les night clubs les tripots aux vapeurs vénéneuses grouillent de mâles plus beaux qu'une paire de valseuses

Publié le par Tzvetan Liétard

Petit cycle "fresque nationale" avec trois films que je voulais voir depuis longtemps et qui durent longtemps.

J’imagine que j’avais déjà entendu des extraits de Si Versailles m’était conté (3 heures, 300 ans) dans 2000 ans d’histoire. Il est assez curieux de voir mis en scène des choses familières que l’on connaît mal dans ces vignettes (on a tendance à mélanger les noms des maîtresses). On a appris l’importance que ce film a eu dans l’entreprise de restauration du château. Le mode d’illustration en vignettes des dialogues n’est pas déplaisant. Un film publicitaire qui donne envie de visiter Versailles. Le film oppose le peuple frustre aux courtisans et artistes raffinés. Certaines scènes sont délicieusement cruelles.

1900 (5 heures, 45 ans et plus) est un film organique étant donné toute la merde et tout le sang qu’on y voit (et tout le sperme suggéré, ne manquaient que les glaires). Bien que non italiens Lancaster et Hayden sont convainquants. Les doubleurs italiens sont bien choisis, jusqu’à certaines intonations typiques de Depardieu. Les rapports de forces sont mis en scène de façon révoltantes. Le méchant fasciste est vraiment méchant. La dernière séquence (avant l’épilogue) donne une idée de ce que Tavernier semble avoir essayé mais, de son propre aveu, raté avec l’epilogue de Le juge et l’assassin. Je me demande comment le film a été perçu en Italie à sa sortie. Il n’a pu passer inaperçu. Il a dû provoquer. L’attentat de Bologne allait avoir lieu quatre ans après la sortie du film, montrant bien que les extrêmes (fascistes ou gauchistes) n’avaient pas réglé leurs comptes. Novecento prend clairement parti sans être dupe de l’Histoire. La violence fait partie de ce que le Fascisme a d’organique, de réactif, de primaire, de dégueulasse, de pas géré. J’aime la mise en scène du rapport des gens à la merde dans ce film. J’ai l’air de dire que c’est une grosse farce : c’est faux. L’importance des chansons : j’aimerais bien en trouver les sources. On n’entend Bandiera Rossa qu’à la fin. On n’entend pas Bella Ciao. Je me souviens, étudiant à Malte, d’un étudiant italien se prétendant fasciste (par tradition) trouvant Bella Ciao sympathique. À l’époque, j’en avais déduit qu’il ne connaissait rien de l’histoire (ce qui correspondait à ma vision d’un fasciste inculte). Aujourd’hui, je ne sais plus.

La conquête de l’ouest (3 heures, 40 ans) se présente plutôt comme un film omnibus même si certains personnages, certains noms sont récurrents. Chaque épisode se sépare de dix ans et correspond à un archétype du western, de la conquête de l’ouest, le plus décevant étant la façon dont la guerre de sécession a été réduite à une question d’engagement, dont la question de l’opposition sud nord ou les enjeux de la guerre ont été évacués. Des morceaux de bravoure (un radeau se précipitant vers des rapides, une fusillade sur un train). George Peppard imite admirablement James Stewart. Les chansons y sont aussi importantes. La narration de Spencer Tracy est bien différente de celle de Sacha Guitry dans Si Versailles…, mais cela me permet de citer leurs noms dans la même phrase.

Les personnages de Du Rififi chez les hommes abusent de l’argot : normal nous sommes chez Auguste le Breton. Tony le Stéphanois remplace Henri le Nantais de Razzia sur la Chnouf. La langue est cependant beaucoup plus accessible. Les acteurs. Un avant Bob le Flambeur, on voit une machine nettoyer les rues de Paris tôt le matin, ce que je croyais une invention attribuée à Melville. La scène centrale, du cambriolage de la bijouterie, est un bijou de cinéma muet.

Si l’on en croit Breza (Bouleau, terme féminin et poétique en croate), le paysan est rustre (on le savait déjà grâce à Novecento) mais il est surtout égoïste, superstitieux et pas du tout doué pour l’empathie. « Salauds de pauvres. » Si l’on en croit un drapeau régulièrement brandi, celui de la Yougoslavie d’avant la guerre, d’avant Tito, l’histoire se situe dans les années vingt ou trente. C’est donc un film contre l’obscurantisme et un appel à l’éducation des masses que la Révolution permanente ne manquera pas d’apporter. N’empêche, la structure narrative est intéressante, et la provocation est efficace. Nous avons reconnu Fabijan Šovagović vu récemment dans Lisice. Nous le reconnaissons facilement, c’est celui qui ressemble tant à Alan Alda.

