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Samedi 30 août 2014 6 30 /08 /Août /2014 19:56

 

En juillet dernier, on a organisé un cinéclub de FLE. Cela signifie qu’il fallait faire découvrir du cinéma et de la civilisation française. Comme le site Institut Français Cinéma contenait pour encore quelques semaines plusieurs films de Jacques Demy, on a voulu composer un programme autour de la musique. Le programme fut le suivant.

 

Films de Jacques Demy

Lola

La Baie des Anges

Les Parapluies de Cherbourg*

Les Demoiselles de Rochefort*

Peau d’Âne

Film sur Jacques Demy

Jacquot de Nantes*

Films revendiquant la filiation avec Jacques Demy

Jeanne et le Garçon formidable*
(avec le fils de Demy)

Les chansons d’amour
(avec la fille de Deneuve)

Documentaires liés à la chanson française

Brigitte Fontaine, reflets et crudités

Il est minuit, Paris s’éveille*

* Film vu avant d'être projeté.

Sur les dix, je n’en avais vu que cinq avant leur projection, ce qui n’est pas très professionnel. Il y eut donc deux types de présentation :

-         pourquoi on veut le présenter ;

-         pourquoi on veut le voir.

On a synthétisé en deux pdfs des documents conçus pour l’occasion très rapidement.

L’un consiste essentiellement en filmographies thématiques ne retenant que les films disponibles à la médiathèque de l’Institut Français de Serbie, sans aucun jugement de valeur, juste pour brasser des titres.

livre_paquot_fev.gif

L’autre reprend trois articles de l’ouvrage collectif intitulé la Ville au Cinéma (une mine, une somme selon qu'on y puise ou qu'on s'y attaque). Le lien avec Jacques Demy est évident puisque, outre un article lui étant directement consacré, on en trouvera également un lié à son genre de prédilection (la comédie musicale) et un autre lié au port, motif urbain si souvent présent dans ces films. Ces deux derniers articles consacrent chacun un gros paragraphe à Jacques Demy.


 

En parallèle, on a regardé d’autres films franchouillards et une classic musical comedy.

Janis & John

Singin' in the rain.

Gainsbourg, Vie héroïque

Quand j’étais chanteur

 

Ce sont des films vus entre le 30 juin et le 11 juillet, évoqués dans l’ordre du visionnage, comme d’habitude.

 

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Le fait que Lola soit un film dédié à Max Ophüls m’a fait prendre conscience du fait que la médiathèque ne compte aucun film de lui.

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Il fallait un documentaire sur Brigitte Fontaine, reflets et crudités pour intéresser un public néophyte à son personnage. On l’avait introduit en écoutant quelques chansons utilisées dans le documentaire. On avait demandé à chaque spectateur de choisir un titre

 

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Janis & John est plutôt glauque. Toute cette solitude finit par rendre les personnages touchant. Malgré tout, c'est bien une comédie, avec quelques gags et quelques résolutions finales qui ne retire pas cette sensation désagréable.


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Dans La Baie des Anges Jeanne Moreau offre une véritable composition. Je ne peux plus voir une roulette sans entendre la musique de Michel Legrand. C'est vrai qu'on pense à Pickpocket ou à des films sur l'alcoolisme.
Lola m’a rappelé Conte d’Hiver d’Éric Rohmer dans lequel on évoque le pari pascalien.
‘La Baie des Anges’ est une analyse de l’addiction au jeu qui rappelle également un texte de Pascal sur le divertissement.
On m’avait présenté La Baie des Anges comme un film quasi bressonien, ce qui est peut-être exagéré étant donné la mise en scène et la musique, mais ce qui ne l’est pas dans l’analyse de l’addiction, dans la structure du récit.
Je n’ai de Pascal que des souvenirs de lycée (qui remontent à la sortie de Jeanne et le Garçon formidable), mais il se trouve qu’on avait précisément étudié ces deux textes, en 1ère. C’est Rohmer qui a permis de cultiver ces souvenirs.
Dans ce document, on apprend que c'est généralement au lycée qu'on découvre Pascal. (C'était un bonus de 'Ma nuit chez Maud'.)

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J’avais vu Jeanne et le Garçon formidable à l’occasion d’un stage d’analyse filmique auquel on a participé avec Pascal en terminal à Saint Brieuc. Ce stage, le seul du genre auquel j’ai participé, était animé par Jean-Pierre Jeancolas. Il s’agissait d’un petit cycle sur le cinéma social français contemporain qui comprenait également Fred (1997) et En avoir (ou pas) (1995). À l’époque, ces films de vingt ans étaient contemporains.

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BIEN se préparer psychologiquement pour animer une discussion après  Les Parapluies de Cherbourg  (en s'entraînant à contenir les sanglots dans la voix, en s'asseyant pendant la projection sur une planche à clou, ou en sortant au moment de la troisième partie)...
Ou alors, parce que c'est le dernier film de la semaine et qu'on se revoit lundi pour regarder "Les Demoiselles de Rochefort", profiter de ce que l'assistance (quelques étudiantes) soit bouleversée pour laisser reposer pendant tout un weekend.

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Et puisqu'on est vendredi, sachez qu'une étudiante qui, lundi, n'avait jamais entendu parler de Demy (on est à Belgrade) a été doublement touchée par les Parapluies pour y avoir reconnu Roland Cassard.

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Le lundi suivant, cette étudiante m’a dit qu’elle avait entendu dans une émission de quizz serbe – Slagalica –  la question suivante : quelle actrice a joué le rôle principal des Parapluies de Cherbourg ?

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J’avais également déjà vu Chantons sous la pluie il y a longtemps. Comme j’étais patraque (je m’étais même endormi), j’avais le souvenir d’une histoire simple servant de prétexte à de chouettes numéros psychédéliques. J’avais mis ce délire sur le compte de la fièvre, mais ils étaient effectivement psychédéliques.

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Il est minuit, Paris s’éveille est un documentaire qu’on aura vu dans la version de 52 minutes. On y évoque Nantes (par la voix de Jean Rochefort), l’importance de la musique après la guerre, les couleurs des frères Jacques, le jazz.

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Ce film devait permettre de contextualiser la période qui précède les premiers films de Demy. Même si Aznavour et (un tout petit peu) Brel sont les seuls artistes qui ont évoqué quelque chose au public, le film de Jeuland avait au moins l’intérêt de sensibiliser à une forme de chanson assez spécifique et de décrire le contexte du Paris des années 50.

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Gainsbourg, Vie héroïque est exactement comme on avait dit. L’absence d’expérience dans le milieu du cinéma et (apparemment) un fort ego a permis à l’auteur de faire un film personnel qui parle plus de Sfar que de Gainsbourg. Quand on connaît un peu la biographie du chanteur, presque chaque rencontre avec une star (Gréco, les frères Jacques, Bardot, etc.) a permis d’anticiper la chanson qui lui correspond. On ne l’a pas montré dans le cycle mais on aurait pu : il s’accordait avec le documentaire précédent et cet artiste (1928-1991) a vécu a peu près en même temps que Demy (1931-1990).

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Les Demoiselles de Rochefort filent une de ces pêches ! On y retrouve le ballet des personnages qui a plu dans Lola et qu’on dit d’Ophüls, ainsi que Danielle Darrieux.

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Connaissant des gens dans le milieu décrit dans Quand j’étais chanteur, ça m’a parlé. Malgré le fait que Depardieu ne soit pas un grand chanteur, son personnage reste crédible. L'histoire m'a moins intéressé.

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Outre le fait que Jacquot de Nantes s’intègre parfaitement au cycle avec une biographie du réalisateur, un retour sur des films déjà vus, et la description d’un contexte musical qui fait le lien avec le documentaire de Jeuland, le film raconte surtout la naissance d’une vocation, la persévérance et la débrouillardise. C'est surtout pour cet aspect que j'aime montrer ce film.

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Peau d’Âne aura été le dernier film de Demy du cycle. J'avais pour l'occasion donner le texte de Perrault à lire avec un petit lexique franco-serbe des termes peu usités actuellement. Je cherche encore la traduction de "lapidaire", ""infante", "pain-bis", "grisette", "gaupe", "souillon"...


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Les chansons d’amour est donc un film truffé de références, dont une à des marins croisés ici dans le Xème arrondissement ! On en aura vu, des marins, dans ce cycle. Je ne sais pas si c’était une bonne chose de terminer le cycle avec ce film, mais il semble que la musique d’Alex Beaupain, plus moderne, a rafraichi après les « jazzeries » de Michel Legrand et les « chansons à texte » des autres films. En ce sens, il semble qu’il ait plu malgré les bizarreries qu’on constitué pas mal de situations (une mort brutale, des lycéens qui récitent Aragon). Le fait que le film soit chanté n’était plus un problème.

 

Voilà. Ajoutons que 8 femmes fait partie des films français des années 2000 les plus connus dans le monde francophone ici.

 

Lola, Jacques Demy, 1961

          Brigitte Fontaine, reflets et crudités, Benoît Mouchart & Thomas Bartel, 2013

Janis & John, Samuel Benchetrit, 2003

La Baie des Anges, Jacques Demy, 1963

Jeanne et le Garçon formidable, Olivier Ducastel & Jacques Martineau, 1998

Les Parapluies de Cherbourg, Jacques Demy, 1964

Singin’ in the rain, Stanley Donen, 1952

            Il est minuit, Paris s’éveille, Yves Jeuland, 2012

Gainsbourg, Vie héroïque, Joann Sfar, 2010

Les Demoiselles de Rochefort, Jacques Demy, 1967

Quand j’étais chanteur, Xavier Giannoli, 2006

Jacquot de Nantes, Agnès Varda, 1991

Peau d’Âne, Jacques Demy, 1970

Les chansons d’amour, Christophe Honoré, 2007

 

 

Aujourd’hui Jacques Demy (rediffusion)

(Pontchâteau 5 juin 1931) Avec Lola (1961), ballet fantaisiste, désinvolte, ému, il apporta à la Nouvelle Vague son « néoréalisme poétique » - puis dans cette direction : la Baie des Anges (1963) et les Parapluies de Cherbourg (1964), originale comédie musicale comme les Demoiselles de Rochefort (1966).

