Belgrade, l'AFCAE me manque.

 

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Je n’ai jamais vu autant de films en si peu de temps au cinéma. J’ai essayé de réunir quelques motifs communs à certains d’entre eux. Je n’en ai pas trouvé de pertinent pour l’ensemble des films.

 

  • La première livraison concerne donc les films que je qualifierais d’agricolxploitation.

Bauyr, Serik Aprymov, 2013

Moj Pes Killer, Mira Fornay, 2013 

Stop the pounding heart, Roberto Minervini, 2013

Boven is het stil, Nanouk Leopold, 2013

Le démantèlement, Sébastien Pilote, 2013

Mandariinid, Zaza Urushadze, 2013

  • La deuxième livraison traite des films attendus (ceux dont on a plus ou moins entendu parler). C'est le Glavni Program.

Only Lovers left alive, Jim Jarmush, 2013

Inside Llewyn davis, Joel & Ethan Coen, 2013

The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014

La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino, 2013

The Zero Theorem, Terry Gilliam, 2013

  • La troisième livraison consistera en une sorte de fourre-tout.

La Paz, Santiago Loza, 2013

Kapringen, Tobias Lindholm, 2012

Gehen am Strand, Caspar Pfaunder, 2013

Enough said, Nicole Holofcener, 2013

Canibal, Manuel Martín Cuenca, 2013

 


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I. Agricolxploitation

Beaucoup avaient pour cadre une exploitation agricole ou pour être plus exacte un élevage. C’est souvent pour décrire la fin d’un monde, dont on attend qu’il meurt. Certaines exploitations sont familiales et modestes et ne visent qu’à la satisfaction de besoins personnels (Bauyr, Moj Pes Killer), d’autres sont présentées comme les vestiges d’une activité agricole dépassée en occident (Le Démantèlement, Boven is het stil), Stop the pounding heart présente l’exploitation comme une utopie allant à contre-courant et si Mandarines montre une exploitation en décalage avec la société, ce n’est plus pour des raisons économiques mais de guerre.

New_Bauyr.jpg 

Petit frère (Bauyr) est un film du Kazakhstan dans la tradition des films italo-soviétiques sur l’enfance (oui, c’est un peu vague) on suit ce petit garçon se démerder pour sauver la face et rester digne malgré les abandons ou les arnaques de son entourage. Le film commence dans une salle de classe dans une école de campagne. On ne sait pas encore qui sera le héros mais on sent déjà une société particulière étant donné les uniformes de ces gamins et la leçon de russe très ennuyeuse que les enfants suivent docilement. Parmi les éléments qui lient ce film à 2013, il y a un smartphone ramené par le grand frère étudiant à la ville et l’affiche d’une comédie russe avec entre autre Gérard Depardieu sur un cinéma. On y voit aussi Assaut de Jean-François Richet. Curieusement, c’est une vieille pellicule d’un film soviétique que le petit garçon tenait à montrer à son grand frère, un peu comme si je te garantissais qu’il fallait voir Chatran ou  Un Enfant de Calabre.

On y voit un gamin mettre au lit un pauvre vieux. On y voit un enterrement.

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Mon chien Killer est un film slovaquo-tchèque dont le protagoniste, un skinhead, entraîne son chien à tuer dans la vigne où il travaille. C’est la première fois que je vois dans un film contemporain un film avec un bistro à l’entrée duquel il est écrit sans complexe que l’entrée est interdite aux Rroms. Le temps écoulé entre fest 2014 et la publication de cette note me permet de dire que c’est probablement l’un des films les plus marquants de ceux que j’ai vus. Je ne m’y attendais pas alors, mais il résonne tellement avec l’actualité.

On y voit un gamin mettre au lit un pauvre vieux. On y voit escamoter un cadavre.

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Le Cœur battantdécrit un univers assez insupportable, un projet d’utopie auquel je n’ai pas envie d’adhérer (mais alors pas du tout). Cela ressemble à un documentaire sur une famille qui avait décidé quelques années plus tôt de vivre en communauté. Les parents ont été à la fac, mais ils ont fait toute l’éducation de leurs enfants (une demi douzaine) sur la base de la religion. La scène dans laquelle la mère explique à ses filles la gloire pour la femme d’être soumise à l’homme est l’une de celles qui rendent le plus évident la position de l’auteur. Une autre séquence, de révolte, réjouit comme une éclaircie dans un ciel nuageux.

L’exploitation est celle de chèvres, mais l’univers rappelle également celui de The Lusty Men, celui des rodéos modernes. Chaque fois qu’on explore un nouvel univers, la vie d’une communauté qu’on ne connaît pas, on lui donne le bénéfice du doute. Dans ce cas, et pour le conservatisme volontairement passéiste, non merci.


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C’est Henri Garcin qui m’a donné envie de voir Tout est si calme. C’est ainsi que j’ai appris que ce comédien à la diction impeccable, amant de Catherine Deneuve dans La Vie de Château, époux de Fanny Ardant dans La Femme d’à côté, voisin de Rosy Pierre, je veux dire Roger Varte, enfin Rosy Varte et Jean-Marc Thibault, que ce comédien, donc, était néerlandais. Henri Garcin est à des lieux de ses personnages de bellâtre dans ce film où il interprète un vieillard grabataire à la charge de son fils contraint de gérer seul l’élevage de mouton. Comme le titre l’indique peut-être, c’est un film austère et âpre. Il décrit un malaise, mais contre toute attente, il ne s’agit pas d’un malaise paysan.

On y voit un gamin mettre au lit un pauvre vieux. On y voit un enterrement.

Le-d--mant--lement.jpgLe-d--mant--lement2.jpgLe démantèlementest en revanche le plus sympathique. Gabriel Arcand interprète également un éleveur de mouton mais lui écoute de la musique. Comme dans Camion, la musique folk et les paysages rendent ce film attachant. Leur origine québécoise n’est pas le seul élément qui justifierait une comparaison de ces deux films. L’exode rural semble une thématique importante. C’est à Montréal que tout semble se passer, mais hors-champ (hormis un joli plan sur Sophie Desmarais). Concernant cette histoire où ce vieil exploitant décide de démanteler sa ferme pour aider l’une de ses filles à conserver la maison et le confort que son divorce risque de lui faire perdre, on m’a parlé d’une variation sur le père Goriot. Je n’y avais pas pensé car hormis ce motif, on en est bien loin : Gaby (le père, Gabriel Arcand) n’est pas dupe et le film est plus doux qu’amer.

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Je rangerais Mandarines parmi mes westerns de série B des années 50 préférés s’il ne s’agissait pas d’un film estonio-géorgien de 2013 dont l’action se situe en Abkhazie en 1992. Ce film en huis-clos dans lequel des ennemis (un mercenaire tchétchène du côté des russes – on est en 1992 – et un Géorgien) sont obligés de composer (par l’Estonien d’Abkhazie qui les a recueillis et soigné) peut faire penser à No Man’s land auquel je le préfère, mais aussi à ces films qui réunissent nordistes et sudistes. Le film ne parle pas d'Abkhaziens.

