du vent dans les branches de sassafras

Publié le par m. florian

Chez les Rockfeller, colons misérables fixés dans le Kentucky.
La salle commune. Une grande table dressée sur des tréteaux. Repas de midi.
Nous sommes au début du XIXe siècle.

C'est un western en huis-clos.
Il y a une attaque d'indiens, mais c'est un huis-clos.
En fait, René de Obaldia a l'air de se ficher des westerns, c'est assez caricatural pour ne pas révolutionner le genre (des indiens qui attaquent des colons, même en 1965, ça devait déjà être un peu douteux comme représentation de l'histoire, non ? mais je crois que Obaldia s'en fiche aussi). C'est comme les huis-clos. Il aura peut-être inventé le western en huis-clos, mais ça n'est même pas sûr. Il faudrait visiter l'oeuvre d'O'Neill, le dramaturge mythographe officiel des États-Unis. Mais au fond, l'essentiel, c'est que cette pièce est drôle. Alors évidemment, elle joue avec les clichés. Je n'ai pas encore décidé si on veut les dénoncer, jouer avec, ou seulement s'en servir pour raconter une histoire. C'est une question à laquelle je n'ai pas répondu dans ma mise en scène imaginaire. Par contre, je me suis bien marré. Surtout grâce à Michel Simon, c'est lui qui joue le rôle de John-Emery Rockfeller, le patriarche qui prend de la place. Il faisait partie de la première distribution de la pièce, en 1965, alors je ne me suis pas privé de le réengager.
Question distribution, des noms qui font écho, car il y avait aussi Françoise Seigner, Caroline Cellier, Bernard Murat, Jacques Hilling, Rita Renoir, Francis Lemaire et Michel Roux.

Au fait, il paraît qu'une pièce de théâtre est mieux à regarder qu'à lire. C'est assez curieux, parce que souvent (pas toujours, et l'opinion se défend, et même très bien, mais souvent) ceux qui disent ça, ce sont les mêmes qui n'aiment pas lire des bandes-dessinées sous prétexte que ça bride leur imagination quand ils lisent une histoire. Oui mais ils disent qu'une pièce de théâtre est faite pour être mise en scène, parce que la lecture bride le plaisir de se laisser aller à l'histoire. Malgré un vice éventuel dans mon raisonnement, il y a contradiction n'est-ce pas ? Dans tous les cas, il y a représentation ou indice de représentation, et dans tous les cas, il y a des choses qui nous échappent et d'autres qu'on ajoute (ça s'appelle l'interprétation). C'est vrai que les indications scéniques ne sont généralement pas confortables. Ici, elles le sont, et parfois elles justifient qu'on lise le texte, puisqu'elles sollicitent des sens qu'une mise en scène doit souvent laisser de côté.

Côté humour, comme on l'a dit, c'est un western, mais ça aurait pu se passer n'importe où, n'importe quand. C'est en ça que j'ai pensé à Goscinny qui situe lui aussi certaines de ses histoire dans des époques qu'il ne respecte pas, mais qui sont bien pratiques quand même parce que les codes ne sont jamais qu'un cadre qui permet de raconter tout ce qu'on veut (sur l'échelle de Goscinny dans le barreau le plus réaliste serait Lucky Luke et le plus fantaisite serait Iznogoud, "Du vent..." se situerait sur le barreau Astérix). C'est ce que j'ai appris avec la moitié des albums de la série Lapinot, de Trondheim qui rendent hommage à des genres variés et divers.
Par contre, si la base de l'intrigue est faite avec des clichés, les personnages sont salutaires parce que ce sont des péquenots (en américain, on dirait red-necks, encore que, début XIXème, je ne suis pas sûr que ce soit dit) qui ne se comportent pas comme des péquenots de base. Si ça, c'est pas de l'amour pour ces personnages ! Parce que Obaldia a l'air de comprendre que le péquenot de base (comme le français de base, l'arabe de base, l'américain de base, la boulangère de base, le schizophrène de base) ça n'existe pas. Bon, ça fait pas réaliste, mais présentez-moi une seule personne réaliste dans votre réalité du coup pas si morne que ça, et on en reparlera. Et vous verrez à quel point je peux être de mauvaise foi. Je ne sais pas si Obaldia est de mauvaise foi, mais ses personnages sont vivants, ils peuvent ne savoir ni lire ni écrire, mais avoir des opinions sur la lutte des classes alors que la première Internationale n'a même pas eu lieu de l'autre côté de l'Atlantique.

Ah ouiche, mais qu'est-ce qu'on se marre à les écouter !

Pas d'illustration, parce que je n'ai pas retrouvé la couverture du livre de poche qui a été réalisée par Jouineau-Bourduge (oui, oui, un lien par nom, pour se faire une idée) et qui pour cette fois sied à mon goût.

Voilà, pour finir, parmi les nombreuses qualités de René de Obaldia, il faut noter qu'il fait partie des gens qui sont nés un 22 octobre.

Publié dans C'est pour lire

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