L’amertume d’une découverte californienne (Model Shop) et Peau d’Âne marquent un retour vers la féerie. [une liste]


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Vendredi 29 août 2014 5 29 /08 /Août /2014 23:31

Dans le cadre d’un petit cycle sur le cinéma français et la musique, avec notamment une rétrospective de cinq des premiers longs-métrage de Demy, j’ai cherché à voir des films musicaux et des films français exploitant la musique.

 

(Ce sont des films vus entre le 21 et le 30 juin.)

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Avant La Belle de Moscou, je n’avais jamais vu Fred Astaire danser dans un film.
Des remakes, il y en eut de tout temps, c'est entendu. Je me suis dit en voyant Silk Stockings (avec Fred Astaire et Cyd Charisse) qu'il y eut peut-être une vague dans les années 50 d'adaptations en comédie musicale de comédies des années 30/40.
En l'occurrence, il s'agit d'un remake de "Ninotchka" (Lubitsch, 1939 avec Greta Garbo et Melvyn Douglas). Dans le remake, le récit est beaucoup plus lâche, mais certains numéros sont fantastiques. Cyd Charisse paraît plus slave que Garbo, mais lepersonnage de Greta est beaucoup plus marquant. La différence d'âge entre les acteurs principaux est également criante lors des scènes dramatiques. Elle disparaît lors des scènes musicales.
Silk Stockings suscite exactement les mêmes impressions que High Society (Charles Walters, 1956 avec Bing Crosby, Grace Kelly et Frank Sinatra), un remake musical de The Philadelphia Story (George Cukor, 1940 avec Cary Grant, Katherine Hepburn et James Stewart).
Y a-t-il d'autres exemples de ce type de remake ?
(J'ajoute que j'ai regardé High Society car j'avais appris qu'Alain Resnais avait demandé à ses comédiens d'en regarder et analyser une séquence afin de se préparer au tournage d'On connaît la chanson. De même, je viens de voir Silk Stockings dans le but de me nourrir de comédies musicale.)

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Je n'avais jamais vu de film de Christophe Honoré. C'est chose faite désormais avec 17 fois Cécile Cassard que j'ai regardé à cause de Lola Jacques Demy.
Des rapports, il y en a :
- Cécile est le vrai prénom de Lola (Anouk Aimée) et Cassard est le nom de Roland Cassard (Marc Michel), également présent dans Les Parapluies de Cherbourg.
- Lola est le premier film de Jacques Demy, 17 fois... celui d'Honoré.
- Romain Duris (dont c'est peut-être le meilleur rôle) chante et danse "Lola".
- La réplique « Vouloir le bonheur, c'est déjà un peu le bonheur »
Les comédiennes Béatrice Dalle (Cécile) et surtout Jeanne Balibar (Édith) peuvent avoir quelque chose d'Anouk Aimée. La musique joue également un rôle prépondérant dans ce film chanté. Quelques séquences comportent des couleurs bien vives. Ces dernières remarques sont dues à la recherche de références à Demy.
Ce flot de références dont on se demande l’intérêt, si ce n’est de permettre à des étudiants ou des bloggers de gloser, ne noie pas les quelques bons souvenirs que j’ai de ce film.

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Quel rapport entre Mes Funérailles à Berlin et Demy ? Attention, c’est tordu. C’est le deuxième épisode (un très bon) des aventures de Harry Palmer. Il se trouve que Françoise Dorléac joue dans The Million dollar brain, l’épisode qui suit.
Étonnant que ce film si âpre soit l’œuvre d’un réalisateur de films de James Bond.


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Le Zinzin d’Hollywood est un film bordélique. Certaines séquences qui relèvent de la poésie aident à mieux comprendre l’engoument suscité par Lewis dont les compositions nasillardes ont souvent tendance à m’agacer. Ici, on déplore encore un problème de rythme de l’acteur parfois en roue libre – je pense que c’est la première fois que j’utilise cette expression – mais sa liberté de réalisateur burlesque donne à ce film une mesure inédite (je n’avais vu que des films du duo Jerry & Dino). Les meilleurs gags sont peut être ceux où Lewis est plutôt straight. La séquence du dialogue avec une marionnette ou celle qui se passe sous l'eau m'ont marqué pour leur poésie. Celle où il vend des bonbons aussi, comme exemple d'un sketch dont l'intérêt est justement son étirement.



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Dans Le Grand Ziegfield on retrouve Nat Pendleton, le costaud dans At the circus, qui avait la même coiffure que Harpo Marx. Ce film fut assez étrange à regarder car je n’ai pas l’habitude d’entendre mon prénom, Flo, répété si souvent par de jolies filles dans un film américain*. Il y a une petite collection de success story derrière les quelles se cache Florenz Ziegfiel ce qui fait de l’histoire de ce producteur une sorte de "meta-success story".


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On m’a dit que la musique jouait un rôle dans Les Sentiments et en effet certaines séquences sont illustrées par une sorte de chœur illustrant les sentiments du titre. Bon. Le sujet évoque un mélange de la Femme d’à côté et du Démon de Midi. Le film donne la désagréable impression de voir des personnages se débattre comme des poissons en apesanteur.


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Ce qui me plaît dans The Artist, c’est sa modestie et son efficacité. Ce n’est pas une production Ziegfield. Le phénomène qu’il a été m’épate, comme il semble avoir épaté tous ceux qui y ont participé.


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Encore une fois, j’ai cru Mélo lié à la musique. Les personnages sont des musiciens, le réalisateur est un musicophile dont les films sont composés musicalement, l’auteur de la pièce, Henri Bernstein, a un nom de compositeur.


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Cloclo est exactement comme on avait dit. Des séquences parfaitement réglées lorgnant sur d’autres genres que celui du biopic tout en y demeurant fidèle, un spectacle s’adressant autant à ceux qui connaissent un peu le contexte qu’à ceux qui n’en ont jamais entendu parler, un comédien qui ressemble vachement au personnage. C’est surtout la personnalité de Florent-Emilio Siri qui m’avait intéressé à ce projet.

 

 

Silk Stockings, Rouben Mamoulian, 1957

17 fois Cécile Cassard, Christophe Honoré, 2002

Funeral in Berlin, Guy Hamilton, 1966

The Errand boy, Jerry Lewis, 1961

The Great Ziegfield, Robert Z. Leonard, 1936

Les Sentiments, Noémie Lvovsky, 2003

The Artist, Michel Hazanavicius, 2011

Mélo, Alain Resnais, 1986

Cloclo, Florent-Emilio Siri, 2011

 

Les notices de Georges Sadoul.

Aujourd’hui, Robert Z. Leonard.

(Denver 7 septembre 1889). Un « director » à tout faire, le plus souvent au service des stars : sa femme Mae Murray, 1916-1922 puis Marion Davies, 1928-1932. Spécialiste sans éclat de la comédie musicale, il eut pourtant la chance de faire débuter Fred Astaire avec Dancing Lady (1933).

 

 

*La distribution comprend aussi une certaine Fannie Brice.

 


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Mercredi 27 août 2014 3 27 /08 /Août /2014 18:50

Encore une semaine toute en français.

 

Ce sont des films vus entre le 11 et le 20 juin.


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À l’Institut Français, on a organisé une soirée courts-métrages dont le thème aurait pu être « début d’histoire d’amour à Paris » si l’un d‘entre eux ne se situait pas à Versailles.

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Ce qui est marrant dans Tous les garçons s’appellent Patrick c’est que l’on retrouve déjà des spécificités (superficielles) de Rohmer dans le scénario et les dialogues (la thématique) et de Godard dans la mise-en-scène (beaucoup de citations et déjà la ville).


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J’aurais pu être une pute est un film de Baya Kasmi. Je le dis car on y retrouve effectivement quelques thèmes du Nom des Gens. Bruno Podalydès joue un personnage proche de celui qu’il interprète dans l’épisode Montmartre qu’il a réalisé pour Paris, je t’aime.


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Mais le clou, c’était bien sûr Versailles Rive gauche avec une apparition du même Bruno Podalydès qu’il fallait jouer à reconnaître. D’un point de vue civilisationnel (je suis prof de FLE), le film comprend beaucoup d’éléments intéressants, dont la passion d’Arnaud (Denis Podalydès) pour Tintin, personnage peu connu hors du monde francophone, passion assez étrange vue de l’étranger dans un intérieur bourgeois.


Ce qui frappe dans ces trois films, c’est l’abondance de livre, voire de bibliothèques, dans les appartements. C’est aussi la passion pour les livres au moins chez Godard et Podalydès. C’est aussi la musique. C’est encore des histoires de rencontres, de séduction.

 

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Dans Conte de printemps il y a également des bibliothèques.


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Désormais, je peux dire que j’ai vu tous les contes des quatre saisons. Conte d’automne fut le premier film que j’ai jamais vu d’Éric Rohmer, au lycée avec Pascal. Ça l’avait ennuyé, ça m’avait séduit. J’ai attendu longtemps avant de voir en vrai (et aimer) Conte d’Été dont je vis jadis des bouts chez Olivier. Conte d’Hiver et Conte de Printemps sont des films que j’aurais donc vu plus récemment. Il est encore un peu tôt pour le dire au sujet du Printemps, mais des films de Rohmer, il me semble que ce sont ceux-là aux quels il m’arrive le plus souvent de penser.
Conte de Printemps a quelque chose d’un thriller à la Barbet Shroeder. La situation dans laquelle cette jeune prof de philo se retrouve embarquée est assez flippante en fin de compte.

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La vie est un roman est la combinaison de deux histoires situées sur le même lieu (un château des Ardennes françaises) à deux époques distinctes (l’avant et l’après première guerre mondiale et une époque contemporaine) L’un des thèmes de ce film et notamment de la partie contemporaine est l’éducation. Le personnage de Pierre Arditi, un instituteur fantasque convié à ce colloque un peu surréaliste, m’a rappelé celui de Roberto Benigni dans Chiedo asilo. Pierre Arditi n’étant pas Roberto Benigni, cette performance paraît la moins convainquante du film.

 

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Retour au cinéclub de l’Institut Français.

Un bisou pour le monde est un court métrage qui se passe dans une salle de classe. Une institutrice un peu caricaturale semble avoir un problème d’autorité. On y aperçoit également un numéro du monde. Ce sont là des motifs du film suivant.