On y voit un vieux mettre au lit des gamins salement amochés. On y voit un enterrement.

 

Bauyr, Serik Aprymov, 2013

Moj Pes Killer, Mira Fornay, 2013 

Stop the pounding heart, Roberto Minervini, 2013

Boven is het stil, Nanouk Leopold, 2013

Le démantèlement, Sébastien Pilote, 2013

Mandariinid, Zaza Urushadze, 2013


 

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II. Le Glavni Program 

Le glavni program, ce sont les films que la plupart des top ten ont mentionné en ce mois de janvier 2014. Ce sont des films que j’aime mais qui ne constituent pas des découvertes quelle que soient les affinités que je peux avoir avec les univers de leurs auteurs. J’ai été content de les retrouver au cinéma. Tilda Swinton est présente trois fois.

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En effet, la dernière fois que j’ai vu un film de Jim Jarmusch au cinéma, c’était pour Ghost Dog (autant dire que c’était au siècle dernier), mais le pied que j’ai pris avec  The Limits of Control m’a fortement encouragé à aller voir Only Lovers left alive, premier film de la sélection que je vois.

Quand on a un univers aussi maîtrisé que celui de Jim Jarmusch, les "critiques" du type « un Jarmusch en petite forme » me dépassent un peu. Je me souviens justement d’un ami à la sortie de Ghost Dog qui ne comprenait pas qu’on puisse critiquer le réalisateur. C’était à l’époque de la petite polémique entre Patrice Leconte et les critiques. Sa réaction m’a longtemps fait cogiter (celle de mon ami, pas celle, qui la rejoint, de Patrice Leconte). Effectivement, quand un réalisateur a livré des œuvres aussi maîtrisées et aussi personnelles, il construit une œuvre en prenant des risques.
C’est l’un des films qui aborde le plus profondément la question de la culture et de la sensibilité. Il est facile pour un lecteur de télérama-chronic’art-inrockuptible-kessejenkor de s’identifier à ces vampires esthètes non pas conservateurs mais ayant retenu toutes les strates de toutes les cultures qui s’est accumulée depuis leur apparition. Eve connaît le nom scientifique de toutes les plantes et de tous les animaux (elle a eu le temps de se construire une érudition), Adam maîtrise tous les instruments. On aperçoit parmi les portraits adorés par Adam ceux de Joe Strummer (RIP) et de Neil Young (LIP). On rend hommage une fois de plus à Nikola Tesla, on passe d'ailleurs devant la maison de Jack White…

Malgré leur raffinement, ce sont des vampires qui ont besoin de sang.

On y voit un corps escamoté. On y voit un enterrement.

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En effet, la dernière fois que j’ai vu un film des frères Coen au cinéma, c’était pour The Big Lebowski (autant dire que c’était au siècle dernier). Après quoi, je n’ai vu qu’une copie de Burn after reading. Inside Llewyn Davis confirme s’il en était besoin la certitude qu’un film de ses auteurs sera un bon moment. Ce sont des formidables raconteurs d’histoire.

Le lien avec O brothers et l'Odyssée a djà été mentionné. Chaque fois que je repense à ce film, je pense au temps où mes chaussures ne supportaient pas la neige.

 

Remarquons que les derniers mots d’Only Lovers Left Alive et d’Inside Llewyn Davis étaient en français dans le texte : « Pardon, s’il vous plaît. » et « Au revoir monsieur ». Et du français, on va en entendre dans le film de Wes Anderson.

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Remarquons également que ces deux films comportent respectivement dans leur casting Tilda Swinton etFrançois Murray Abraham, présents dans The Grand Budapest Hotel. Outre pleins d'acteurs, il contient de la littérature début XXème (Kafka, Zweig surtout, paraît-il) mais aussi du Spirou avec au moins deux motifs :

- Le château qui sert de prison a certainement la même source que celui de QRN sur Bretzelburg. 

- Adrian Brody joue une sorte de Zantafio avec des cousines comme dans Spirou et les Héritiers et un brassard comme dans l’Ombre du Z). Qu'on en juge :

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Du point de vue du casting, c’est sans doute le film qui a offert le plus de croisements dans la sélection du glavni program. Outre Tilda Swinton et F. Murray Abraham, il y avait aussi Léa Seydoux (La vie d’Adèle, La Belle et la Bête), Matthieu Amalric (La Vénus à la Fourrure), Ralph Fiennes (The Invisible Woman), Willem Dafoe (Nymphomaniac).

On y voit un corps escamoté. On y voit un enterrement.

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Cela dit, c’est la première fois que je vois un film de Paolo Sorrentino. La Grande Bellezza racontait l’histoire d’un esthète désabusé, journaliste auteur d’un livre ayant eu du succès 20 ans plus tôt, passionné d’une littérature qui semble n’avoir rien produit d’intéressant depuis longtemps. Après avoir mis en exergue une citation de Céline extraite du voyage au bout de la nuit, on évoque Marcel Proust, Gustave Flaubert et son roman sur le rien et André Breton ; Luigi Pirandello, Gabriele d’Anunzio et Alberto Moravia ;Tourgueniev et Dostoïevski ; Shakespeare.

Puisque l'on parle de littérature, ce film me semble contenir l'argument d'un roman que j'aimerais beaucoup lire (tout comme j'ai énormément de plaisir à lire en ce moment L'Homme sans qualité de Musil).

Il paraît que ce qui a contribué au succès du film en Italie, c'est l'accent napolitain de Toni Servillo. Il en use avec délectation. Naples, c'est la ville de Sorrentino, Servillo et un étudiant avec lequel je travaille et qui m'a expliqué tout ça.

La bande originale correspond à celle que j'attendais également dans the Wolf of Wall Street. Scorses a préféré se faire plaisir.

On y voit un enterrement.

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En effet, la dernière fois que j’ai vu un film de Terry Gilliam au cinéma (et en fait), c’était Fear & Loathing in Las Vegas (autant dire que c’était au siècle dernier). Je crois que ce que j’ai arrêté de le suivre parce qu’il a commencé à utiliser des effets numériques. Cela m’avait paru incompatible avec son œuvre à cause de ce qu’il a dit dans un entretien sur la mauvaise qualité intrinsèque des effets numériques.

The Zero Theorem m’a paru un mix de ses thèmes et motifs habituels du moins à l’époque où j’avais écrit ce petit mémoire au lycée, quand on avait suivi cette option cinéma et qu’on était allé à Tréguier se présenter pour l’épreuve du bac. Sans ses repères, il semble impossible d’aborder ce film autrement que comme un délire arty. Pourtant on y retrouve en vrac Brazil, 12 Monkeys et the Fisher King. Pendant tout le film, je n’ai pas reconnu Christopher Waltz.

 

Only Lovers left alive, Jim Jarmush, 2013

Inside Llewyn davis, Joel & Ethan Coen, 2013

The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014

La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino, 2013

The Zero Theorem, Terry Gilliam, 2013

 

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III. Les autres films

Malgré quelques motifs communs, je n'ai rien trouvé de suffisant solide pour rassembler ces films en un corpus.