On regarde des films un peu systématiquement pour s’éduquer, et puis on a vent de films comme Comme la lune (cliquer pour voir) dont on sait pertinemment qu’il nous fera plaisir, pertinemment à cause de Jean-Pierre Marielle, et parce qu’on commence à situer la truculence de Joël Séria. Le fait est que tout cela nous captive dès les premières minutes.

On voulait voir les fils de l’homme (drôle de titre quand on a vu le film) depuis le 30 octobre 2006. C’est pas fréquent de pouvoir dater l’origine d’une envie. La toile facilite l’archivage. C’était tout comme tu avais dit. Les séquences de cinéma, les acteurs, tout.

filsdelhomme.jpgJasper (Michael Caine) & Theo (Clive Owen)

J’ajouterais que Clive Owen (que je n’ai vu que dans the Bourne Identity) a beaucoup en commun avec Cary Grant, l’autre acteur anglais à la mâchoire virile et doué d’un certain humour. J’ajouterais que la production était impressionnante. Lorsque les membres des Fishes, une organisation mal définie capturent au début Theo Faron (Clive Owen, donc) et l’enferment dans une case inidentifiable, celle-ci est tapissé de vieux journaux spécialement imprimés pour le film si l’on en croit les titres. Ce réalisme traduit par le soin porté à la production aurait suffit à rendre ce film intéressant. Mais la mise en scène est celle d’un spectacle prenant. À part un ou deux péchés de rétention d’informations inutile (mais heureusement très courts), le jeu des points de vue est extrêmement honnête (qui me rappelle pourquoi j’ai envie de lire la Chartreuse de Parme). Je mentionnerai une scène de fuite à potron-minet qui tient compte du lever du soleil. Une mention spéciale à Oana Pellea, l'interprête de Mariška.
J'ajouterais que la partie pop du soundtracks est intéressante et la partie originale de la bande musicale semble belle.
J’ajouterais enfin que ce film, sans prendre nommément le parti des espadrilles, porte un coup sérieux à la collectivité des tongs.

 

Si Versailles m’était conté, Sacha Guitry, 1954

Novecento, Bernardo Bertolucci, 1976

How the west was won, Collectif, 1962
(
Henry Hathaway, John Ford, George Marshall, Richard Thorpe)

Du Rififi chez les hommes, Jules Dassin, 1955

Breza, Ante Babaja, 1967

Comme la lune, Joël Séria, 1977

Children of Men, Alfonso Cuaròn, 2006

 

Les notices (apocryphes) de Georges Sadoul

 

Cette semaine Bernardo Bertolucci :

(Parme 1940) Le plus doué sans doute et le plus imprévisible de la génération italienne des années 60. « Tourner un film, je crois que cela signifie en vérité mettre un peu d’ordre dans le chaos qui est en moi et que je redoute jusqu’au moment où le cinéma me donne le moyen au moins partiellement de m’en libérer. C’est pourquoi, après le chaos de Partner, je me suis senti attiré presque abstraitement par le Conformiste. Et quand je dis ordre j’associe aussitôt le mot harmonie et harmonie j’associe classique » déclarait en 1970 à une revue italienne « Il Dramma », celui que Pasolini au lendemain de son premier film « public » Prima della rivoluzione, tenait déjà pur un maître du « cinéma-poésie ». En fait, c’est écartelé entre les tentation du baroque (la « mise en opéra » de la Stratégie de l’araignée, le jeu exacerbé de Brando du Dernier Tango à Paris) et les exigences du classicisme que Bertolucci trouve toute sa vigueur d’expression. Et ce cheminement peut avoir valeur d’exemple qui va du Stendhalien subjectivisme de Prima della Rivoluzione et Partner, à cette « non-autobiographie » dont il parle à propos du Conformiste, le terme s’aplliquant mieux encore sans doute à Dernier Tango, douloureuse réflexion « extérieure » sur l’âge mûr non assumé, le laminage de la vie. [une liste]

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