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Il s’appelle Du vent dans mes mollets. Il fut l’occasion de retrouver Denis Podalydès. Cette comédie touchante pleine de gros mots et de mélancolie a bien fonctionné. Un film féminin jusqu’à la chanson finale inattendue et impressionnante, comme si le film devait servir à aborder cette chanson de Barbara.

 

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Dans la perspective d’un cycle autour de Jacques Demy [qui a eu lieu les deux premières semaines de juillet], j’ai choisi de voir deux films avec Catherine Deneuve.

 

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Je connais très mal Jean-Pierre Mocky. De lui, je n’ai vu que le Furet. Et ce n’est malheureusement pas cet été que j’aurais pu me rattrapper à la cinémathèque française. On dit du Furet que ce n’est pas son meilleur film. C’est possible. Pourtant, on y trouve déjà de quoi comprendre pourquoi aimer Mocky. Je parlais à propos de Poupoupidou le plaisir que m’a procuré l’intrigue qui est manifestement le résultat d’un certain travail de production qui remonte à l’écriture. Agent trouble, comme le Furet d’ailleurs, est encore plus proche d’un polar (dont il est d’ailleurs une adaptation) dans la tonalité. Il m’a fait l’effet d’un vieux "série noire" dont le papier a jauni, mais dont le contenu est sinon subversif du moins suffisamment choquant pour intéresser.
Catherine Deneuve à contre emploi est excellente. Les comédiens font bien leur boulot. Le personnage incarné par Bohringer est particulièrement épatant.

 

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L’Africain se situe évidemment sur un autre mode de production et Catherine Deneuve, volubile et charmante, autoritaire et touchante, est en revanche telle qu’en son personnage. On retrouve un Noiret africain plus bonhomme que dans Coup de torchon.
Une vraie comédie d’aventure que j’aurais sûrement aimé voir quand j’étais petit et dont j'aurais apprécié la redécouverte.

 

 

Tous les garçons s’appellent Patrick, Jean-Luc Godard, 1959

J’aurais pu être une pute, Baya Kasmi, 2011

Versailles Rive gauche, Bruno Podalydès, 1992

Conte de printemps, Éric Rohmer, 1989

La vie est un roman, Alain Resnais, 1983

          Un bisou pour le monde, Cyril Paris, 2007

Du vent dans mes mollets, Carine Tardieu, 2012

Agent trouble, Jean-Pierre Mocky, 1987

L’Africain, Philippe de Broca, 1983

 

 

Les notices expédiées de Georges Sadoul.

Aujourd’hui, Philippe de Broca.

(Paris 1935) Plein de savoir-faire intelligent, doué pour les aventures comiques. [Une liste]

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Vendredi 18 juillet 2014 5 18 /07 /Juil /2014 13:10

Une nouvelle série de films de cinéclub, certains à l'université et d'autres à l'institut. Le quatrième, on l'a vu avec le chicon mais je ne sache pas qu'il en ait parlé.

Ce sont des films vus entre le 27 mai et le 10 juin.

 

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À propos du cinéclub de la fac, je me suis aperçu que beaucoup d’acteurs apparus dans les films programmés précédemment figuraient également dans Camille redouble que j’ai donc décidé de programmer en clôture, pour le plaisir de retrouver des acteurs familiers dans un film populaire. C’est que les étudiants ne connaissent quasiment aucun acteur français (et c’est bien normal). Restait d’ici-là à faire éventuellement découvrir d’autres acteurs et univers. Des films avec Samir Guesmi, il n’y en avait pas tant, et aucun où il jouait autre chose qu’un second rôle. Dans Anthony Zimmer, il joue un personnage important même s’il n’a que peu de scènes (pas étonnant qu’il ne soit pas sur l’affiche). Mais il fait partie des éléments positifs de ce film par ailleurs bien mené. Yvan Attal est très bien, la main dans son polo lacoste pendant son voyage en TGV.

On en a parlé dans les Caves.

Comme un air

« Vous les femmes, vous le charme », c’est la chouette chanson de Julio Iglésias qui parcourt de fredonnement en performances Comme un air. On a choisi ce court-métrage pour proposer un contrepoint contemporain au film suivant tourné en studio en 1942.


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L’Assassin habite au 21 mais il n’est pas le seul puisqu’au 21, il y a une pension. Captivant. Suzy Solidor était joyeusement agaçante et Pierre Fresnay sympathique mais maladroit. Cela me donne envie de lire du S-A S. (Stanislas-André Steemanns) surnommé par certains le Simenon belge. L’usage de la caméra subjective, l’accumulation des motifs, et quelques passages proches du réalisme-poétique (Bussières sur son lampadaire, la mort de la première victime), en font un vrai film de cinéma, ce qui n'était pas évident si on en croit une certaine tendance du cinéma français.

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Desert Victory est un documentaire primé aux Oscars dont l’intérêt principal semble consister dans le montage et les images proches de la réalité. Quoique documentaire, cela s’inscrit bien dans ce mouvement de cinéma de propagande. Je préfère quand même les fictions franches.

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Touki Bouki était un beau poème. Il m’a renvoyé au lycée, en cours de lettres avec Senghor (beaucoup de choses me renvoient au lycée) pas tant pour le poète que pour la contextualisation. Je sais si peu de chose du Sénégal.
Il avait une nature à la fois élégiaque et documentaire. Certains passages matinés de satire (la préparation de l'accueil de Gaulle) ne sont pas parvenus à trivialiser le propos.


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Tous au Larzac, c’était le documentaire de la session (chaque session dure 7 semaines). Avec Desert Victory, on a appris le rôle de la cornemuse dans les batailles. C’est justement une cornemuse bretonne qui sert de bande originale (animée par André Le Meut). Instructif. On est triste car la victoire du Larzac face à l’État, si elle tient à la constance et la détermination du mouvement, sembl in fine devoir aux circonstances.

les vieux de la vieille

Par contre, Les Vieux de la Vieille, c’était un peu ennuyeux. Notons un parallèle avec les 400 coups inspiré par la présence de l'acteur Guy Decomble qui joue chez Truffaut un instituteur et chez Grangier un chauffeur de car. Le parallèle entre ces deux films, c'est la dénonciation des institution d'enfermement, recours de la société pour les classes qui la gêne (les jeunes ici, les vieux là).


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Par contre, 2 days in new york, c’était chouette. De Julie Delpy je ne connais que ses comédies de famille et interculturelles qui sont très efficaces. Après 2 days in Paris et le Skylab, le plaisir est renouvelé.

 

Anthony Zimmer, Jérôme Salle, 2005

          Comme un air, Yoann Gloaguen, 2006

L’Assassin habite au 21, Henri-Georges Clouzot, 1942

          Desert Victory, Roy Boulting & David MacDonald, 1943

Touki Bouki, Djibril Diop Mambety, 1973

Tous au Larzac, Christian Rouaud, 2011

Les Vieux de la Vieille, Gilles Grangier, 1960

2 days in New York, Julie Delpy, 2012

                                       

Les Notices de Georges Sadoul.

Aujourd’hui Henri-Georges Clouzot.

(Niort 20 novembre 1907) Grand spécialiste du suspense policier, parfois inquiet et trouble, il s’imposa après 1942 par des filmsà grands effets, par son sens de l’atmosphère, le choix des acteurs, sa direction intelligente et un certain goût pour les recherches plastiques, qu’il exprima notamment dans le Mystère Picasso. Ses trois premiers films, L’assassin habite au 21,  Quai des Orfèvres  et le Corbeau, malgré les réactions émotionnelles que ce dernier suscita, étaient avant tout des « policiers ». On le loua, pour ce film un instant interdit, de s’être orienté vers une critique sociale, qu’il voulut affirmer avc Manon, qui n’eut pas la valeur du Salaire de la peur. « Une fois mon découpage esquissé ou terminé, déclarait-il alors, je vais jusqu’à dessiner chaque plan important. Je ne crois pas aux choses prédéterminées. Film et réalisateur font partie d’un « cosmos » complexe dans lequel l’œuvre doit germer, trouver sa matière, sa pâte. Je suis avant tout un physique. Mon plus grand plaisir, c’est le tournage,le montage… Le dialogue, qui tenait une assez grande place dans mes premiers films, a diminué d’importance. Le Salaire de la peur est un film plastique où le dialogue est surtout un fond sonore. J’ai cherché un montage de chocs permanents. Je vise toujours à opposer la lumière à l’ombre. Cela a pu me faire accuser d’être un peu simpliste. Mais je poursuis un effort de simplification pour accentuer les contrastes. […] Et que nous importent les drames mondains, les drames de l’avant-guerre, même relevés d’épices nouvelles ? Le drame social, le drame de notre temps est là. C’est lui qui nous étreint, lui que nous souhaitons fixer sur pellicule. » Les projets qu’il forma alors furent contrariés par la censure. Avec les Diaboliques et la Vérité, fut-il certain de ne pas retourner vert un avant-guerre pimenté d’épices nouvelles (ou non) ? [Une liste]

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Jeudi 17 juillet 2014 4 17 /07 /Juil /2014 00:00

Une nouvelle série de films de cinéclub, certains à l'université et d'autres à l'institut. Les deux premiers, on les a vus avec le chicon. Sacré double bill, quand on y pense.

Ce sont des films vus entre le 17 mai et le 25 mai.

 

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C’est l’été dernier que j’avais lu Amerika. C’éait un roman dont les scènes étaient particulièrement facile à se représenter. Tellement qu’une adpatation fidèle, quel qu’en soit le style, ne peut en altérer le souvenir. Cela fait qu’Amerika-Rapport de classe se distingue fortement du livre original mais a contribué à le faire ressurgir. Outre l’histoire, le film avait en commun avec le roman d’être aussi austère, drôle et révoltant. Je me souviens d’avoir pensé à Kaurismaki en regardant Angst essen seele auf. La même réflexion ici pour l’humour et la lenteur.