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La Paz se situe en Bolivie, mais l’essentiel du film se passe en Argentine.

Une séquence à provoquer une hilarité localisée un peu vexante : le protagoniste, un dépressif, discute avec une prostituée dont on apprend qu'elle se prostitue pour payer ses études. Comme très peu d'étudiants avec les quels je travaille semblent avoir eu une expérience professionnelle, on comprend qu'en arriver à de telles extrêmités pour étudier puisse sembler absurde. Ce n'est pas à mes lecteurs français que je l'apprendrais. Ce motif est présent dans un autre film qui met en scène une étudiante comme protagoniste.

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Hijacking est l’un des rares films hors glavni program que je tenais à voir parce qu’il me donnait l’occasion de retrouver l’auteur de R, un film vu à l’occasion de fest 2011. À cette occasion, j’ai appris que Tobias Lindholm a également participé au scénario de Jagden. Depuis R, je n’ai toujours pas vu un Prophète, et ayant vu ce Kapringen, j’ai dédaigné Captain Philips.

Les caractères m’ont paru originaux, notamment ceux des gens chargés de négocier : du côté des pirates, le jeune homme qui n’est pas un pirate mais qui n’a pas le choix, et du côté de l’entreprise, le patron, un négociateur impitoyable en affaire, mais qui, bien que conseillé par un professionnel, se révèle responsable et humain à la fois. L’alternance des points de vue pourrait lasser, mais cette lassitude qui souligne la difficulté de la condition d’otage.

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Walking on the beach avait un début prometteur basé sur la contemplation. Ce film, une épreuve, est également une source de réminescences qui me le rendent attachant. Ce film met en scène une étudiante comme protagoniste.

Je me souviendrais aussi de ce film pour l'intervention de Caspar Pfaunder, le réalisateur, qui entre autres choses, nous avait demandé d'éteindre nos smartphone. Moi, je n'en ai pas, mais j'ai appris à être impitoyable avec ceux qui regardent leur smartphone dont la luminosité est effectivement extrêmenent gênante. Je ne suis d'ailleurs pas le seul que ça agace. Une fois (pour Boven is het stil) j'ai demandé poliment à une personne de l'éteindre, et cette personne l'a poliment fait. C'était très poli, très contrasté avec l'habitude de voir les gens supporter quelque chose de désagréable jusqu'à l'irritation suprême. Une autre fois (pour La Grande Bellezza), c'était carrément tout le rang devant moi (j'exagère, mais cinq ça fait du monde) qui s'ennuyait et qui consultait ses smartphones. Cette fois-là, j'ai étais un peu plus loin, quelqu'un d'autre s'est énervée.

On y voit un enterrement.


Pas d'illu pour çuici malgré la chouette gueule de James Gandolfini


La plupart des films du glavni program (voir II, un peu plus haut)  étaient montrés à Sava Centar. J’y ai vu Enough said, modeste comédie hollywoodienne, entre deux « grands » films. La présence de James Gandolfini a achevé de me motiver. Il y joue un conservateur d'image de type INA. Son travail c'est les archives. Pour ce motif, il peut s’intégrer dans ce cycle de films présentant les dépositaires d’une culture populaire qui tend à être oublié (The Grand Budapest Hotel, Only Lovers Left Alive, La Grande Bellezza et dans une moindre mesure, Inside Llewyn Davis). De fait, cette comédie romantique mettant en scène des quinquagénaires dans une situation propice au genre raconte entre autres des gens qui ont vécu beaucoup (dont un divorce) confronté et des jeunes (leurs enfants) plus ou moins poseurs.
Le personnage principal, interprété par Julia Louis-Dreyfus, est une masseuse.

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Vu par surprise, Cannibal pourrait ravir les amateurs de Chabrol ; attendu au tournant, non, car il manque de méchanceté. Le personnage principal est donc un cannibal, un tailleur et un esthète. Un autre est une masseuse. Le film est propice à la métaphore. CRYPTO-SPOILER (comment dit-on quand on livre une grille d’interprétation qui peut gâcher la vision d’un film ?) mais il semble que ses rapports avec les femmes peuvent être ainsi fantasmés.
Ce film fut également une révélation géographique : je n'aurais jamais imaginé de tels paysage en Andalousie ; c'est bien simple, pour moi, c'était les Pyrénées.

 

La Paz, Santiago Loza, 2013

Kapringen, Tobias Lindholm, 2012

Gehen am Strand, Caspar Pfaunder, 2013

Enough said, Nicole Holofcener, 2013

Caníbal, Manuel Martín Cuenca, 2013

 


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Voilà tout pour Fest.

Nous sommes dans le quantitatif.

16 films si différents, ça en fait une liste quasi illisible.

Le titre de cette note est une chanson de Nougaro.

Je l'ai choisie car mon livre d'attente entre les films et pour le bus, c'était Le Traité de Ponctuation de Jacques Drillon.

C'était bien.

"Point final"


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Ah ! Au fait ! Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Vendredi 11 avril 2014 5 11 /04 /Avr /2014 14:38

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La plupart des films nominés aux oscars ont été projetés dans le cadre de Fest 2014, le festival de cinéma de Belgrade (voir trois notes à paraître sous peu). Ce n’était pas le cas d’American Bluff. Avec David O’Russel, j’en étais resté au sympathique Three Kings. Je serai assez curieux de voir les films précédents. Celui-ci donne l’impression d’un grand désordre, comme si cette histoire d’arnaque  renonçait à l’épate habituelle des films d’arnaques. Ici, les arnaqueurs et demi des arnaqueurs y laissent quand même des plumes. Les souvenirs qui m’en restent plus d’un mois après l’avoir vu tiennent aux personnages (et donc à ce bon mélange d’écriture et d’interprétation). Il y a eu un baiser lesbien furtif qui a provoqué une réaction tonitruante quoique localisée dans la salle.

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Le film Valdez se joue des clichés. Valdez s’en prend plein la gueule et la morale est curieuse. Un bon moment de détermination incarnée par Burt Lancaster.

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Je me demande comment j’aurais perçu Monuments men si je n’avais pas vu un certains nombre de films de guerre. J’ai l’impression que ces personnages sautent de films en films avec un fil narratif un peu ténu. Vu aussi au cinéma, il y a eu des réactions étonnantes : un moment, les Monuments men découvrent des tonneaux remplis de dents en or.
« - qu’est-ce que c’est ?
- des dents. »
Gros éclats de rire de jeunes ados. Je pense que c’est l’incrédulité sur un tel sujet.
Le film aura rempli sa mission de représentation. Un film de guerre, même raté, ne le sera pas totalement, s’il a au moins fait cet effort. Le film de Clooney a d’autres qualités que je n’irai pas jusqu’à appeler atouts.
Notons la présence d'habitués des films des frères Coen (George Clooney, John Goodman, Matt Damon) et de Wes Anderson (Bill Murray, Bob Balaban et, disons, Cate Blanchet). La musique qui illustre les scène parisienne m'avait étonné par sa ressemblance avec les arrangements de chansons des années 50, spécialement 3 petites notes de musique (Colpi - Delerue) dans Une aussi longue absence (pas vu, mais la chanson est l'une des plus belles au monde). C'est cela et les comédiens de Wes Anderson qui m'ont mis ma puce à l'oreille quant à la participation d'Alexandre Desplat.