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Bêtement, j’en ai un peu honte, je retiens que Serpico était quelqu’un de très stylé. On retrouve ce qui me paraît un élément dramatique efficace chez Stanley Kramer, Yves Boisset, Costa Gavras et d’autres. Efficace, quoique galvaudé aujourd’hui : la démythification de la Justice. Je dis galvaudé car il me semble qu’aujourd’hui, un film avec un tel personnage d’incorruptible paraîtrait irréaliste. A force d'avoir passé tant de temps à expliquer que tout le monde était corrompu, le moins qu'on puisse dire est qu'on y est parvenu. On a certainement l'air plus aguerri quand on dit "tous pourris", "ça marchera jamais", etc. Ce type de fiction aurait dû armer les idéalistes, il en aura finalement désarmé plus d'un. C'est triste.


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La Rose et la Flèche est un très beau film. Il m’a semblé un poème médiéval (un lai) simplement porté à l’écran. On n’est pas dans l’adaptation d’un univers à la sauce hollywoodienne (de quelle époque que ce soit) mais dans un mouvement qui me paraît fidèle à une conception que l’on peut avoir de l’époque à travers sa littérature. Façon alambiquée de dire que le cinéma existait à l’époque, on aurait un film qui ressemblerait à celui-ci (plus qu'au Perceval de Rohmer ou au  Lancelot de Bresson). Et le plus étonnant, c’est que ce soit un scénario original. L'univers de Marian et Robin n’a rien à voir avec celui d'aujourd’hui. Ce sont des archétypes, mais cependant ils existent. Paradoxalement, on croit sentir l’influence des Monty Pythons sur la volonté de réalisme, la littéralité des situations (on les a félicité pour la vision construite dans Holy Graal). Il y a quelque chose de ridicule dans ces armures inconfortables, mais cette maladresse renforce la beauté du film. Je me souviendrai du shériff de Nottingham sous les traits de Robert Shaw (que je découvre décidément avec plaisir depuis the Sting). Ce n’est pas la performance de Richard Harris, en accord avec le film, qui m’a frappé, mais le traitement scénaristique de Richard Cœur de Lion qui est loin de ce que la culture populaire m’a conduit à imaginer. (Une des redondances de ce blog consiste à faire la part entre le jeu et le texte). Un film hantant.


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Puisque le cinéma est un art de la représentation, un art qui peut être pédagogique, donner à faire comprendre des choses, nous avons, en cinéclub à l’Institut, présenté Lumumba. Comme il ne s’agit pas d’un cours, je me permets de n’avoir pas vu le film. Comme le public n’est pas nécessairement aguerri, il est nécessaire de faire un travail de présentation, ce qu’on a fait en étduiant un peu l'histoire du Congo. Cela m’a d’ailleurs permis de synthétiser des infos glanées ici et là. J’avais vaguement entendu parler du Katanga après la présentation d’une chanson de Gainsbourg, et voilà que je peux me le représenter. Le film lui-même pourrait trouver place dans le corpus des histoires étudiées dans le cours « crime politique, élucidation romanesque » que j’avais suivi en LGC à l’université chez monsieur Bouju.  Si tu veux on en reparlera. C’est dans ce cadre que j’avais dû me pencher la première fois sur l’affaire Kennedy. L’affaire Lumumba n’en est pas moins passionnante. La colonisation belge n’était décidément pas plus exemplaire que la française.
Certains connaissaient déjà ce personnage car il y a à Belgrade une cité universitaire qui porte son nom.


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Les chiens de paille, ça, c’est vu. Ça faisait drôle de retrouver David Warner (découvert chez Resnais dans Providence) dans un tel rôle. Les paysages m’ont rappelé ma Bretagne où une terrible langueur me gagne. Mais qu’importe, ici on envoie des danses.


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On l’aura compris, je suis entré dans une période cinoche américain des années 70. C’est à cette occasion que j’ai décidé de regarder Woody et les robots, qui est l’un des deux Woody Allen que j’avais vu étant petit (l’autre étant Guerre et Amour, que je compte bien revoir également). C’est entre autre un formidable hommage au slapstick. Je crois même que Demoliton Man en est un remake qui ce serait « contenté » d’ajouter un superméchant.

Après the Sting sorti la même année, on constate un autre film nostalgique des années 20.


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Husbands est un beau poème. Comment peut-on prendre l’avion aussi facilement ?


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"Bac+2, les enfants"

 

 

J’avais oublié que lles Cordes de la potence faisaient partie des films détourné dans La Classe Américaine. Je crois que c’est la première fois que je vois George Kennedy jouer un méchant, presque un méchant de spaghetti. J’ai même pensé une fois à la Nuit du Chasseur. Il faudra que je revoie ce film.

 

Klassenverhältnisse, Danièle Huillet & Jean-Marie Straub, 1984 

Serpico, Sidney Lumet, 1973

Robin & Marian, Richad Lester, 1976

Lumumba, Raoul Peck, 2000

Straw Dogs, Sam Peckinpah, 1971

Sleeper, Woody Allen, 1973

Husbands, John Cassavetes, 1970

Cahill US Marshall, Andrew V. McLaglen, 1973

 

Les Notices de Georges Sadoul.

Aujourd’hui, Sam Peckinpah.

(US 1926) Son Coups de feu dans la Sierra en 1968 fut salué en France et en Grande-Bretagne, sinon aux USA où il était passé inaperçu, comme le coup d’éclat qui renouvelait le estern : une attention extrême aux détails « archéologique » - costumes, décors, qui dans un tout autre contexte, passionnaient déjà Sergio Leone – et plus profondément encore à « l’histoire des mentalités » donnait à cette très classique poursuite une dimension exceptionnelle. Et l’on apprenait bientôt que ce « fils de l’Ouest », né au pied du mont Peckinpah, descendant de pionniers, métissé d’Indiens, réalisait ainsi son rêve, après ses débuts à la TV et un premier film inédit en France : faire revivre le « vrai » Wild West. C’est à cela qu’il allait se consacrer, élaborant sur le mode épique ( Major Dundee), tragique (la Horde sauvage), élégiaque ( Un nommé Cable Hogue , sa plus grande réussite sans doute, teintée de mélancolie), une « contre-mythologie de l’Ouest des ratés » (« Tous les joueurs sont des perdeurs au fond, dit-il – in « Écran 72 » n°141 – et la personnalité de ces perdeurs, de ces vaincus, de ces gens qui vivent en se détruisant me fascine. ») Avec un danger au terme de cette démarche : que la contre-mythologie sécrète un nouveau mythe, servant à masquer l’histoire qui se fait : ce qui se passe à partir de son avant-dernier film sur un couple de « hos-la-loi » contemporains : Guet-Apens.[une liste]


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Mercredi 16 juillet 2014 3 16 /07 /Juil /2014 15:12

Une nouvelle série de films de cinéclub, certains à l'université et d'autres à l'institut. Le deuxième et le troisième et l'avant-dernier, on les a vus avec le chicon.

Ce sont des films vus entre le 9 mai et le 16 mai.

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D’Airport, je retiens essentiellement l’usage du splitscreen assez virtuose (ou lourdingue, c’est selon) qui suffit à rendre stressant n’importe quoi et des scènes aussi hilarantes que dans Airplane! (je pense aux baffes qui m’ont fait exploser de rire dans le silence de ma cellule monacale). En me repenchant sur le casting, je me rappelle surtout de Van Heflin que je n’avais jamais vu à cet âge-là.

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Si L’imitiation du cinéma n’est pas du cinéma, c’est vachement bien imité. Un moment.

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La dernière séance est un titre (enfin dans sa version originale) que j’associe définitivement à du vent en noir et blanc. C’est là que j’ai appris le visage d’Eileen Brennan. Très beau.

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À propos du cinéclub dela fac, je me suis aperçu que beaucoup d’acteurs apparus dans les films programmés précédemment figuraient également dans Camille redouble que j’ai donc décidé de programmer en clôture, pour le plaisir de retrouver des acteurs familiers. C’est que les étudiants ne connaissent quasiment aucun acteur français (et c’est bien normal). Restait d’ici-là à faire éventuellement découvrir d’autres acteurs et univers. Des films avec Mathieu Amalric disponibles à la médiathèque, Poulet aux prunes était celui quii s'intégrait mieux dans la série.

O en a parlé dans les Caves.


Tu as vu l’Accordeur ? C’est un court-métrage musicalo-policier. Ça te plairait peut-être même si Grégoire Leprince-Ringuet n’articule pas très bien. On la choisi pour annoncer un autre polar. C’est une belle idée pour ce format. Bien écrit, bien structuré, on passe un peu par tous les modes en quelques minutes.

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Quand on lit un polar, un pulp, un série noire, on ne sait jamais à l’avance (sauf à connaître l’auteur) quelle en sera la qualité. Un téléfilm du service public rend plus pessimiste étant donné le rapport producteur/auteur. Même si on a été surpris de reconnaître dans un épisode de Boulevard du Palais vu par hasard (avec Jean-François Balmer et Michel Robin) l’intrigue de Moloch de Thierry Jonquet (5 ans déjà), je te parle de ça, ça fait bien quinze ans… Tout ça pour dire que Poupoupidou fait l’effet d’un bon polar bien écrit (la base de la réussite de ce film), bien mis en scène, bien joué. C’est marrant de présenter ce film à un public d’apprenants de français parce qu’évidemment quand on donne le titre en français, on ne comprend pas, mais dès qu’on imite Marilyn Monroe, on comprend.
Le film brasse des motifs familiers. Sans être familier du genre, on reconnaît pas mal de références dont les auteurs paraissent bien se sortir (Twin Peaks, l'affaire Kennedy, Dennis Lehanne...).
J’ajouterai aussi ce film dans la liste de ceux qui contribuent à jouer sur les représentations : dans un film dont le sujet est le glamour provincial et dont l’héroïne est un modèle qui s’identifie à Marilyn Monroe, il est assez plaisant de voir des pompiers nus, beaux et décomplexés posant également pour un calendrier. Et si certains personnages sont des ordures, il n’y a pas le moindre relent d’homophobie. Que ce soit un militantisme insidieux ou que ce soit fortuit, si le cinéma art de la représentation, peut contribuer à modifier les perceptions, c’est tant mieux.
Jean-Paul Rouve et Guillaume Gouix, Sophie Quinton, Olivier Rabourdin, Ken Samuels, sont tous bien employé, spécialement Sophie Quinton qui parvient à rendre plausible un rôle improbable, alors que le personnage de Ken Samuels, caricatural en diable, situe le film aux limites de la parodie.

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Dans L’Arnaque on retrouve Eileen Brennan. J’aime bien les acteurs qui traversent les univers. Si j’ai bien compris la leçon, George Roy Hill est l’opposé du Nouvel Hollywood et pourtant il réunit dans ce film classique et bien mis en scène un casting qui y a touché. Il m’a rappelé ce qui semble en être finalement une parodie sorti la même année (Anche gli angeli mangiano fagioli) avec Bud Spencer et Giuliano Gemma. On est un peu triste pour Robert Vaughn. Avec également Steven et Dave dans un film qui n’a pas du tout été utilisé pour le Grand Détournement.

 

Airport, George Seaton (& Henry Hathaway), 1970

L’imitiation du cinéma, Marcel Mariën, 1959

The last picture show, Peter Bogdanovitch, 1971

Poulet aux prunes, Marjane Satrapi & Vincent Paronnaud, 2011

L’accordeur, Olivier Treiner, 2010

Poupoupidou, Gérald Hustache-Mathieu, 2011

The Sting, George Roy Hill, 1973

 

Pas de notice cette fois-ci.


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Dimanche 29 juin 2014 7 29 /06 /Juin /2014 23:48

Une nouvelle série de films de cinéclub, certains à l'université et d'autres à l'institut. Le dernier, on l'a vu avec le chicon.

Ce sont des films vus entre le 15 avril et le 3 mai.


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Pour la fac, j’ai choisi Le dernier pour la route pour des raisons géographiques et en espérant profiter de la popularité de François Cluzet. Il y est question d’un centre d’aide aux alcooliques. On apprend que l’on ne peut pas guérir de l’addiction mais que l’on peut devenir abstinent, ce qu’est devenu Hervé Chabalier (aperçu dans un TGV au début du film). Certains spectateurs ont pris ce film pour de la science fiction à cause de ce centre d’aide qui paraissait un paradis.
C’est l’occasion de remarquer que pour un certain nombre d’étudiants, la ligne de rupture principale est nationale : pour ceux-là, il y a les pays plus ou moins développés, en bloc. D'ailleurs cela ne concerne pas que les étudiants. Une personnalité qui a beaucoup voyagé se demandait pourquoi il y avait des rappers en Norvège, un pays perçu comme riche. Cela lui semblait le plus haut degré de paradoxe, comme si, encore une fois, les inégalités était entre les pays et pas entre les gens.
Pour revenir aux réactions face à cette institution, j’avais d’abord contenu une sorte de fierté à venir de France, un pays où une telle organisation est quand même possible, jusqu’au moment où je me rappelle que les pensionnaires de cette institutions font quand même partie d’une certaine élite. Cette étudiante avait donc raison de souligner l’aspect utopique : mais c’est une utopie qui donne des idées.
Michel Vuillermoz est un critère de sélection. J’aime bien les acteurs. Évidemment, l’écriture y est pour quelque chose, mais lorsqu’il dit lors d’une réunion de groupe : « Moi, j’ai une question pour Hervé… » etc., il m’a impressionné. Tu feras attention si tu vois le film.

On en a parlé dans les Caves.

 

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Solutions locales pour un désordre globale est un de ces documentaires qui n’a pas voulu donner « 5 minutes pour Hitler » et c’est tant mieux. Ce film est rempli d’oppositions :

masculinité – féminité
profit – gratuité
béton – couscous
premier monde – tiers monde
global – local

Certaines problématiques ne sont pas évidentes en Serbie : on a accès à des légumes et fruits d'une qualité incomparable. Avant lors, je ne savais pas que je n’avais mangé de tomate.
Je rencontre enfin Pierre Rabbhi dont j’avais vu le nom si souvent sur FB sans jamais oser cliquer. Ça me fait toujours ça avec des remises en cause attendues.

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Formulons une phrase extrême :
Les employés d’aéroports ont une responsabilité analogue à celles des fonctionnaires du IIIème Reich.

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Je me suis ainsi aperçu que personne dans l’assemblée n’avait entendu parler de Monsanto. Je me sui sretrouvé, moi qui n’y connaissais rien, à expliquer quelque choses d’après des noms familiers dont celui de Marie-Monique Robin dont je n'avais vu que son film sur le trafic d'organe.
En tout cas, l’idée principale semble la suivante :
Consommer local, pas global.
À ce train-là, le végétarianisme semble une nécessité.

 

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Dans La vie de Bohême, d’Aki Kaurismäki, on médite sur la tombe de Henri Murger, l’auteur de Scènes de la vie de Bohème. J’avais oublié qu’André Wilms y était déjà Marcel Marx et que le personnage de Mati Pellonpää était albanais. Mais il y avait déjà le choc des époques dans ce paris fantasmé avec le ministère de la guerre, les vignettes autos et les problèmes d’immigration. On en a parlé dans les Caves.

Le cinéclub, à la fac, est généralement précédé d’une dictée car les examens de langues comprennent une dictée à la fac en Serbie… C’est un bon prétexte pour donner à faire découvrir des chansons. On a travaillé sur la Vie de Bohême (Bourvil et Georges Guétary) pour y cueillir des clichés autour de cette thématique. Y avait aussi la Rue Kétanou et Rimbaud...

 

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On a fait une soirée Lamorisse à Belgrade. Cet à cette occasion que j’ai appris qu’il était également le concepteur du jeu Risk. Les deux films présentés, Crin Blanc et Le Ballon Rouge ont bien des points communs qu’on ne va pas énumérer ici. Disons que tout deux racontent l’histoire d’un gamin qui voudrait bien être heureux avec son nouvel ami.

 

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Le camarguais Crin Blanc fait penser à la sétoise Pointe Courte. C’est aussi un western violent. C’est aussi la première fois om l’on voit deux chevaux se battre jusqu’au sang (malgré le noir & blanc du film).

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Le parisien Ballon rouge est un film fantastique, presque effrayant.

 

Les deux films ont amené l’audience à se demander s’il était souhaitable de montrer ces films à des enfants. On a conclu que oui même si ces films ont fait flippé des générations de gamins.

 


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Danton est une sacrée performance de Depardieu. Je retiendrai sa voix cassée. On en a parlé dans les Caves sans l’avoir vu. Maintenant, on a très fort envie de comparer ce film à Amadeus de Forman en raison de l’âpreté des décors, l’expressivité des gueules des figurants et le spectaculaire dramatique de l’histoire.

La chanson qui l’annonce a été On était tellement de gauche de Miossec.

 


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À la fac, en cinéclub, je ne montre jamais de documentaire. C’est un tort. J’en montrerai plus désormais. On a commencé avec Notre poison quotidien inspiré par le film de Serreau. La préparation du film (dont on a parlé dans les Caves) a été instructive, comme si on apprenait plus en présentant qu’en regardant. Vive les méthodes actives. Pour le prochain cinéclub, je proposerai peut-être aux étudiants volontaires d’être plus actifs.

Ce qui me plaît dans ce documentaire, c’est la mise en scène de l’enquête et l’insatisfaction permanente de la documentariste. Ce film est un exemple de document particulièrement lisible à l’ère d’Internet pour peu qu’on se concentre un peu. Je reviens au passage précédent.


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SuperGraveest une façon de poursuivre les productions Apattow. Pour le moment, je ne m’en lasse pas. Ce fil conducteur permet de découvrir quelques comédiens et de visualiser un univers assez loin de moi. Par exemple, j’avais vu Michael Cera pour la première fois dans This is the end dans lequel on s’employait à briser son image. Je le découvre petit à petit tel qu’il devrait être perçu. C’est un phénomène assez intéressant. En parlant de ce film, les deux racontent la même histoire, celle de l’amour entre Seth Rogen et Evan Goldberg les auteurs des deux films.

 

 

Le dernier pour la route, Philippe Godeau, 2009

Solutions locales pour un désordre globale, Coline Serreau, 2010

La vie de Bohême, Aki Kaurismäki, 1992

Crin Blanc, Albert Lamorisse, 1953

Le Ballon Rouge, Albert Lamorisse, 1956

Danton, Andrzej Wajda, 1983

Notre poison quotidien, Marie-Monique Robin,2010

Superbad, Greg Mottola, 2007

 

Le retour des notices de Georges Sadoul…

Cette fois-ci, Albert Lamorisse :

(Paris, 13 janvier 1922) Il s’est spécialisé dans la mise en scène documentaire poétique et a remporté de grands succès internationaux avec Crin blancet le Ballon Rouge. [Une liste.]

Et puis aussi Andrzej Wajda :

(Se prononce Waïda, et non Vachda) (Suwalki 9 mai 1926) Le meilleur jeune cinéaste polonais avec le regretté Munk. Il révéla son tempérament direct et sincère dès son premier long métrage, Génération. Sitôt après, n’ayant pas encore atteint la trentaine, il donna avec Kanalune œuvre importante des années 1950, où il peignit la bataille de Varsovie, avec de violentes antithèses, faisant contraster l’amour et la mort, l’héroïsme et la folie. Il se surpassa dans Cendre et Diamant, malgré une certaine surcharge baroque. Avec Samson, il passa du pittoresque à l’émotion. Il se considère comme « un violent romantique », mais estime que « ce mode de vie et de pensée est devenu difficile dans une société stabilisée. Munk et moi, nous avons tenté d’illustrer cette prise de conscience, qu’on ne peut accomplir des actes héroïques ou généreux s’ils sont inutiles, mais qu’il y a dans chaque homme une aspiration au mieux ». [Une liste.]

Celui qui déclarait en 1963 à Yvonne Baby (in « Le Monde » 4 janvier) : « Ceux qui n’ont pas vécu la guerre s’en moquent pu la renient. C’est leur affaire ; la mienne est d’y revenir en dépouillant le drame de l’anecdote, des effets journalistiques et spectaculaires », s’est pourtant attaché dans la suite de sa carrière – très mal connue en France – à davantage parler de la Pologne d’aujourd’hui dans des films souvent très influencés par la thématique « occidentale ». [Une liste.]