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Tête de Turc a fait l’objet d’un cinéclub de fac. Je montre souvent des films que je n’ai pas vus mais qui me semblent avoir un certain intérêt. Le sujet social assez casse-gueule conjugué au talent d’auteur et de comédien de Pascal Elbé ne m’a pas paru un trop grand risque. Parmi les choses qui m’ont fait cogiter, il y a ce casting qui n’attribue pas les rôles des personnages étrangers en fonction des origines des acteurs avec lesquels ils ont en commun d’être Français. Simon Abkarian ne joue pas d’arménien (en tout cas apparemment pas) alors que Pascal Elbé et Roshdy Zem, si. Cela m’interpelle car c’est le sujet du film. Je suis également content de voir Zem et Elbé jouer de vrais frères, après les avoir vu jouer des personnages très proches dans Mauvaise Foi de Roschdy Zem. Puisque l’on parle de famille d’acteurs (j’y suis assez sensible), j’ai été touché de voir Monique Chaumette interpréter la mère de Pascal Elbé alors que Philippe Noiret a été son père dans un autre film écrit également par Elbé. De bons acteurs, donc, au service d’une bonne histoire pleine de symboles. Le film a été tourné du côté de Poissy.

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Poissy, c’est l’endroit où Pignon,L’emmerdeur, a fait construire un pavillon pour sa femme. Je n’avais jamis vu ce film, mais j’avais vu tous les Pierre Richard – Gérard Depardieu. J’aime bien ce film parce qu’il va jusqu’au bout du cauchemar. Une moralité, un moment touchant finit toujours par être désamorcé. Je ne sais plus qui de Pignon ou de Milan est le plus flippant.

 

 

American Hustle, David O’Russel, 2013

Valdez is coming, Edwin Sherin, 1971

The Monuments men, George Clooney, 2014

Tête de Turc, Pascal Elbé, 2010

L’emmerdeur, Édouard Molinaro, 1973

 


Toutes les illustrations sont bien sûr de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Jeudi 10 avril 2014 4 10 /04 /Avr /2014 21:46

 

 

Polyphonic Size (1982)


 

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Ajoutée le 13 juillet 2011 par alokla777

 

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The Recyclers & Katerine (1997)


 

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Dominique A (2001)

 

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Ajoutée le 15 janvier 2010 par vincente06 

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Musique aux autres
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Dimanche 6 avril 2014 7 06 /04 /Avr /2014 14:57

Il y avait longtemps.

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Quand on n’a pas vu L’ordre et la morale, (et quand comme moi on ne connaît pas grand chose au monde du cinéma) on peut être perplexe face à la déclaration de Mathieu Kassowitz sur le cinéma français et à la façon dont elle a été relayé (la mode des clashbuzz). Le fait est que les césars auraient gagnés à donner une place à ce film. On y retrouve la verve des films politiques des années 60/70, les films de Boisset/Costa-Gravas et une mise en scène enthousiasmante. Le film traite un événement datant de 1988 (il y a 26 ans !). L’utilisation d’images d’archives en regard avec ce qui se passe produit un effet sacrilège et satirique sain. Je ne les avais jamais vues. Mitterrand décédé quand j’avais 15 ans, Chirac lui ayant succédé au moment où je commençais à me faire une éducation politique (à base d’émission canal plus)… Lire ces images à 33 ans oblige à resituer les époques, à chercher ce qui perdure et ce qui était de l’ordre de l’événement. Chirac et Mitterrand ne paraissent pas interchangeables.
Ce film est un excellent film.
Du coup, j'ai relu Cannibales de Didier Daeninckx.

On y entend du français et du kanak.

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La Double vie de Véronique me renvoie au collège puisque c’est en 4ème que l’on avait regardé quelques épisodes du décalogue de krzysztof Kieslowski que notre professeur de français nous avait fait comparer à un épisode d’Hélène et les Garçons. C'était édifiant. Grâce à mademoiselle Kathleen Barbereau, ma prof de français d’alors. La double vie de Véronique m’a révélé Philippe Volter qui me rappelle Benoîr Régent.

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La Gare est une gare comme beaucoup de gares plus à l’est que la gare de l’est.


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Les Musiciens du dimanche sont des musiciens sympathiques.


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L’hôpital contient l’une scène les plus marquante que je n’ai jamais vu dans un hôpital (avec une scie et du sang). Pourtant c’était en noir et blanc.


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Harvey est peut-être une screwball comedy. Elle semble avoir un petit budget comparé aux films aux quels participait James Stewart. Dans Harvey, on apprend ce qu’est un Pooka. Le film est assez perturbant car la folie n’est pas circonscrite à cet ami invisible, le rapport à la réalité n’est pas stable. Cet ami invisible révèle d’autres maux peut-être plus grave encore liés au manque d’écoute.


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Le déroulement de Copie conforme est celui d’une comédie, d’une pièce de théâtre. Je n’ai pas bien compris à quel moment ça a basculé. Juliette Binoche est épatante. On y entend parler italien, anglais et français. Oh : il y avait aussi Jean-Claude Carrière !


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Je m’en veux de n’avoir jamais entendu parler de Sarah Baartman, la Vénus noire, de son destin et celui de sa dépouille. Ce film contient aussi des images d’archives (de 2002, cette fois) sur l’accueil de cette dépouille.


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Les reproches faits à Rhapsodie en Août sont difficiles à comprendre. On lui a reproché de ne pas avoir tenu compte des exactions japonaises pendant la deuxième guerre mondiale. Sans entrer dans le débat de l’utilité de la bombe atomique, il me semble que le propos est ailleurs. On entend le japonais et l’américain.


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L’usine était une usine comme beaucoup d'usines, avec des ouvriers qui avaient des préoccupations d'ouvriers.


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L’ordre et la morale, Mathieu Kassowitz, 2011

La Double vie de Véronique, Krzysztof Kieslowski, 1991

Dworzec, Krzysztof Kieslowski, 1980

Muzykanci, Kazimierz Karabasz, 1958

Szpital, Krzysztof Kieslowski, 1976

Harvey, Henry Koster, 1950

Copie conforme, Abbias Kiarostami, 2010

Vénus noire, Abdellatif Kéchiche, 2010

八月の狂詩曲 (Hachigatsu no rapusodī), Akira Kurosawa, 1991

Fabryka, Krzysztof Kieslowski, 1976

 

 

Les notices de Georges Sadoul…

 

Cette fois-ci Kasimir Karabasz :

(193 ?) « Je veux saisir mes héros dans leurs occupations ordinaires, en leur faisant oublier la caméra », a dit ce jeune documentariste, qui est attentif aux expresions des visages humains. [une liste].