 


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Mercredi 18 juin 2014 3 18 /06 /Juin /2014 23:28

Et c'est reparti. Après plus de 45 jours d'activité, il paraît que des pubs apparaissent. 45 jours. Un mois et demi. On va tâcher de faire en sorte d'essayer de pouvoir que cela ne se reproduise plus. D'autant que si ma consommation de films a quelque peu ralenti, j'ai quand même une trentaine de notes à placer.

Ou alors, je démissionne.

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Les Lumières du Faubourg le confirment, le meilleur Kaurismäki, c’est souvent le dernier que je viens de voir. Le film comporte un procès.

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Si tu regardes ce film, tu noteras peut-être sur chaque plan la couleur rouge. On y entend même le temps des cerises par Fred Gouin.

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Mati Pellonpää manque mais on a aperçu Kati Outinen.

 

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De même, apercevoir dans le Joli Mai Jean-Luc Godard, Anna Karina et Alain Resnais a eu quelque chose d’émouvant. Le film contient également un procès (celui d’un membre de l’OAS).

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Je le préfère à la Chronique d'un été. Ces deux films comparables racontent Paris à deux moments de la décolonisation.

 

 

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L’Affaire Paradine raconte également un procès. Louis Jourdan fait donc partie du même club que Piccoli, Noiret, Vanel, Subor, Fresnay et Gélin.

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C’est un exemple de film que la mise en scène rend captivant.

 

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Madagascar, une île, pour annoncer le combat dans l’île. Pas plus de rapport cette fois-ci entre le court et le long. L'animation à base de dessin de carnet de voyage était réussi. Le travail sur le son était aussi évocateur que les images.

 

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Le Combat dans l’île était une belle métaphore, un film qui prête le flanc à l’analyse qui semble être fait pour ça. On sait bien qui est le méchant et qui est le gentil, et pourtant…

Dans le public, des gens connaissaient Romy Schneider mais ne l'avaient jamais vu jouer. Comme ce rôle correspond a une étape importante de sa carrière, ce n'est pas la plus mauvaise tentative.

 

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Providence est une expérience magistralement menée par Resnais et d’après une pièce de David Mercer, l’auteur de Family Life dont j’aimerais pouvoir dire qu’il était joyeux (joyeux David Mercer). Là encore, on perçoit David Lynch avant la lettre, mais aussi les Monty Pythons après la lettre (It’s…). Je commence à mieux appréhender les films d’Alain Resnais. Il ne correspondait pas à ce que je m’imaginais quand j’en avais entendu parler la première fois (par exemple ce n’est pas le vieux locataire de Providence qu’interprète Dirk Bogarde que je n’avais vu que dans La Mort à Venise au TNB).

 

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Je me souviens de la sortie de l’an 01 et ce léger pincement au cœur du fait de l’homonymie avec l'autre film du même nom, celui qui m'émouvait. À l’époque, je n’avais rien vu des productions Appatow. Depuis, si, et je suis comme en un terrain plus connu. Je dirais même que, paradoxalement étant donné le sujet, celui-ci est moins bigot que les autres.


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Laitakaupungin valot, Aki Kaurismäki, 2006

Le Joli Mai, Chris Marker & Pierre Lhomme, 1962

The Paradine Case, Alfred Hitchcock, 1947

          Madagascar, carnet de voyage, Bastien Dubois, 2010

Le Combat dans l’île, Alain Cavalier, 1962

Providence, Alain Resnais, 1977

Year One, Harold Ramis, 2009

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Samedi 3 mai 2014 6 03 /05 /Mai /2014 19:57

Après Fest (voir note précédente) je me suis limité aux films montré en "cinéclub institutionnel". Les films choisis ne correspondent pas à l'élaboration d'une histoire du cinéma (mais il y a des vieux films). Il ne s'agit pas non plus de diffuser les grands succès populaires (mais il y en aura). Ce sont surtout l'illustration de problématiques culturelles et/ou civilisationnelles. On en parlera pas ici.

On verra ici en alternance des films vus à l’Institut Français de Belgrade dans une salle de cours et des films vus dans une salle de l’université.

A part les Trois Frères et Mon Oncle d'Amérique, j’ai découvert d’entre eux au moment de la projection. Le choix était un mélange d’éclectisme et d’envie (sans ce dernier point, ce n’est pas la peine). j’ai l’impression que les films comme Itinéraires, 8 fois debout, les Petits Ruisseaux ne sont pas des films qui se regardent dans mon entourage virtuel parce qu’ils ne sont pas assez bis (j’aime bien le bis), pas assez "classique" (j’aime bien le "classique"), pas assez glamour (j’aime bien le glamour), mais à première vue surtout trop mollassons, trop déprimants, bref, trop franchouillards. Je dois avouer mon goût (non exclusif) pour ce type de film.


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On parlait vraiment d’une drôle de façon à l’époque des Trois Frères. On a montré ce film en cinéclub à la fac. Je guettais particulèrement les réactions pour la scène avec le yougoslave (évidemment) et celle avec le petit prince étant donné que les étudiants doivent connaître sur les bout des doigts ce livre qui leur sert de base d’analyse. Je crois que ça a fonctionné.

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Quel Resnais montrer aux étudiants parmi ceux disponibles à la médiathèque de Belgrade ? J’ai choisi Mon oncle d’Amérique pour son côté didactique et captivant : la première fois que je l’avais vu, le film était à la fois clair et éclairant. C’est grâce à lui que j’avais découvert Henri Laborit. J’ai mieux apprécié cette deuxième vision, non pas parce que je le connaissais déjà, mais j’ai été plus sensible au travail de montage, en fait musical, de ce film avec ses accélérations et ses ralentissements, ses répétitions de motifs et ses accords. Dans le (petit) public, on lui a reproché sa lenteur alors que le rythme était maîtrisé. On a aussi reproché à Depardieu d’être « en petite forme ».

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Le Petit Dragon est une sorte de Toy Story où l’on apprend que l’esprit de Bruce Lee ne disparaîtra jamais. Depuis, je vu ce drôle de numéro de Blow up, mais pas encore le film traité (Le Jeu de la Mort).

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Je n’avais jamais entendu parler d’Itinéraires ni de Christophe Otzenberg, mais j’ai été intéressé par le sujet (variation inachevée sur le faux coupable), la location et les acteurs. Je le rangerais avec  La Raison du plus faible et pas seulement à cause de Patrick Descamps. Il est vrai que j’ai d’abord été attiré par le casting, Jacques Bonaffé que je n’avais pas vu depuis longtemps en premier lieu.
Expliquer le film nous a conduit à parler de motifs spécifiquement français comme Victor Hugo et les Misérables, le polar qui permettent une description sociale, Simenon, etc. Personne ne connaissait Simenon.

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J’avais présenté 8 fois debout comme une comédie, à cause de l’affiche. En fait, ce serait une sorte d’En avoir (ou pas) un peu plus léger. L’affiche trompe également quant à la place de Denis Podalydès, même si la trajectoire de son personnage est proche de celle du personnage interprété par Julie Gayet que je n’avais pas vu que dans Delphine 1, Yvan 0. C’est une actrice excellente. Outre une balade dans le Périgord, le film a été l’occasion de montrer qu’en France aussi il y a des galères. Ce fut une surprise.

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À la française d’Édouard Baer est un drôle de spectacle qui brasse des problématiques et des motifs auxquels je suis de plus en plus sensible mais qui risquent d’être indigestes pour un Français de France qui se contrefiche (avec raison) de l’image de la France à l’étranger. Pour moi, c’était l’occasion d’une révision générale, mais je me demande comment la pièce peut être perçue de l’intérieur de l’œil du cyclone. Je me suis aperçu que la distribution de la pièce était alternée. Je regrette de ne pas avoir vu certains acteurs comme Philippe Duquesne ou Jean-Michel Lahmi.

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À la française C’est aussi le titre d’un court métrage d’animation situé à Versailles en 1700. Le château, les jardins, y sont parfaitement représentés, mais la cour est interprétée par une volaille qui en font une basse-cour.

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Il annonce les Caprices d’un fleuve dont le début est également situé à Versailles vers 1784. Il commence avec une tapisserie pleine d’oiseaux et file un peu plus tard également la métaphore de la basse cour et de la cour. La trajectoire de Jean-François de la Plaine (interprété par Bernard Giraudeau) paraît superposer plusieurs strates de l’histoire coloniale française. Là encore, c'est le casting qui a fait plaisir bien qu'il ait été globalement en retrait par rapport au personnage de Giraudeau. Richard Bohringer, acteur franco-sénégalais, dont j'attendais plus d'importance. Je mentionne aussi Roland Blanche et le jeune Thierry Frémont.

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Cul de bouteille est un petit garçon dont la mauvaise vue l’amène à voir des choses que les autres ne voient pas. Par contre il entend ce que tout le monde entend, dont une radio qui parle tout le temps du Rhône. Le dessin peut évoquer un Vanoli.

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Dans les Petits Ruisseaux, il est aussi question d’hallucination puisqu’Émile (Daniel Prévost) déshabille littéralement et à son grand dam la gent féminine de son entourage. Il est également question de fleuves français : la Loire et la Garonne. C’est Sören Prévost qui joue le rôle du fils d’Émile. Comme il est aussi comédien, la séquence dans laquelle il intervient est assez étonnante autant pour la mise en scène, géométrique (un peu comme chez Wes Anderson), que pour leur ressemblance, un air de famille, ainsi révélée. Cette séquence a plu pour sa gentillesse et le film a intéressé pour sa façon d’aborder la libido du troisième âge, sujet rarement abordé s’il en est. Le personnage préféré aura été celui de Philippe Nahon, dont le peu de présence a été déploré. Les hippies de Corrèze énervent les Français du public.

 

 

Les Trois Frères, Didier Bourdon & Bernard Campan, 1995

Mon oncle d’Amérique, Alain Resnais, 1980

Le Petit Dragon, Bruno Collet, 2009

Itinéraires, Christophe Otzenberger, 2005

8 fois debout, Xabi Molia, 2009

            … À la française, Édouard Baer, 2013

            À la française, Morrigane Boyer, Julien Hazebroucq, Hsu Ren-Hsien, Emmanuelle Leleu, William Lorton, 2012

Les Caprices d’un fleuve, Bernard Giraudeau, 1996

            Cul de bouteille, Jean-Claude Rozec, 2010

Les Petits ruisseaux, Pascal Rabaté, 2010


Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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Jeudi 24 avril 2014 4 24 /04 /Avr /2014 14:53

J’ai abordé l’édition 2014 de Fest un peu différemment.

Habituellement, je n’achète pas de place avec trop d’avance de sorte que j’évite la sélection principale où il n’y a généralement plus de place.

Cette année, j’ai tenu à essayer à voir quelques films manqués l’année précédente.

J’en profite pour dire qu’en l’état, le festival est une aberration. Une quarantaine de films diffusés chacun deux fois, quasiment pas de rencontre ou de conférence de presse qui justifierait la pleine appellation de festival. Surtout, il y a une certaine incertitude quant à l’exploitation future des films à Belgrade puisqu’elle semble dépendre du bouche-à-oreille qui de fait précède le festival.

A revoir le programme, je me rends compte du nombre de films que j'ai bêtement raté.

Cela dit, en l’occurrence, The Grand Budapest Hotel, la Grande Bellezza, The Zero Theorem, Her, Philomena, sont ou ont été ensuite à l’affiche. Mais ce sont des productions avantagées par les noms impliqués (des réalisateurs et des acteurs). Tout ça pour dire qu'à Belgrade, l'AFCAE me manque.

 

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Je n’ai jamais vu autant de films en si peu de temps au cinéma. J’ai essayé de réunir quelques motifs communs à certains d’entre eux. Je n’en ai pas trouvé de pertinent pour l’ensemble des films.

 

  • La première livraison concerne donc les films que je qualifierais d’agricolxploitation.

Bauyr, Serik Aprymov, 2013

Moj Pes Killer, Mira Fornay, 2013 

Stop the pounding heart, Roberto Minervini, 2013

Boven is het stil, Nanouk Leopold, 2013

Le démantèlement, Sébastien Pilote, 2013

Mandariinid, Zaza Urushadze, 2013

  • La deuxième livraison traite des films attendus (ceux dont on a plus ou moins entendu parler). C'est le Glavni Program.

Only Lovers left alive, Jim Jarmush, 2013

Inside Llewyn davis, Joel & Ethan Coen, 2013

The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014

La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino, 2013

The Zero Theorem, Terry Gilliam, 2013

  • La troisième livraison consistera en une sorte de fourre-tout.

La Paz, Santiago Loza, 2013

Kapringen, Tobias Lindholm, 2012

Gehen am Strand, Caspar Pfaunder, 2013

Enough said, Nicole Holofcener, 2013

Canibal, Manuel Martín Cuenca, 2013

 


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I. Agricolxploitation

Beaucoup avaient pour cadre une exploitation agricole ou pour être plus exacte un élevage. C’est souvent pour décrire la fin d’un monde, dont on attend qu’il meurt. Certaines exploitations sont familiales et modestes et ne visent qu’à la satisfaction de besoins personnels (Bauyr, Moj Pes Killer), d’autres sont présentées comme les vestiges d’une activité agricole dépassée en occident (Le Démantèlement, Boven is het stil), Stop the pounding heart présente l’exploitation comme une utopie allant à contre-courant et si Mandarines montre une exploitation en décalage avec la société, ce n’est plus pour des raisons économiques mais de guerre.

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Petit frère (Bauyr) est un film du Kazakhstan dans la tradition des films italo-soviétiques sur l’enfance (oui, c’est un peu vague) on suit ce petit garçon se démerder pour sauver la face et rester digne malgré les abandons ou les arnaques de son entourage. Le film commence dans une salle de classe dans une école de campagne. On ne sait pas encore qui sera le héros mais on sent déjà une société particulière étant donné les uniformes de ces gamins et la leçon de russe très ennuyeuse que les enfants suivent docilement. Parmi les éléments qui lient ce film à 2013, il y a un smartphone ramené par le grand frère étudiant à la ville et l’affiche d’une comédie russe avec entre autre Gérard Depardieu sur un cinéma. On y voit aussi Assaut de Jean-François Richet. Curieusement, c’est une vieille pellicule d’un film soviétique que le petit garçon tenait à montrer à son grand frère, un peu comme si je te garantissais qu’il fallait voir Chatran ou  Un Enfant de Calabre.

On y voit un gamin mettre au lit un pauvre vieux. On y voit un enterrement.

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Mon chien Killer est un film slovaquo-tchèque dont le protagoniste, un skinhead, entraîne son chien à tuer dans la vigne où il travaille. C’est la première fois que je vois dans un film contemporain un film avec un bistro à l’entrée duquel il est écrit sans complexe que l’entrée est interdite aux Rroms. Le temps écoulé entre fest 2014 et la publication de cette note me permet de dire que c’est probablement l’un des films les plus marquants de ceux que j’ai vus. Je ne m’y attendais pas alors, mais il résonne tellement avec l’actualité.

On y voit un gamin mettre au lit un pauvre vieux. On y voit escamoter un cadavre.

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Le Cœur battantdécrit un univers assez insupportable, un projet d’utopie auquel je n’ai pas envie d’adhérer (mais alors pas du tout). Cela ressemble à un documentaire sur une famille qui avait décidé quelques années plus tôt de vivre en communauté. Les parents ont été à la fac, mais ils ont fait toute l’éducation de leurs enfants (une demi douzaine) sur la base de la religion. La scène dans laquelle la mère explique à ses filles la gloire pour la femme d’être soumise à l’homme est l’une de celles qui rendent le plus évident la position de l’auteur. Une autre séquence, de révolte, réjouit comme une éclaircie dans un ciel nuageux.

L’exploitation est celle de chèvres, mais l’univers rappelle également celui de The Lusty Men, celui des rodéos modernes. Chaque fois qu’on explore un nouvel univers, la vie d’une communauté qu’on ne connaît pas, on lui donne le bénéfice du doute. Dans ce cas, et pour le conservatisme volontairement passéiste, non merci.


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C’est Henri Garcin qui m’a donné envie de voir Tout est si calme. C’est ainsi que j’ai appris que ce comédien à la diction impeccable, amant de Catherine Deneuve dans La Vie de Château, époux de Fanny Ardant dans La Femme d’à côté, voisin de Rosy Pierre, je veux dire Roger Varte, enfin Rosy Varte et Jean-Marc Thibault, que ce comédien, donc, était néerlandais. Henri Garcin est à des lieux de ses personnages de bellâtre dans ce film où il interprète un vieillard grabataire à la charge de son fils contraint de gérer seul l’élevage de moutons. Comme le titre l’indique peut-être, c’est un film austère et âpre. Il décrit un malaise, mais contre toute attente, il ne s’agit pas d’un malaise paysan.

On y voit un gamin mettre au lit un pauvre vieux. On y voit un enterrement.

Le-d--mant--lement.jpgLe-d--mant--lement2.jpgLe démantèlementest en revanche le plus sympathique. Gabriel Arcand interprète également un éleveur de mouton mais lui écoute de la musique. Comme dans Camion, la musique folk et les paysages rendent ce film attachant. Leur origine québécoise n’est pas le seul élément qui justifierait une comparaison de ces deux films. L’exode rural y paraît une thématique importante. C’est à Montréal que tout semble se passer, mais hors-champ (hormis un joli plan sur Sophie Desmarais). Concernant cette histoire où ce vieil exploitant décide de démanteler sa ferme pour aider l’une de ses filles à conserver la maison et le confort que son divorce risque de lui faire perdre, on m’a parlé d’une variation sur le père Goriot. Je n’y avais pas pensé car hormis ce motif, on en est bien loin : Gaby (le père, Gabriel Arcand) n’est pas dupe et le film est plus doux qu’amer.

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Je rangerais Mandarines parmi mes westerns de série B des années 50 préférés s’il ne s’agissait pas d’un film estonio-géorgien de 2013 dont l’action se situe en Abkhazie en 1992. Ce film en huis-clos dans lequel des ennemis (un mercenaire tchétchène du côté des russes – on est en 1992 – et un Géorgien) sont obligés de composer (par l’Estonien d’Abkhazie qui les a recueillis et soigné) peut faire penser à No Man’s land auquel je le préfère, mais aussi à ces films qui réunissent nordistes et sudistes. Le film ne parle pas d'Abkhaziens.

On y voit un vieux mettre au lit des gamins salement amochés. On y voit un enterrement.

 

Bauyr, Serik Aprymov, 2013

Moj Pes Killer, Mira Fornay, 2013 

Stop the pounding heart, Roberto Minervini, 2013

Boven is het stil, Nanouk Leopold, 2013

Le démantèlement, Sébastien Pilote, 2013

Mandariinid, Zaza Urushadze, 2013


 

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II. Le Glavni Program 

Le glavni program, ce sont les films que la plupart des top ten ont mentionné en ce mois de janvier 2014. Ce sont des films que j’aime mais qui ne constituent pas des découvertes quelle que soient les affinités que je peux avoir avec les univers de leurs auteurs. J’ai été content de les retrouver au cinéma. Tilda Swinton est présente trois fois.

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En effet, la dernière fois que j’ai vu un film de Jim Jarmusch au cinéma, c’était pour Ghost Dog (autant dire que c’était au siècle dernier), mais le pied que j’ai pris avec  The Limits of Control m’a fortement encouragé à aller voir Only Lovers left alive, premier film de la sélection que je vois.

Quand on a un univers aussi maîtrisé que celui de Jim Jarmusch, les "critiques" du type « un Jarmusch en petite forme » me dépassent un peu. Je me souviens justement d’un ami à la sortie de Ghost Dog qui ne comprenait pas qu’on puisse critiquer le réalisateur. C’était à l’époque de la petite polémique entre Patrice Leconte et les critiques. Sa réaction m’a longtemps fait cogiter (celle de mon ami, pas celle, qui la rejoint, de Patrice Leconte). Effectivement, quand un réalisateur a livré des œuvres aussi maîtrisées et aussi personnelles, il construit une œuvre en prenant des risques.