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Jeudi 27 février 2014 4 27 /02 /Fév /2014 18:54

Je suis lecteur de français à l'université dans une ville d'ex-yougoslavie.

Le programme que j’ai conçu pour les différents cours de mardi dernier s’est terminé en une petite coïncidence qui m’a un peu touché.

Chaque mardi, après les cours, j’organise une dictée autour d’une chanson (suivi d’un cinéclub).

J’ai commencé à proposer cela il y a quelques années. Quelques étudiants sont demandeurs surtout pour l’entraînement à la dictée qui est – eh oui – une épreuve obligatoire pour beaucoup d’entre eux. C’est un bon prétexte pour découvrir quelques chansons et par là faire un peu de civilisation.


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Orthographe et chansons, pourquoi pas ?

Lors d’un vrai cours, cette semaine, nous avions travaillé sur « En relisant ta lettre » de Serge Gainsbourg.


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Je leur avais d’abord donné la lettre sans les corrections de Gainsbourg. Cela donnait ceci :

 

C'est toi que j'aimme par-dessus tout Ne me dis point que tu t'en fous. Je t'en supplıe, fais-moi confiance. Je suis l'èsclave des apparences. c'est ridicule, c'était si bien. Tout ça m'affecte au plus haut point. Si tu renhonces à m'écouter, avec la vi, j'en finirai. Pour me gardder tant de rancune, t'as pas de cœur, y a pas d'ereur. J'en mourirai. Ne comprends-tu pas ? Ça s'ra ta faute. Ça s'ra ta faute.



Publié le 16 novembre 2013 par  Curtis Hayden

 

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Pour la chanson du mardi soir, j’avais choisi pour des raisons commémoratives l’Affiche Rouge de Louis Aragon et Léo Ferré.


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Je l’avais annoncée sans rien dire du titre mais en précisant que ce serait certainement lourd. Comme ce moment est facultatif, je ne voulais surtout piéger personne avec une chanson aussi tragique que celle-là, mais je me sentais obligé, 70 ans après le 21 février 1944, de la faire entendre.


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De toute façon, c’est habituellement un moment assez intime. Il y a souvent cinq ou six étudiants, dont la moitié s’en va après. Ce soir-là, dix-neuf étudiantes sont venues dans la salle de 18 places que j’utilise habituellement.

J’ai été content de pouvoir toucher un plus grand nombre de personnes avec cette chanson même si ce dossier est des lieues des préoccupations de la plupart d'entre ces étudiants, même si on s'est concentré sur des mots comme "hirsute" ou "givre", des formulations comme "parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles".

Mais aussi, la première fois que j'ai entendu cette chanson, j'ai moi-même été dubitatif, inculte que j'étais, alors qu'aujourd'hui...


Ajouté le 14 décembre 2008 par jefka59 

 

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Ces chansons ont deux points communs insignifiants :

  • - Elles sont sorties en 1961, 
  • - Elles contiennent une lettre, certes d'un genre tout à fait différent.


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Le lendemain, hier, je me suis répété ce chiffre, en français naturellement, « dix-neuf » puis en serbe « devetnaest » à celle de mes amis qui est le moins francophone. Et c’est là que les choses se sont mises à prendre encore un peu plus de sens.


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Réfléchissons : nous étudions une chanson de Gainsbourg et une autre de Ferré qui, elle, parle de partisans (« La mort n’éblouit pas les yeux des partisans ») .


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La dernière fois que j’ai vu Gainsbourg dans un film, c’était dans Ballade à Sarajevo (alors que ça ne se passe pas du tout à Sarajevo) qui s’appelle aussi en serbo-croate, littéralement, 19 filles et 1 marin (19 devojaka i 1 mornar).


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C'est une histoire yougoslave de partisans pendant la deuxième guerre mondiale.

Ce film, pas très bon, est en français mais Gainsbourg et Birkin, comme il est désormais de notoriété commune, sont doublés par d'autres comédiens.


Ajoutée le 16 octobre 2011 par ranko63 

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(Le film qui a suivi, c’était Tête de Turc de Pascal Elbé que je découvrais en même temps que je le montrais - j'en parlerai dans un prochain écran noir. Le film parlait aussi d’héroïsme, d’étrangers en France et d’Arméniens. Mais nous étions en 2010. La soirée m’a paru très cohérente. Je regrette de ne pas avoir su en parler.)

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Les extremes satyres
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Lundi 24 février 2014 1 24 /02 /Fév /2014 00:00

L’actualité de janvier m’a poussé à me gaver de mémoires.

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J’ai vu Shoah, un film particulier, dans un contexte particulier. Il a été projeté à Rex. Rex est un centre culturel qui se situe à Dorćol. Dorćol est l’ancien quartier juif de Belgrade. Rex occupe l’ancienne Synagogue (tout comme Bitef, un théâtre, occupe l’ancienne église catholique qui ne se trouve pas d’ailleurs pas très loin du Rex, Je te ferai visiter tout ça, si tu passes dans le coin un jour). Me rendre à Rex, c’est-à-dire me promener dans un quartier que je connais finalement assez peu, est comme un voyage dans le temps qui me rappelle Kad Svane Dan, un film que je ne peux que recommander.
Shoah a été diffusé en deux jours, avec deux pauses par projection. Les pauses permettaient les invités de faire des commentaires. C’était présenté comme un séminaire, mais c’était plutôt une rencontre-débat, débat auquel je n’ai pas pris part.
Pour suivre ce film, j’avais, très utile, le recueil en folio des sous-titres. En parlant de folio, je venais de lire Auschwitz de Léon Poliakov, poussé par le contexte médiatique alors en vigueur sur la facebookosphère française.
(En passant, je distingue le problème du Négationnisme de celui de la Censure, afin d’éviter de dire des bêtises. Toujours en passant, le travail de Mémoire que font les communautés me concernent toutes puisque je tâche n’en faire partie d’aucune.)
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Le film de Claude Lanzmann m’a beaucoup rappelé un le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls alors que je ne l’ai pas vu. Je ne connais qu’une scène traitée dans Cinéma et Histoire de Marc Ferro (toujours chez Folio). On y verrait Marcel révéler les contradictions d’un collaborateur. En tout cas, dans Shoah, c'est, d'un point de vue dramatique, extrêmement efficace.
Pendant les rencontres, si j’ai bien compris, une intervenante (d’origine israëlienne) a reproché à ce documentaire l’absence de questionnement politique, alors qu’il suffit de le constater.

 

Les films suivants parlent aussi de racisme.

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Tout ce que le ciel permet a donc été la source de Angst essen Seele auf. Ici, le rejet vient d’une différence de classe, non d’origine ethnique (c’est curieux comme dès qu’on pose des mots sur ces phénomènes, ils s’en retrouvent comme désamorcés). J’aime dans la scénographie de ce film le too much dans les couleurs et, parfois, la mise en scène (le joli daim). Rock Hudson me rappelle un Sylvester Stallone qui ne serait pas déglingué par les matchs de boxe, il a un côté très fifties (le film date de 1955) qui n’est pas sans rappeler Elvis Presley, son cadet de dix ans.