C’est l’un des films qui aborde le plus profondément la question de la culture et de la sensibilité. Il est facile pour un lecteur de télérama-chronic’art-inrockuptible-kessejenkor de s’identifier à ces vampires esthètes non pas conservateurs mais ayant retenu toutes les strates de toutes les cultures qui s’est accumulée depuis leur apparition. Eve connaît le nom scientifique de toutes les plantes et de tous les animaux (elle a eu le temps de se construire une érudition), Adam maîtrise tous les instruments. On aperçoit parmi les portraits adorés par Adam ceux de Joe Strummer (RIP) et de Neil Young (LIP). On rend hommage une fois de plus à Nikola Tesla, on passe d'ailleurs devant la maison de Jack White…

Malgré leur raffinement, ce sont des vampires qui ont besoin de sang.

On y voit un corps escamoté. On y voit un enterrement.

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En effet, la dernière fois que j’ai vu un film des frères Coen au cinéma, c’était pour The Big Lebowski (autant dire que c’était au siècle dernier). Après quoi, je n’ai vu qu’une copie de Burn after reading. Inside Llewyn Davis confirme s’il en était besoin la certitude qu’un film de ses auteurs sera un bon moment. Ce sont des formidables raconteurs d’histoire.

Le lien avec O brothers et l'Odyssée a déjà été mentionné. Chaque fois que je repense à ce film, je pense au temps où mes chaussures ne supportaient pas la neige.

 

Remarquons que les derniers mots d’Only Lovers Left Alive et d’Inside Llewyn Davis étaient en français dans le texte : « Pardon, s’il vous plaît. » et « Au revoir monsieur ». Et du français, on va en entendre dans le film de Wes Anderson.

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Remarquons également que ces deux films comportent respectivement dans leur casting Tilda Swinton et François Murray Abraham, présents dans The Grand Budapest Hotel. Outre pleins d'acteurs, il contient de la littérature début XXème (Kafka, Zweig surtout, paraît-il) mais aussi du Spirou avec au moins deux motifs :

- Le château qui sert de prison a certainement la même source que celui de QRN sur Bretzelburg. 

- Adrian Brody joue une sorte de Zantafio avec des cousines comme dans Spirou et les Héritiers et un brassard comme dans l’Ombre du Z). Qu'on en juge :

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Du point de vue du casting, c’est sans doute le film qui a offert le plus de croisements dans la sélection du glavni program. Outre Tilda Swinton et F. Murray Abraham, il y avait aussi Léa Seydoux (La vie d’Adèle, La Belle et la Bête), Matthieu Amalric (La Vénus à la Fourrure), Ralph Fiennes (The Invisible Woman), Willem Dafoe (Nymphomaniac).

On y voit un corps escamoté. On y voit un enterrement.

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Cela dit, c’est la première fois que je vois un film de Paolo Sorrentino. La Grande Bellezza racontait l’histoire d’un esthète désabusé, journaliste auteur d’un livre ayant eu du succès 20 ans plus tôt, passionné d’une littérature qui semble n’avoir rien produit d’intéressant depuis longtemps. Après avoir mis en exergue une citation de Céline extraite du voyage au bout de la nuit, on évoque Marcel Proust, Gustave Flaubert et son roman sur le rien et André Breton ; Luigi Pirandello, Gabriele d’Anunzio et Alberto Moravia ;Tourgueniev et Dostoïevski ; Shakespeare.

Puisque l'on parle de littérature, ce film me semble contenir l'argument d'un roman que j'aimerais beaucoup lire (tout comme j'ai énormément de plaisir à lire en ce moment L'Homme sans qualité de Musil).

Il paraît que ce qui a contribué au succès du film en Italie, c'est l'accent napolitain de Toni Servillo. Il en use avec délectation. Naples, c'est la ville de Sorrentino, Servillo et un étudiant avec lequel je travaille et qui m'a expliqué tout ça.

La bande originale correspond à celle que j'attendais également dans the Wolf of Wall Street. Scorses a préféré se faire plaisir.

On y voit un enterrement.

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En effet, la dernière fois que j’ai vu un film de Terry Gilliam au cinéma (et en fait), c’était Fear & Loathing in Las Vegas (autant dire que c’était au siècle dernier). Je crois que ce que j’ai arrêté de le suivre parce qu’il a commencé à utiliser des effets numériques. Cela m’avait paru incompatible avec son œuvre à cause de ce qu’il a dit dans un entretien sur la mauvaise qualité intrinsèque des effets numériques.

The Zero Theorem m’a paru un mix de ses thèmes et motifs habituels du moins à l’époque où j’avais écrit ce petit mémoire au lycée, quand on avait suivi cette option cinéma et qu’on était allé à Tréguier se présenter pour l’épreuve du bac. Sans ses repères, il semble impossible d’aborder ce film autrement que comme un délire arty. Pourtant on y retrouve en vrac Brazil, 12 Monkeys et the Fisher King. Pendant tout le film, je n’ai pas reconnu Christopher Waltz.

 

Only Lovers left alive, Jim Jarmush, 2013

Inside Llewyn davis, Joel & Ethan Coen, 2013

The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson, 2014

La Grande Bellezza, Paolo Sorrentino, 2013

The Zero Theorem, Terry Gilliam, 2013

 

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III. Les autres films

Malgré quelques motifs communs, je n'ai rien trouvé de suffisant solide pour rassembler ces films en un corpus.

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La Paz se situe en Bolivie, mais l’essentiel du film se passe en Argentine.

Une séquence à provoquer une hilarité localisée un peu vexante : le protagoniste, un dépressif, discute avec une prostituée dont on apprend qu'elle se prostitue pour payer ses études. Comme très peu d'étudiants avec les quels je travaille semblent avoir eu une expérience professionnelle, on comprend qu'en arriver à de telles extrêmités pour étudier puisse sembler absurde. Ce n'est pas à mes lecteurs français que je l'apprendrais. Ce motif est présent dans un autre film qui met en scène une étudiante comme protagoniste.

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Hijacking est l’un des rares films hors glavni program que je tenais à voir parce qu’il me donnait l’occasion de retrouver l’auteur de R, un film vu à l’occasion de fest 2011. À cette occasion, j’ai appris que Tobias Lindholm a également participé au scénario de Jagden. Depuis R, je n’ai toujours pas vu un Prophète, et ayant vu ce Kapringen, j’ai dédaigné Captain Philips.

Les caractères m’ont paru originaux, notamment ceux des gens chargés de négocier : du côté des pirates, le jeune homme qui n’est pas un pirate mais qui n’a pas le choix, et du côté de l’entreprise, le patron, un négociateur impitoyable en affaire, mais qui, bien que conseillé par un professionnel, se révèle responsable et humain à la fois. L’alternance des points de vue pourrait lasser, mais cette lassitude souligne la difficulté de la condition d’otage.

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Walking on the beach avait un début prometteur basé sur la contemplation. Ce film, une épreuve, est également une source de réminescences qui me le rendent attachant. Ce film met en scène une étudiante au prise avec un mémoire dont on ne sait rien.

Je me souviendrais aussi de ce film pour l'intervention avant la projection de Caspar Pfaunder, le réalisateur, qui entre autres choses, nous avait demandé d'éteindre nos smartphone. Moi, je n'en ai pas, mais j'ai appris à être impitoyable avec ceux qui regardent leur smartphone dont la luminosité est effectivement extrêmenent gênante. Je ne suis d'ailleurs pas le seul que ça agace. Une fois (pour Boven is het stil) j'ai demandé poliment à une personne de l'éteindre, et cette personne l'a poliment fait. C'était très poli, très contrasté avec l'habitude de voir les gens supporter quelque chose de désagréable jusqu'à l'irritation suprême. Une autre fois (pour La Grande Bellezza), c'était carrément tout le rang devant moi (j'exagère, mais cinq, côte à côte,  ça fait du monde) qui s'ennuyait et qui consultait ses smartphones. Cette fois-là, j'ai étais un peu plus loin, quelqu'un d'autre s'est énervée.

On y voit un enterrement.


Pas d'illu pour çuici malgré la chouette gueule de James Gandolfini


La plupart des films du glavni program (voir II, un peu plus haut)  étaient montrés à Sava Centar. J’y ai vu Enough said, modeste comédie hollywoodienne, entre deux « grands » films. La présence de James Gandolfini a achevé de me motiver. Il y joue un conservateur d'image de type INA. Son travail c'est les archives. Pour ce motif, il peut s’intégrer dans ce cycle de films présentant les dépositaires d’une culture populaire qui tend à être oublié (The Grand Budapest Hotel, Only Lovers Left Alive, La Grande Bellezza et dans une moindre mesure, Inside Llewyn Davis). De fait, cette comédie romantique mettant en scène des quinquagénaires dans une situation propice au genre raconte entre autres des gens qui ont vécu beaucoup (dont un divorce) confronté et des jeunes (leurs enfants) plus ou moins poseurs.
Le personnage principal, interprété par Julia Louis-Dreyfus, est une masseuse.

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Vu par surprise, Cannibal pourrait ravir les amateurs de Chabrol ; attendu au tournant, non, car il manque de méchanceté. Le personnage principal est donc un cannibal, un tailleur et un esthète. Un autre est une masseuse. Le film est propice à la métaphore. CRYPTO-SPOILER (comment dit-on quand on livre une grille d’interprétation qui peut gâcher la vision d’un film ?) mais il semble que ses rapports avec les femmes peuvent être ainsi fantasmés.
Ce film fut également une révélation géographique : je n'aurais jamais imaginé de tels paysage en Andalousie ; c'est bien simple, pour moi, c'était les Pyrénées.

 

La Paz, Santiago Loza, 2013

Kapringen, Tobias Lindholm, 2012

Gehen am Strand, Caspar Pfaunder, 2013

Enough said, Nicole Holofcener, 2013

Caníbal, Manuel Martín Cuenca, 2013

 


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Voilà tout pour Fest.

Nous sommes dans le quantitatif.

16 films si différents, ça en fait une liste quasi illisible.

Le titre de cette note est une chanson de Nougaro.

Je l'ai choisie car mon livre d'attente entre les films et pour le bus, c'était Le Traité de Ponctuation de Jacques Drillon.

C'était bien.

"Point final"


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Ah ! Au fait ! Toutes les illustrations sont de Šejma.

Par Tzvetan Liétard - Publié dans : Ecran noir de nos nuits blanches
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