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Je me demande si Le vieil homme et l’enfant est subversif. Le traitement du personnage incarné par Michel Simon est en tout cas très provocateur. Il est sympathique malgré son antisémitisme presque caricatural, ce qui est propre à déranger. Quand il compare la proportion de juifs dans la population française à celle dans l’élite et la politique, on ne peut s’empêcher de se rendre compte que ce discours a été ravivé. Le vieil homme et l’enfant pourrait être un film d’apaisement national. Pépé est par ailleurs un personnage plus fort que la plupart des opportunistes qui l’entourent. Là où j’attendais un vieux réac conservateur, il fait preuve d’un grand progressisme sur certains points, ce qui peut paraître étonnant étant donné le contexte social.
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C’est le deuxième film autobiographique de Berri que je vois. J’avais constaté que Je vous aime était très proche de  l’amour en fuite (tout en étant très original, bien sûr). Celui-ci rappelle énormément Les Quatre-Cents coups, tout en demeurant encore une fois très personnel.
Les parents, Charles Denner et Zorica Lozi
ć sont touchant. Un petit salue aussi à Marco Perrin, que je n’aurais pas mentionné si…
C’était le premier long-métrage de Claude Berri.

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La victoire en chantant est aussi un premier long-métrage, celui de Jean-Jacques Annaud, et le seul film co-produit en Afrique à avoir reçu un oscar. On pense à Coup de torchon, à d’autres productions engagées de Jacques Perrin. Le casting est uniquement composé de comédiens ayant brillé dans des seconds rôles. Ils sont tous bons (Jacques Dufilho, Maurice Barrier, Claude Legros…)  mais c’est Jean Carmet qui marque le plus. L'une des meilleure séquence.

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Il y eut une pause de près d’une semaine avant de revoir un film. Je voulais voir un western, genre dans lequel la problématique du racisme a souvent été traitée. J’ai choisi Hombre dans lequel Paul Newman interprète un Apache (John Russel est d’origine européenne mais a été élevé par des Apaches). Nous sommes en Arizona en 1884. Le sujet de ce film est l’aporie dans laquel le racisme peut poser les ressortissants de peuples dont l’un est dominé par l’autre, dont l’un a été massacré par l’autre. Je l'ai formulée, cette aporie, et elle me paraît si naïve, que je ne la dévoile pas. D'ailleurs sa mise en scène m'avait posé un problèmeLe film est très pessimiste. On ne s’en sort pas.

 

 

Shoah, Claude Lanzmann, 1985

All that heaven allows, Douglas sirk, 1955

Le vieil homme et l’enfant, Claude Berri, 1967

La victoire en chantant, Jean-Jacques Annaud, 1976

Hombre, Martin Ritt, 1967

 

 

Les notices de salaud de Georges Sadoul !!!

 

Cette fois-ci Martin Ritt :

(New York 2 mars 1920) Venu de la télévision, il débuta de façon très intéressante, en 1957, avec deux films à petit budget : L’homme qui tua la peur Edge of the City), les Sensuels (No down Payment). Ensuite, reconnu par Hollywood comme « director » de film A, il ne donna plus que des œuvres médiocres.


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Dimanche 23 février 2014 7 23 /02 /Fév /2014 15:42

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Nous sommes en 1830 et quelque. Au-delà du Missouri n’est peut-être pas le meilleur western que j’ai jamais vu, mais il est peut-être l'un de mes préférés. Il m'a touché pour des tas de raisons, de détails que j’ai rarement vu ailleurs. Clark Gable joue un trappeur qui traverse le Missouri. Dans le genre, je pense à The Drums Along the Mohawk et la première séquence de How the West Was Won (avec James Stewart et Karl Malden). Le traitement des rapports entre européens et indiens laisse ici entrevoir une certaine complexité même s’il y a des indiens très méchants.
L’autre chose est la place laissée aux langues. C’est l’un des sujets du film, Flint Mitchell, trappeur anglophone se marié avec Kamiah, une indienne, malgré leurs efforts pour apprendre la langue de l’autre, ils ont besoin de Pierre, polyglotte, pour leur servir parfois d’interprète. Cette situation n’est d’ailleurs pas sans rappeler le trio formé par Gabin, Parlo et Dallio dans la Grande Illusion.
Pierre, c’est Alfred Menjou que je connaît surtout pour son rôle dans Paths of Glory (encore un film de guerre avec une scène d'amour qui dépasse les incompréhensions linguistiques). Et j’ai vu dans ce western la plus longue scène francophone que je n’ai jamais vue dans un western. On entend même Clark Gable entonner Alouette dans un fort.
 côté de cela, il y a des scènes épatantes, notamment un final d’action haletant.
Je penserai à ce film chaque fois que j'entendrai "Skip to my lou".


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Nous sommes en 1860. Le début d’Arizona m’a paru plein d’un naturalisme soviétique. En 1940, William Holden (22 ans) avait déjà un charisme fou et le couple qui forme avec Jean Arthur (40 ans) fonctionne. L’âge ne se voit pas certainement parce que le personnage que joue Jean Arthur est à des lieues des clichés des jeunes femmes de l’ouest tout en étant crédible (ce n’est pas Bandidas – que je n’ai pas vu). Il y a aussi Edgar Buchanan qui semble avoir toujours le même jeu.


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Nous sommes en 1850 et quelques (c’est la ruée vers l’or). En poussant à l’ouest, on arrive en California avec Ray Milland et Barbara Stanwyck. Le film est en couleur, Anthony Quinn est un jeune acteur prometteur. Je crois que ses performances même sporadiques justifient la vision de ses premiers films. Cette période paraît longue avant qu’on lui confie des rôles plus importants.

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Nous sommes en 1880. Missouri Breaks est une belle surprise. J’ai été nourri de préjugés vis-à-vis d’Arthur Penn. Il y a un nouveau jeu qui consiste à trouver cinq raison de (re)voir un film. Ici on en trouverait facilement cinq en cherchant du côté du casting (Harry Dean Stanton), de la musique (John Williams), du fait que ce film se situe au firmament de la carrière de Brando et Nicholson (qui sortent respectivement d’un travail avec Coppola et Bertolucci pour l’un, avec Polanski et Forman pour l’autre), d’une scène à la fois économe, intense et inattendu en gros plan, et de quelques gags.

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Across the wide Missouri, William A. Wellman, 1951

Arizona, Wesley Ruggles, 1940

California, John Farrow, 1947

The Missouri Breaks, Arthur Penn, 1976

 

Les notices de Georges Sadoul…

 

Cette fois-ci Arthur Penn :

(US 1922) Après un beau départ (le Gaucher) sur un western « oedipien » qui donnait « Billy the Kid » pour ce qu’il avait dû être : un adolescent à problèmes, une carrière partagée, semble-t-il, entre le souci de faire œuvre personnelle, l’intransigeance et une certaine usure devant les pressions du « système » (qui culminèrent avec l’abandon auquel il dut se résoudre du film le Train).

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Lundi 17 février 2014 1 17 /02 /Fév /2014 00:31

 

Le Loup de Wall Street est le genre de film dont il paraît vain de dire si on l’aime ou non. On m’a raconté une séquence du Masque et de la Plume equi lui était consacré et au sujet duquel chacun relevait les mêmes points pour justifier le fait de l’aimer ou pas. Comme il fonctionne sur l’outrance, il impose la distance et l’analyse. La seule scène qui m’ait ému est l’une res rares scènes sans Wolfy (comment il s’appelle en vf ? Loulou ? Et Dujardin ?). On voit une rame de métro et un journal à travers les yeux de l’incorruptible, de l’élément moral, du film. Elle a eu le temps de m’émouvoir malgré ou en raison de son extrême brièveté. Cette courte séquence avait une fonction de bouée de sauvetage. Je ne sais pas si elle était nécessaire à la composition, à l’ensemble. Je ne me serais pas posé la question si elle n’avait pas été signalée ici.
Par contre la bande-originale le pose un problème diégétique : autant j’ai été content d’entendre les musiques typiques des bandes originales des films de Martin Scorsese, autant j’ai des doutes quant à leur rapport avec les goûts des personnages. Les scènes d’excès devaient plutôt être illustrées avec un type de musique plus, mettons, bvz-bvz-bvz-bvz-BVZ-BVZ-BVZ-BVZ, des gros beats de musique déguelasse, quoi. La musique esthétise et digère. Cela dit, le personnage de Di Caprio est  un jouisseur et cette musique, celle qui est utilisée, est jouissive, mais cette jouissance n’est-elle pas le fruit de temps passé à l’écouter.
 


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Le décor de Cabiria époustoufle. C’est à la fois le premier film avec Maciste et le premier film avec Maciste que je vois. Pour une fois, je fais les choses dans l’ ordre. C’est bien. Pourquoi suis-je toujours plus touché dans les films du début du XXème par les les scènes marines, les scènes de bord de mer, bref les scènes avec des vagues, que par les décors gigantesques ?

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Six chevaux dans la plaine, un beau titre et une série B pour laquelle je retiendrais Dan Duryea dont on a relevé ici et là la ressemblance avec William Macy. Je retiendrai aussi un drôle de chien dont je me demande bien ce qu’il fait là.

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Fort de Zoolander et de Tropic Thunder, je suis allé voir serein la Vie rêvée de Walter Mitty. Fort de The "General" et des critiques négatives (de ceux qui détestent l’acteur) vu et lues récemment, je me rends compte que Ben Stiller partage une certaine filiation avec Buster Keaton : un visage peu expressif et les moyens d’une grosse production pour une comédie. On voit du pays.

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The Wolf of Wall Street, Martin Scorsese, 2013

Cabiria, Giovanni Pastrone, 1914

Six Black Horses, Harry Keller, 1962

The Secret life of Walter Mitty, Ben Stiller, 2013

 

 

Les notices de Georges Sadoul…

 

Cette fois-ci Giovanni Pastrone :

(Asti 13 septembre 1882 – Turin 29 juin 1959) D’abord technicien et fondateur de l’Italia, il fut le premier à se lancer dans les mises en scène italiennes à très grand spectacle, avec la Chute de Troie. Il fit triompher ses conceptions dans Cabiria, signé Piero Fusco, chef-d’œuvre du genre, film clef de l’histoire du cinéma, qui influença sans aucun doute D.W. Griffith. C’était un homme d’une rare intelligence. Il abandonna le cinéma après 1914. [une liste]

 


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Dimanche 16 février 2014 7 16 /02 /Fév /2014 23:43

Longue pause dans l'écriture mais plein de films vus depuis un mois longtemps.

Ce titre vient d'une jolie chanson d'Yves Simon qui m'était tombée dans les oreilles il y a un mois. C'est juste pour me réapproprier un mot et me vacciner.

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Le Renne blanc m’a également été suggéré par Miša. Je retrouve des tics folkloriques de certains films yougoslaves de la même période. Sur ce plan, il m’a paru familier.
Sur deux autres points il m’a paru à la fois familier et exotique.
Le premier, c’est la figure du renne dans les étendues couvertes de neige rappelle celle du bison dans les plaines du farwest (note pour plus tard : White Bison et Moby Dick).
Le deuxième, c’est l’histoire de vampire que constitue ce film original, dont l’histoire est loin de Brâââme Stoker ou de LeFanu et rappelle quelques légendes amérindiennes. Je ne suis pas un spécialiste, mais j’ai été marqué par la lecture de Buddy Longway et je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à l’Orignal et uà une histoire courte. Ce sont les séquences de documentaire animaliers qui m’ont le plus touché finalement.

 

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Regénération m’a été suggéré par cette liste de Gashade. Beaucoup de trognes authentiques parmi les figurants et biens des comédiens expressifs et vivant.

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The Blackbird se situe également dans un milieu interlope, mais cette fois, c’est à Londres. Les têtes paraissent moins authentiques, plus stylisée. J’avais déjà vu le thème du personnage double racontée ici dans une autre production Chaney/Browning. La fin horrible me paraît le cœur du film tant elle crée une rupture avec le reste du film qui n’était qu’ntéressant.

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Tiens ton foulard, Tatiana, est le plus simple, le plus beau des films de Kaürismaki.aki.jpg


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Texas, nous voilà est une comédie un peu lourdingue mais quelques répliques sur l’identité m’ont étonné, elles m’ont d’autant plus surpris que les indiens sont plutôt montré de façon ridicules.

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Delon sourie souvent, Tina Aumont, mignonne en « Lapin Blanc » semble avoir eu une carrière bis étonnante. « Lapin blanc », c’est le nom d’un personnage lui ressemblant dans Quatre doigts, l’homme de papier.

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ozu-copie-1.jpgNous reverrons Dernier Caprice au plus fort de l’été prochain. L’omniprésence des marques américaines (ou occidentales) aident à situer ce  film dans le temps.

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Valkoinen Peura, Erik Blomberg, 1952

Regeneration, Raoul Walsh, 1915

The Black Bird, Tod Browning, 1926

Pidä huivista kiinni, Tatjana, Aki Kaürismaki, 1994

Texas across the river, Michael Gordon, 1966

小早川家の秋, Kohayagawake no aki, Yasujirō Ozu, 1961

 

Les notices de Georges Sadoul

 

Cette fois-ci Erik Blomberg :

(Helsinki 18 septembre 1913) Depuis 1936 le meilleur opérateur finlandais, devint réalisateur. En 1952, le Renne blancle rendit célèbre.

 


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Vendredi 17 janvier 2014 5 17 /01 /Jan /2014 14:19

On reprend les films de l’année. On parie combien qu’au moins cinq des films de cette semaine [1er/01 – 5/01] figureront dans la liste des 20 meilleurs films vu en 2014 ?

(On réactualisera cette note d'ici ce soir ou demain, avec les dessins qui manquent, mais j'avais tellement de retard que je ne voulais plus attendre pour la publier.)

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Le 12 décembre 1903 naissait Yasujirō Ozu. Le 12 décembre 1963 marquait sa disparition. Le 13 décembre 2013, j’achète ce coffret qui contient entre Bonjour. J’ai découvert Ozu lors d’un cycle au TNB. J’avais 20ans. Peut-être à cause du titre, j’avais choisi le goût du saké qui n’en finit pas de résonner. Bonjour est un film tellement limpide que tout commentaire paraît superflu. C’est un film qui donne envie d’être poli. C’est avec ce film que nous avons commencé l’année 2014. Bon augure.

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Dans Le Golem, un personnage s’appelle Florian, comme moi. Souvent les Florian de fiction sont des caricatures (celui de Notre-Dame-de-Paris), tout le contraire de moi. Celui-ci avait au début quelque chose d’un fat avant que les circonstances n’en fissent le jeune premier.

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Une courte séquence de l’Atlantide se déroule à Paris. Un plan montre un musicien de jazz noir en 1921. Je suis persuadé que l’un des acteurs principaux, Jean Angelo, a servi de modèle à Jean Dujardin pour la série des OSS117. Les mimiques, les expressions sont les mêmes. Ils sont aussi une physionomie parfois assez proche. On en acquiert la certitude en regardant la scène du labyrinthe, ou bien celle ou il résiste à la Princesse amoureuse de lui. Une autre séquence m’a intéressé : c’était une revue de presse internationale.

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J’avais déjà vu Le Mecano de la « General » à Toulouse avec tonton et Fred. Le patriotisme du héros lui donne un mauvais goût, mais on est pris par le désir du personnage de vouloir prouver sa valeur.

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Il fait partie des nombreux films mentionnés par Gille Deleuze dans L'Image-Mouvement. Cet ouvrage a contribué à m'encourager à visionner beaucoup des films de cette période !

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Pater est un jeu dont les acteurs ne sont pas dupes. Mais même s’il ne porte pas trop à conséquences, ce jeu affecte malgré tout ces comédiens, au point que l’on peut être légitimement inquiet quant à la santé mentale des hommes politiques de la réalité qui ont autant de codes et de règles à respecter. Dans leurs cas, les enjeux autrement plus grave (pour résumer : le bien-être contre la précarité) cèdent la place à des querelles, des problèmes d’égo auxquels n’échappent pas les plus sincères de nos hommes politiques.


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Une séquence silencieuse dans laquelle Alain Cavalier se regarde dans le miroir en constant son vieillissement résonne avec celle dans la quelle Agnès Varda filme ses vieilles mains dans les Glaneurs et la Glaneuse.


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Quelques détails prosaïques m’ont intéressé comme les assiettes, le chat, les bibliothèques et la pièce qui sert de garde-robe à Vincent Lindon. Ce rapport aux objets m’a plu. Les considérer, les regarder, en parler, aussi trivial et indécent que cela puisse paraître, m’a fait plaisir. Car ces cravates et ces chaussures accumulées, si elles ont été offertes ou achetées oar caprice, continuent d’avoir une vie. Ce mur plein de chaussures m’a fait l’effet d’une bibliothèque, d’un archivage. Dans l’œil de Lindon, il y avait le plaisir de l’objet bien fait et fait pour durer. S’il y avait de l’utopie dans ce film, c’était peut-être là, sans doute à cause de l’écho, dont je ne me rends compte que maintenant, avec l'expérience des cordonniers interviewés dans « Travailler deux heures par jours ».

9782020050777.jpgdessin de Topor


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Murnau aurait dû figurer dans la liste de fin d’année avec Faust et Le Dernier des hommes. L’Aurore est tout aussi maîtrisé et émouvant. Là encore, j’ai pensé à l’Amérique de Kafka. La balade dans la ville représente un Paradis retrouvé, une rédemption d’une simplicité évangélique comme j’en ai rarement vu dans le cinéma ou la littérature. Les mots que j’ai choisis ("Paradis", "rédemption", "évangélique") illustrent une promesse rarement offerte par l’église. Ce film est un miracle (encore un mot appartenant à ce champ lexical) parce qu’il l’offre l’image de cette possibilité.

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Elle n'a dansé qu'un seul été met lui aussi en scène un paradis retrouvé. Par ailleurs, ce que j’y ai aimé les moments musicaux infradiégétique et le visage de Ulla Jacobsson. Le film manquait peut-être un peu de subtilité dans sa charge contre l’église puritaine puisque le pasteur qui le représente est méchant. Mais ça fait quand même plaisir. Le personnage principal, interprété par Folke Sunquist, s’appelle Göran Stendal. C’est curieux. D’abord, j’apprends l’existence de ce prénom qui n’a rien à voir avec celui, plus familier dans les Balkans de Goran. D’abord, ça ne se prononce pas pareil : Göran (Djuran) et Goran (Gorane) n’ont ensuite pas la même étymologie. Quant au nom, il est stipulé dans le film qu’il s’écrit sans « h » contrairement à ce qui est indiqué dans les bases de données habituelles. Ça n’empêche que ce nom induit un rapprochement évident avec l’écrivain français.summer.jpg


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Le Samouraï fait parti de ces films qu’on connaît sans connaître, et dont la vision procure ce plaisir étange mélange de découverte et de révélation. Maintenant que je l’ai vu, je pourrais le revoir indéfiniment. Parmi les nombreuses citations, on a relevé une page de journal remplie de dessin de Chaval. Dans les films noirs US 50's, on a les funnies et autres sunday pages, dans au moins un polar français des années 60, on a Chaval. D'habitude, c'est France Soir qu'on lit dans ce type de film. J'aime bien que Melville remplace les tartines de texte par des dessins "sans légende" qui en racontent tout autant à l'instar de l'essentiel du film. Connaissant l'auteur, ce détail n'était sûrement pas fortuit.


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お早う (Ohayô), Yasujirō Ozu, 1959

Der Golem, wie er in die Welt kam, Paul Wegener & Carl Boese, 1920

L’Atlantide, Jacques Feyder, 1921

The General, Buster Keaton & Clyde Bruckman, 1926

Pater, Alain Cavalier, 2011

Sunrise - A song of two humans, Friedrich Wilhelm Murnau, 1927

Hon dansade en sommar, Arne Mattsson, 1951

Le Samouraï, Jean-Pierre Melville, 1968

 

Les notices de Georges Sadoul…

 

Cette fois-ci Arne Mattson :                           

(Uppsala 2 décembre 1919) S’il sut peindre avec bonheur les amours juvéniles, il ne reste pas seulement le réalisateur d’Elle n’a dansé qu’un été (1951) et de ses succédanées. Il a su, parmi d’autres films secondaires, aborder le drame, notamment dans Salka Valka (1953).

 

Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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